L’ORL et la chirurgie maxillo-faciale vous intéressent ? Amine Daouri vous en dit plus !

M.M : Bonjour Amine, quelle spécialité as-tu choisi d’exercer et pour quelles raisons ?

A.D : Initialement, javais choisi l’ORL puis lorsqu’en 3ème semestre j’ai effectué mon semestre dans cette spécialité, jai fait un droit au remord pour faire une maquette de chirurgie maxillo-faciale !  Lorsque lon est externe, on a du mal à y voir clair, il est difficile de connaître les subtilités de chaque spécialité avant d’y être véritablement confronté. On peut avoir des a priori sur une spécialité qui ne reflètent pas forcément la vie de tous les jours dun spécialiste, cest pour cela quil faut bien se renseigner avant de faire son choix (ce que je nai pas fait assez) !

En effet, d’après mon expérience, lORL est une spécialité beaucoup plus médicale que chirurgicale et je ne m’y attendais pas vraiment. On peut dire que lORL est à 80% médicale. Je pensais que c’était beaucoup plus chirurgical.

Mon profil correspondait plus à une activité de chirurgie ; j’avais besoin d’un côté « manuel » sans tout de même perdre lactivité diagnostique.  Je ne voulais pas sortir de la thématique « tête et cou » puisque c’est cette région anatomique qui me passionne. Il ne restait donc plus quune spécialité et il sagissait de la chirurgie maxillo-faciale, peu connue et pourtant fort sympathique.

M.M : Quelle est la maquette de ta spécialité ?

A.D : La maquette d’ORL se déroule en 10 semestres : 7 semestres dans la spécialité, 1 semestre en chirurgie générale (orthopédique ou viscérale), 1 semestre dans une spécialité chirurgicale classée dans le pôle tête et cou à savoir: neurochirurgie/chirurgie plastique/chirurgie maxillo-faciale et 1 semestre libre.

En ce qui concerne la maquette de chirurgie maxillo-faciale, il faut réaliser 1 semestre de chirurgie viscérale, 1 semestre de chirurgie orthopédique, 4 semestres de chirurgie maxillo-faciale au minimum et les 4 autres semestres sont libres. Il est donc intéressant de réaliser les stages suivants en plus : chirurgie vasculaire, chirurgie ORL et chirurgie plastique par exemple.

M.M : Pourrais-tu nous décrire ta journée type ?

A.D : La journée type de chirurgie maxillo-faciale est variable d’une semaine à l’autre : 

Semaine de bloc : on passe la journée au bloc, elle commence dès 8h du matin, l’interne opère avec un sénior de chirurgie. Il y a un programme à suivre : chirurgie esthétique (lifting, rhinoseptoplastie, féminisation du visage pour les transsexuels), chirurgie orthognatique, chirurgie carcinologique comme l’exérèse de cancers endobuccaux avec reconstruction par lambeaux pédiculés ou lambeaux libres, chirurgie dermatologique comme l’exérèse de cancers cutanés, chirurgie dentaire avec de l’implantologie, l’avulsions de dents de sagesse et enfin toute la chirurgie d’urgence : traumatismes de la face avec les fractures de mandibule, de Lefort, du plancher de l’orbite et des urgences à traiter comme les cellulites de la face à drainer.

Il y a aussi des semaines d’astreintes où nous n’allons pas au bloc mais où l’interne doit gérer le service : faire la visite, effectuer le suivi post-opératoire des patients (évaluer leur douleur, leur transit, leurs pansements post-opératoires, donner les avis maxillo dans les services du CHU et gérer toutes les urgences maxillo-faciales de la région), ça paraît énorme comme ça mais ne vous inquiétez pas, on y arrive !

M.M : Pourrais-tu nous décrire le déroulement d’une garde ?

A.D : La garde commence à 18h30, on récupère un vieux téléphone des années 90 qui ne peut que recevoir et envoyer des appels 🙂 On gère alors toutes les urgences de la région : traumatismes maxillo-faciaux en tout genre ; fractures de mandibule, de Lefort, du plancher de l’orbite, du zygoma, du sinus frontal, traumatisme balistique, cellulite cervico-faciale d’origine dentaire, traumatisme dentaire ainsi que toutes les plaies de la face, ce qui nous occupe une bonne partie de la nuit.

M.M : Quel classement faut-il avoir pour espérer pouvoir choisir la spécialité que tu exerces ?

