A l’issue de la conférence consacrée à la méthodologie de la dissertation que j’ai animée au salon de « L’Etudiant » dimanche dernier , de nombreuses questions « techniques » ont été posées. Pour tous ceux et celles qui étaient présents et surtout pour tous ceux qui n’y étaient pas , voici un long billet qui récapitule la méthode à suivre!
Première étape, le travail sur l’énoncé.
La dissertation de Culture Générale obéit exactement aux mêmes exigences méthodologiques que la dissertation de philosophie, à cette réserve que l’argumentation dans son détail doit aussi mobiliser des connaissances précises qui témoignent d’une culture sinon démesurée du moins personnelle et authentique ( c’est-à-dire qui résulte d’une véritable appropriation). Ainsi, à l’évidence un élève de Terminale habile à l’exercice de composition philosophique n’aura aucune difficulté à réussir avec succès l’épreuve « de caractère général » qu’impose l’examen d’entrée à l’IEP de Paris.
Rappels utiles :
Qu’est-ce qu’une dissertation ? C’est l’expression d’un raisonnement logique, c’est une démonstration, un développement argumenté…bref, la dissertation résulte d’une démarche linéaire et rationnelle, ce qui réclame à la fois une grande précision dans l’articulation et une réelle attention à ne pas sortir du cadre fixé par la question du sujet. Les digressions, les développements « à sauts et à gambades »( Montaigne), c’est-à-dire l’éparpillement bavard sont les deux principaux écueils. Comment les éviter ? Ne pas perdre de vue que l’exercice est avant tout un exercice de lecture ! …et dans un deuxième temps d’écriture ! Mais il s’agit d’abord de savoir lire un énoncé !
Tous les éléments dont vous avez besoin pour traiter le sujet sont dans l’énoncé. Il faut donc commencer par le lire , dans son détail. Cela s’appelle une analyse. Vous vous y livrez en maths, vous êtes peut-être passé par là à l’école primaire pour apprendre la grammaire : il s’agit de « décomposer » l’énoncé afin de ne perdre aucune parcelle de signification. Chacun des termes de l’énoncé a fait l’objet d’un soin minutieux. Les mots qui ont été choisis auraient pu ne pas l’être et ce choix constitue la première étape de ce que par commodité on appelle la problématique mais qui s’avère être l’implicite et les enjeux du sujet que , dans un deuxième temps, vous aurez à « synthétiser ». D’abord une analyse de la signification du sujet puis une synthèse des enjeux du sujet.
Un exemple :
Qu’est-ce que gouverner ?
Un verbe sans sujet exprimé, à l’infinitif : la question relève bien du champ de l’agir mais sans que soit mentionnée l’identité de l’acteur. Est-elle indifférente ? N’importe qui peut-il prétendre « gouverner » ? Faut-il des qualités particulières ? Une formation spécifique est-elle requise ?
D’ailleurs ce mot, « gouverner » que signifie- t’il ? Est-ce commander ? diriger ? décider ? Tous ces verbes sont-ils des synonymes ? Pas tout-à-fait. Dans quels contextes emploie- t’on le mot ? S’agit-il seulement du contexte politique ? On parle pourtant d’une « gouvernante » , pour les enfants, et l’expression « pour ta gouverne » ne s’emploie pas nécessairement à l’Assemblée ! Quelle est l’origine du mot ? C’est évidemment le gouvernail. A quoi sert un gouvernail ? Qui tient le gouvernail ? Que révèle le choix de cette métaphore nautique ?
Enfin, la question « Qu’est-ce que ? » interroge l’essence, c’est-à-dire ce qui ne change pas, ce n’est pas l’apparence. Est-ce à suggérer un divorce entre ce qui en apparence constitue l’acte de gouverner et l’essence même de cette action ?
A partir de là je peux déduire que le sujet m’interroge sur l’apparence d’une action que j’assimile peut-être un peu hâtivement à des directives, des décisions , des ordres et des commandements. Après tout , ce ne sont ni le capitaine, ni l’armateur, ni les passagers qui pilotent et tiennent le gouvernail. Y –a-t-il alors une compétence particulière ? une liberté d’action réelle de celui qui demeure à la barre ?
Deuxième étape, construire le Plan.
Si le principe de la dissertation est bien celui d’une démonstration, il ne saurait y avoir de « plan type ». Qu’est-ce qu’un plan ? Un principe d’organisation de la pensée, en fonction de ce que vise précisément cette pensée. Lorsqu’il s’agit de penser un classement , une typologie, un inventaire, le plan se contente de fixer des distinctions, de construire des confrontations et d’opérer par divergences et convergences. Mais tel n’est pas le cas de la dissertation, sauf à l’envisager comme une collection de « point de vue » successifs plus ou moins habilement reproduits. On sait ce que Descartes pensait de cette démarche ! Parce que la dissertation est une démonstration , le plan détaille les différentes étapes du raisonnement, il exprime des connexions logiques. Faut-il deux ou trois étapes ? Peu importe. Certains concours exigent un plan en deux parties, d’autres réclament trois étapes nettement marquées. Lorsque les rapports de jury ne le spécifient pas – ce qui est le cas de la majorité d’entre eux – c’est évidemment indifférent. Certes le plan en trois temps reste le plus souvent recommandé mais parce qu’il permet dans le temps limité de l’épreuve de donner à la réflexion la plus grande ampleur.
Voici un schéma simple qui permet de structurer facilement un plan en trois parties parce qu’il obéit à la simple logique :
Première partie. Le problème se pose. On valide en quelque sorte la question , grâce à des exemples, à des constats, des définitions contradictoires etc.
Deuxième partie. Le problème , né le plus souvent d’une contradiction inhérente à l’énoncé ou d’une incertitude sur l’acception de telle notion, est résolu .
Troisième partie. Quelles sont les conséquences de la solution apportée au problème soulevé dans la première partie et réglé dans la seconde.
Certes / Mais / Dès lors. Voilà les trois connecteurs principaux du plan que l’on peut retrouver en introduction dans l’annonce du plan.



