Robert Fahed, interne en neurologie

M.M : Bonjour Robert, quelle spécialité as-tu choisi d’exercer et pour quelles raisons ?

R.F : J’ai choisi la Neurologie, pour plusieurs raisons :
– Mon père est neurologue. Je suis donc un peu tombé dedans quand j’étais petit. Et chaque fois qu’il me racontait l’histoire de l’un de ses patients, je trouvais ça passionnant, surtout quand j’ai commencé mes études de médecine (et que j’ai donc commencé à comprendre réellement ce qu’il me racontait !).
– Ensuite, et c’est là la principale raison, il s’agit à mon sens de la spécialité où la clinique a la part la plus importante. En neurologie, sans un sens de l’observation très aiguisé et une clinique solide, aucun diagnostic n’est possible. Ce côté « j’ai déjà le diagnostic, le bilan ne servira qu’à confirmer mon intuition » me plaît énormément.
– Enfin, c’est une spécialité extrêmement vaste en termes de pathologies et de possibilités professionnelles : maladies inflammatoires, maladies vasculaires et urgences, neurogériatrie, électrophysiologie…

M.M : Quelle est la maquette de ta spécialité ?

R.F : En Ile-de-France, on a l’une des maquettes les plus libres qui existent (8 semestres) :
– 4 semestres minimum de Neurologie
– 1 semestre « technique » que les internes effectuent en électrophysiologie (EEG-EMG-Potentiels évoqués)
– 3 semestres libres

La plupart des internes effectuent 5 voire 6 semestres de neurologie, mais on a néanmoins le champ libre pour explorer beaucoup d’autres domaines (médecine interne, cardiologie, médecine physique et réadaptation, maladies infectieuses notamment).

M.M : Pourrais-tu nous décrire ta journée type ?

R.F : En salle de Neurologie, la journée type est plutôt simple :
– Arrivée vers 8h30-9h00. La visite peut être très longue surtout s’il y’a beaucoup d’entrées (un examen neurologique minutieux pour un patient donc on ne sait rien nécessite au moins 45 minutes).
– Prescription des examens nécessaires puis pause déjeuner.
– Récupération des examens dans l’après-midi, puis courte contre-visite.

Si on se débrouille bien (c’est-à-dire après 2 ou 3 semestres), il est rare de finir après 18h30. Néanmoins, dans les services comportant une unité neurovasculaire, la journée peut vite dégénérer en fonction du nombre d’entrées et d’alertes thrombolyse (patient venant en urgence pour un AVC avec possibilité d’effectuer une thrombolyse).

M.M : Pourrais-tu nous décrire le déroulement d’une garde ?

R.F : Elle débute à 18h00 et termine à 8h30-9h00 le lendemain. On commence par prendre le bip et les transmissions. Il y’a rarement des patients « chauds » en hospitalisation traditionnelle, l’essentiel des patients compliqués se trouvant en unité neurovasculaire. Il y’a même des hôpitaux où la garde ne concerne que l’unité neurovasculaire (soit 10 à 15 patients en général)/
Il faut gérer par téléphone les avis téléphoniques des urgences/hôpitaux aux alentours/SAMU/pompiers (suspicion d’AVC), et éventuellement aller voir des patients aux urgences pour avis (principalement céphalées et déficit neurologique).

Lorsqu’une suspicion d’AVC récent arrive, là commence le rush (et l’adrénaline !) : l’alerte thrombolyse ! On attend le patient en radiologie (scanner ou IRM), et il faut vite l’examiner de façon détaillée, effectuer un bilan sanguin en urgence, et lui faire une imagerie cérébrale. Si l’AVC ischémique est confirmé, et qu’il n’y a pas de contre-indication, on peut tenter une thrombolyse (perfusion d’un médicament censé déboucher l’artère occluse dans le cerveau). Et si tout se passe bien (et avec un peu de chance), on assiste à un véritable miracle : le patient récupère (quasiment) tout devant nous en quelques minutes ! Si une alerte thrombolyse survient au milieu de la nuit, on peut à priori oublier l’idée de dormir J

Mis à part les accidents vasculaires cérébraux, la majorité des urgences neurologiques se résument aux crises myasthéniques et polyradiculonévrite aigues (et dans ces moments là, le réanimateur est ton meilleur ami !).

En gros, avec une bonne dose de confiance en soi et une tête bien faite, il est rare de se retrouver complètement submergé. Pour cette raison, les internes de neurologie démarrent le plus souvent très tôt les gardes de neurologie (qui sont séniorisées et donc payées comme un chef !!).