A. D : Il faut être dans les 1000 premiers pour avoir les villes les plus demandées et dans les 2000 premiers pour les autres villes. Attention, il existe des villes moins demandées, simplement parce quil ny fait pas très beau et que la vie en général y est moins sympa (ville moins étudiante , moins festive) alors que le service de chirurgie maxillo-faciale est excellent. Renseignez-vous bien. Sachez que parfois dans les villes très demandées (parce quil y fait bon vivre), les internes sont moins bien formés que des internes ayant choisi un endroit soi-disant paumé !

M.M : Comment sont organisés les cours théoriques de ta spécialité ? Est-il nécessaire de s’inscrire à des DU (Diplômes Universitaires) ou DIU (Diplômes Inter-Universitaires), si oui quels sont les plus intéressants ?

A.D : Les cours de DESC (Diplôme d’Etudes Spécialisées Complémentaires) en chirurgie maxillo-faciale se déroulent généralement à Paris ou à Lyon. Je pense que vous ne connaîtrez pas le DESC puisque vos spécialités seront a priori filiarisées et ce seront donc des DES (Diplôme d’Etudes Spécialisées) en chirurgie maxillo-faciale. Il n’y aura plus besoin d’obtenir le DES de Chirurgie générale pour avoir le DESC de chirurgie maxillo-faciale.

En terme de DU pour la CMF, je conseille de faire celui de microchirurgie, il en existe dans toutes les grandes villes de France. Il permet entre autres dapprendre à faire des micro-anastomoses vasculaires pour pouvoir ensuite prélever des lambeaux et les greffer au niveau de la face et du cou.

Je conseille également de réaliser au début de linternat le DU danatomie clinique crânio-faciale et cervicale, le DU danatomie des lambeaux, le DU de chirurgie carcinologique des cancers cutanés de la face (à Angers) et si vous souhaitez vous sur-spécialiser, il existe des DU dimplantologie, dorthodontie et dorthognatisme.
En réalité, la chirurgie maxillo-faciale est une spécialité hyper-diversifiée et permet clairement de trouver son « rayon ».

M.M : Quels sont les points négatifs de ta spécialité ?

A.D : Certains diront que les avulsions de dents de sagesse, cest assez rébarbatif, dautres dans le privé vous diront que cest « ludique » et que ça permet de gagner de largent. Pour ma part, je trouve ça amusant et ça permet à linterne dopérer assez tôt durant linternat car cest un geste relativement simple (mais non dénué de risques) contrairement à la chirurgie cardiaque ou thoracique où lon opère très tard.
Au total, je ne trouve pas vraiment de points négatifs à ma spécialité, je pense juste avoir trouvé «chaussure à mon pied »

M.M : Quels sont les différents modes d’exercice possible de ta spécialité ? Lequel privilégieras-tu ?

A.D : 3 modes d’exercice possible : 

– Libéral
– Public (en centre hospitalier)
– Mixte

Le libéral permet d’être « son propre patron », on a a priori de compte à rendre à personne, si ce n’est faire en sorte que la clinique soit bénéficiaire. D’ailleurs les cliniques apprécient en général les maxillo puisqu’ils génèrent pas mal d’argent grâce aux opérations des dents de sagesse. L’inconvénient, c’est que l’on perd tout le côté universitaire que j’aime beaucoup (donner des cours à la fac, enseigner aux internes et aux externes…). Le libéral permet d’avoir un niveau de vie plus élevé puisque le salaire est beaucoup plus important que dans le public.

Dans le public, il y a de nombreux avantages comme avoir des internes et externes qui nous assistent pendant les interventions, enseigner et transmettre des gestes chirurgicaux est un « travail » de compagnonnage qui est vraiment génial. Aussi lorsqu’on est chef, on a une charge de travail plus allégée puisque l’interne en fait une bonne partie : suivi des patients, papiers administratifs, codages des actes etc… Alors qu’en clinique, on est seul !

Il existe enfin la version mixte : on peut avoir une activité en clinique et garder un pied à l’hôpital en tant que praticien attaché et avoir quelques vacations opératoires et ça peut être aussi très intéressant.

Lequel je choisirai ? Vous verrez qu’au cours de votre internat, on vous proposera plusieurs types de postes : poste de chef, d’assistant, de PH… Il faut juste saisir les opportunités au moment où elles se présentent.
Je reste donc ouvert à toutes propositions car j’adore l’universitaire mais il est vrai que le libéral peut offrir un cadre de vie plus qu’agréable…

 

NDLR : Très impliqué dans l’accompagnement des externes au cours de leur préparation des iECN, Amine Daouri a rédigé l’ouvrage d’ORL dans la collection 120 Questions Isolées pour que l’ORL ne soit plus une spécialité abstraite à travailler !

 

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