Paul de Boissieu, interne en santé publique

M.M : Bonjour Paul, quelle spécialité as-tu choisi d’exercer et pour quelles raisons ?

P.B : Santé Publique, aussi appelée « Santé Publique et Médecine Sociale ».

Pour le côté transversal de la spécialité tout d’abord, au cours d’un même stage, il est possible de côtoyer plusieurs disciplines : en recherche clinique par exemple, on peut travailler sur des projets en orthopédie, en gériatrie, en oncologie…Il est ainsi possible de garder contact avec plusieurs autres spécialités. Le côté transversal est aussi très présent au niveau des personnes avec lesquelles on est amené à travailler : au-delà du classique IDE, SF ou kiné, la santé publique permet de travailler avec des personnes exerçant dans le domaine de la santé, mais hors formation médicale ou paramédicale (ingénieur qualité, finances, politiques…). Mais aussi pour la prise en charge « globale » des patients, en santé publique on ne s’occupe plus des patients de façon individuelle, mais de façon « groupée » : par exemple mise en place d’un programme de dépistage ciblée sur telle population ou un essai thérapeutique sur telle pathologie.

M.M : Quelle est la maquette de ta spécialité ?

P.B : 8 semestres sont nécessaires pour valider le DES. 4 doivent être effectués en santé publique, les 4 autres sont libres. Ils peuvent être effectués en santé publique ou dans une autre spécialité (cela dit il est cependant peu probable d’effectuer des stages en réanimation ou en transplantation hépatique…).

C’est l’une des maquettes les plus « libre ». Pour ceux qui se destinent à des DESC, cela peut permettre de valider pas mal de semestres « hors filières » durant le DES afin de s’y préparer au mieux. Cependant chaque ville à ses spécificités et il convient de bien se renseigner sur les pratiques locales avant de choisir.

M.M : Pourrais-tu nous décrire ta journée type ?

P.B : Globalement, les horaires sont de type 9h-18h. Mais il est possible de finir plus tard et de commencer plus tôt. Tout dépend du terrain de stage et de l’investissement de l’interne (un mémoire de M2 à boucler et c’est le départ à 22h assuré…).

Ce qui est commun à beaucoup de stages, c’est que la journée type se déroule sans contact avec le patient (grosse rupture par rapport aux stages conventionnels d’externat). Notre contact privilégié est surtout l’ordinateur… Cependant, toute la journée ne se déroule pas en étant enfermé dans un bureau en face à face avec l’écran. Nous participions à des RCP, des staffs, certains suivent même des visites dans les services. Au niveau des stages de « terrains » type PMI et médecine préventive, il est possible de garder une activité clinique.

M.M : Pourrais-tu nous décrire le déroulement d’une garde ?

P.B : Les gardes ne sont pas obligatoires dans toutes les villes, l’interne motivé peut en prendre sinon pas de nombre minimal !

M.M : Quel classement faut-il avoir pour espérer pouvoir choisir la spécialité que tu exerces ?

P.B : La santé publique fait partie des spécialités pour lesquelles il y a depuis plusieurs années plus de postes ouverts que d’internes finalement affectés.

L’avantage d’arriver mieux classé c’est de choisir avant les autres lors des choix de stages d’interne…

M.M : Comment sont organisés les cours théoriques de ta spécialité ? Est-il nécessaire de s’inscrire à des DU (Diplômes Universitaires) ou DIU (Diplômes Inter-Universitaires), si oui quels sont les plus intéressants ?

P.B : Les cours de DES sont organisés localement : certains ont des cours fixes, d’autres des cours en commun avec d’autres villes et certains internes n’ont jamais de cours… L’association des internes de santé publique (CLISP) organise tous les ans des séminaires de 2-3 jours afin de se former sur une thématique précise. En santé publique, la plupart des internes suivent un M1 de santé publique. Le plus connu est celui de Paris 11 qui est disponible par correspondance.  Les internes n’ayant pas de M1 se font de plus en plus rares. De même, une majorité d’internes (dans ma ville Reims : 100%) s’inscrit en M2. Tous les domaines y sont représentés : recherche clinique (Paris 11), économie de la santé (Dauphine), gestion des établissements de santé (Paris, Rennes).

M.M : Quels sont les points négatifs de ta spécialité ?

P.B : Pour ma part : aucun. Cependant, la transition externat/internat avec la disparition de la clinique peut éventuellement poser problème à certains. Il reste bien sur la possibilité des gardes (obligatoires dans certaines villes) ou d’un hors filière via la maquette mais la grande majorité des stages de santé publique se fait sans patient à prendre en charge quotidiennement.

M.M : Quels sont les différents modes d’exercice possible de ta spécialité ? Lequel privilégieras-tu ?

P.B : Infinis…Certains font de la santé publique puis un DESC orienté clinique (maladies infectieuses, oncologie) et bascule vers la pratique clinique dite « classique ». La santé publique peut se pratiquer en public ou en privée. Le public peut déboucher sur de l’hospitalo-universitaire ou de l’hospitalier : hygiène, recherche, pharmacovigilance… Le public peut aussi déboucher sur des administrations publiques comme les ARS, l’ANSM, l’HAS, le ministère de la Santé…

Le débouché privé permet de suivre les mêmes parcours que l’hospitalier (+/-) mais dans des cliniques (Département d’Information Médicale, service hygiène surtout). Reste aussi l’industrie pharmaceutique, qu’il est possible de découvrir par des stages au cours de son internat. Il est également possible de s’expatrier : ONG et missions humanitaires, études post-doctorales à Londres, en Suisse…

En résumé, la santé publique offre autant de débouchés qu’il y a d’internes : chaque parcours est unique et doit être façonné en fonction de son projet personnel.

 

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