M.M : Quel classement faut-il avoir pour espérer pouvoir choisir la spécialité que tu exerces ?

R.F : Pour Paris, ça dépend complètement des années ! Par exemple, ces 4 dernières années, les rangs-limites ont oscillé entre environ 350 et 1200 (et oui, la neurologie ne plaît pas toujours à tout le monde !).
Mais si on considère la France dans son ensemble, le rang limite est toujours situé entre 3 000 et 4 000. Ce n’est pas la spécialité la plus difficile à voir, mais ce n’est pas la plus simple non plus !

M.M : Comment sont organisés les cours théoriques de ta spécialité ? Est-il nécessaire de s’inscrire à des DU (Diplômes Universitaires) ou DIU (Diplômes Inter-Universitaires), si oui quels sont les plus intéressants ?

R.F : Les cours ne sont pas nationaux, je parlerai donc uniquement pour l’Ile-de-France. Nous avons eu un coordonnateur absolument génial (Pr. Créange) qui organisait tous les 2 mois un séminaire de 1 jour et demi (vendredi après-midi et samedi), avec à chaque fois un thème (neurovasculaire, SEP, neurocognitif, maladies infectieuses, épilepsie, etc…), en faisant venir à chaque fois des neurologues de toute la France. Cerise sur le gâteau, les cours étaient filmés et enregistrés pour pouvoir être ensuite consultés à volonté !

Le coordonnateur va changer cette année, c’est Pr. Mazighi qui prend le relais à partir du mois de Novembre. Mais je le connais très bien, c’est quelqu’un d’aussi motivé, pédagogue et efficace que son prédécesseur. Je suis certain qu’il fera au moins aussi bien. Pour les DU et DIU, il en existe énormément, et il n’y en a aucun d’obligatoire ou systématique. Tout dépend de la surspécialité considérée, mais une chose est sûre : il y’en a pour tous les goûts !!

Il y a des diplômes en 1 et en 2 ans et tous ont très bonne réputation en neurologie.

M.M : Quels sont les points négatifs de ta spécialité ?

R.F : Personnellement, je n’en vois aucun ! Mais si je devais faire mon difficile, je dirais :
– Qu’il existe très peu de traitement à l’heure actuelle en Neurologie. Il est vrai qu’on est pas encore capable de guérir grand-chose (à l’exception des AVC où on peut sauver pas mal de monde !). Mais c’est une situation qui est en train de changer : en effet, de nouvelles thérapeutiques sortent tous les mois pour les grands pathologies (sclérose en plaques +++, maladie de Parkinson, épilepsie)
– Une maquette en 4 ans peut effrayer certains, car non seulement on a 1 an de formation en moins par rapport à pas mal de spécialités, mais en plus prendre un poste de sénior à 28 ans à peine (en moyenne) peut être intimidant.
– Enfin, la concurrence est assez féroce parmi les internes, et si on vise un poste dans un « grand CHU », il ne faut pas avoir peur de bosser en parallèle (M2, publications +++, etc…) et développer ses relations (congrès +++).

M.M : Quels sont les différents modes d’exercice possible de ta spécialité ? Lequel privilégieras-tu ?

R.F : La Neurologie offre toutes les possibilités :
– Exercice hospitalier
– Exercice libéral en clinique (secteur 1 ou secteur 2)
– Exercice libéral en cabinet (seul ou maison médicale)
– Une combinaison de tout ce qui est écrit ci-dessus !

Sans oublier les possibilités de recherche car tout reste à découvrir !

En ce qui me concerne, je me destine aux pathologies neurovasculaires, donc ça sera hôpital public !

 

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2 Comments

Filed under A chacun sa spé, interview d'internes !

2 Responses to Robert Fahed, interne en neurologie

  1. Nesrine

    Bonjour, je suis en 2nd et je suis passionée par le fonctionnement du cerveau ainsi que donc des maladies mentales. Au début, je voulais devenir neurologue car j’aimerais beaucoup connaitre le pourquoi du comment de l’epilepsie, maladie d’alzheimer etc. Mais j’ai peur que, en me dirigent vers la neurologie, je ne puisse pas approfondir les maladies mentales telles que la bipolarité, les TOC… Alors je ne sais que choisir. Psychiatrie? Neurologie? Neuropsychologie?

    • Malik Moustarhfir

      Bonjour, je vous conseille de vous lancer et de faire des études de médecine : vous aurez le temps de préciser votre orientation au cours des différents stages cliniques !

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