Nathan Peiffer-Smadja, interne en maladies infectieuses

M.M : Bonjour Nathan, quelle spécialité as-tu choisi d’exercer et pour quelles raisons ?

NPS : Je suis interne en médecine interne et inscrit au DESC de pathologie infectieuse et tropicale.
La médecine interne est une spécialité qui m’a toujours intéressé, pour la prise en charge globale du patient qu’elle permet. L’internat de médecine interne permet de passer dans de nombreuses spécialités et d’élargir à chaque semestre ses connaissances. C’est grâce à mon internat en médecine interne que j’ai pu aller dans le service de maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat où j’ai choisi de m’inscrire au DESC de pathologie infectieuse.
Ce sont deux spécialités à la fois proches et différentes. Les patients atteints de maladies infectieuses partagent avec les patients de médecine interne leur grande complexité nécessitant souvent une approche systémique. Tous les organes peuvent être touchés par les pathologies auto-immunes aussi bien que par les pathologies infectieuses. De même, la démarche diagnostique est une part importante du travail dans les deux spécialités avec notamment l’orientation diagnostique devant une fièvre d’origine indéterminée qui est souvent difficile. Les deux spécialités organisent le suivi de patients avec des maladies chroniques ou au long cours comme le VIH ou la tuberculose.
D’un autre côté, la partie thérapeutique est différente en maladies infectieuses. La guérison de la majorité des patients est rapide en maladies infectieuses (pneumonies, infections urinaires, etc.) tandis qu’elle est souvent très longue en médecine interne. De plus, les anti-infectieux présente une dimension intellectuelle supplémentaire avec la notion de résistance. La lutte contre les agents infectieux est un combat permanent entre l’espèce humaine et les espèces de bactéries, de virus, de parasites ou de champignons qui s’adaptent en permanence à nos armes. La spécialité de maladies infectieuses est également très ouverte sur le monde avec de nombreuses possibilités de travailler à l’étranger.

M.M : Quelle est la maquette de ta spécialité ?

NPS : Depuis cette année, il existe un DES de maladies infectieuses et tropicales.
La maquette est la suivante (http://www.infectiologie.com/UserFiles/File/formation/des-mit/maquette-des-mit.pdf) :
Phase socle :
– 1 stage en maladies infectieuses et tropicales
– 1 stage en médecine interne et immunologie clinique
Phase d’approfondissement :
– 2 stages en maladies infectieuses et tropicales
– 1 stage en microbiologie ou 1 stage en santé publique
– 1 stage en médecine intensive-réanimation
– 2 stages libres
Phase de consolidation :
– 1 stage d’un an ou deux stages d’un semestre en maladies infectieuses et tropicales

M.M : Pourrais-tu nous décrire ta journée type ?

NPS : Une journée type en maladies infectieuses et tropicales est assez semblable aux autres spécialités médicales.
Le matin commence souvent par un staff « entrées de la veille » – « sorties prévues du jour », en général entre 8h et 9h selon les services. Ce staff est particulièrement important en maladies infectieuses où les patients restent peu de temps à l’hôpital du fait de la guérison rapide de nombreuses infections.
Ensuite, l’interne réalise la visite, avec ou sans chef selon les jours. La visite permet de voir tous les patients, leurs prescriptions, les évènements de la veille, de programmer les examens ou de récupérer les résultats.
La visite se termine en général par le repas du midi, souvent entre 13 et 14h.
L’après-midi est consacrée principalement aux entrées. Il faut donc voir le dossier de chaque patient, l’examiner, lister les différents problèmes et organiser le déroulement de son hospitalisation. Il faut également faire les CRH (compte-rendu d’hospitalisation) des patients sortis et demander les examens décidés pendant la visite.
Selon les services, la journée se finit en moyenne entre 18 et 20 heures.

M.M : Pourrais-tu nous décrire le déroulement d’une garde ?

NPS : Les gardes sont en général réalisées dans le service des urgences de l’hôpital. Elles débutent vers 18h et se terminent le lendemain à 8-9h. La charge de travail varie beaucoup selon les hôpitaux.
La spécialité de maladies infectieuses recouvre de nombreuses situations d’urgence et est très utile lors des gardes. Le maniement des antibiotiques par exemple est un atout important qu’un interne de maladies infectieuses peut apporter aux urgences.
Une fois le semestre en médecine intensive – réanimation réalisé, il est possible, selon les hôpitaux, de faire ses gardes en réanimation médicale.

M.M : Quel classement faut-il avoir pour espérer pouvoir choisir la spécialité que tu exerces ?

NPS : Pour la première année du DES de maladies infectieuses et tropicales, la spécialité a été très bien choisie.
Il y avait 49 postes répartis sur le territoire. Le rang de choix s’est étalé de la major jusqu’au 3654ème avec un rang médian à 349. À Paris, il fallait être dans les 278 premiers pour choisir cette spécialité, ce qui l’a placée au premier rang de toutes les spécialités.

M.M : Comment sont organisés les cours théoriques de ta spécialité ? Est-il nécessaire de s’inscrire à des DU (Diplômes Universitaires) ou DIU (Diplômes Inter-Universitaires), si oui quels sont les plus intéressants ?

NPS : Du fait de la création cette année du DES de maladies infectieuses et tropicales, il est encore difficile de répondre. Cependant, de nombreux groupes de travail sont en place pour organiser l’enseignement, notamment numérique, dans les différentes villes.
Plus d’informations sont disponibles sur le projet pédagogique du DES : http://www.infectiologie.com/UserFiles/File/formation/des-mit/maquette-des-mit.pdf

M.M : Quels sont les points négatifs de ta spécialité ?

NPS : Il s’agit d’une spécialité médicale plutôt lourde avec de gros horaires et des astreintes de week-end relativement prenantes. De plus, il n’y a pas de gardes de spécialité pour les chefs/assistants ou les médecins titulaires. Ce qui signifie que le salaire est plus bas que les spécialités « à gardes » et qu’il n’y a pas de repos de garde. Ceci peut aussi être vu comme un point positif : pas de gardes donc pas de nuits passées à l’hôpital.

M.M : Quels sont les différents modes d’exercice possible de ta spécialité ? Lequel privilégieras-tu ?

NPS : La plupart des infectiologues travaillent à l’hôpital, aussi bien universitaire que général ou régional. Il s’agit du mode d’exercice que je pense privilégier.
Il existe également des possibilités de travail en libéral, par exemple dans des structures de suivi des patients VIH ou dans des centres de santé prenant en charge les infections sexuellement transmissibles.
Une particularité de la spécialité est son lien avec l’étranger : il s’agit d’une spécialité très appréciée pour travailler dans des ONG ou dans des structures internationales comme l’OMS.
Les pathologies infectieuses représentent un défi majeur dans de nombreux pays du Sud et la problématique de l’antibiorésistance est de plus en plus présente dans notre monde. Les possibilités professionnelles sont donc très nombreuses et amenées à s’étendre.

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