L’expatriation en Suisse vous tente ? Voici les réponses aux questions que vous vous posez !

Bonjour Olivier, tu es psychiatre, ancien étudiant en médecine en France et auteur du blog www.psy4.org bien connu des étudiants en médecine et médecins diplômés qui souhaitent obtenir des informations pratiques sur l’expatriation en Suisse. Merci d’avoir accepté de répondre aux questions que se posent bon nombre d’étudiants/médecins avant de franchir le pas…

M.M : En ce qui te concerne, quelles sont les raisons qui t’ont poussé à aller exercer la médecine en Suisse ?

O : Pour ma part, ce qui m’a poussé à m’expatrier, c’est la volonté de parvenir à exercer dans la spécialité qui m’intéressait depuis toujours. Je voulais faire de la psy et l’accès à cette spécialité m’était refusé en France, à cause de mon échec à l’internat. J’avais certes un 2ème essai, mais vu l’investissement en temps dans mon année de révisions (pour le résultat obtenu), je ne m’attendais pas à pouvoir réussir du 2ème coup en étant interne. L’internat me considérait comme inapte à faire de la psy, pourtant j’ai toujours eu de bonnes appréciations durant mon cursus suisse en psy, je suis désormais diplômé depuis plusieurs années, et j’exerce en libéral avec une grande satisfaction, de bons retours et d’excellentes collaborations avec les institutions et les confrères installés. Si j’étais resté en médecine générale, discipline qui m’avait été imposée, il est certain que je ne m’y serais pas plu, car de nombreux aspects de la médecine générale ne me plaisaient aucunement et mes lacunes dans certains domaines ne me rassuraient guère. Je n’arrivais pas à étudier la médecine générale de manière approfondie tandis que je pouvais facilement étudier et retenir des connaissances en psychiatrie. Il parait raisonnable d’envisager que, lorsque quelque chose nous plait, on s’en imprègne bien plus facilement. 🙂

M.M : Tu as conseillé un certain nombre d’étudiants au sujet de l’expatriation en Suisse, quelles sont les motivations qui reviennent le plus souvent ?

O : L’envie de faire une spé très prisée (même parfois avant d’avoir passé l’ECN),
un classement ne permettant pas d’obtenir la spé voulue,
mais également, et de plus en plus, le sentiment que l’exercice en France sera moins plaisant : défaut de reconnaissance de la profession par les pouvoirs publics, non revalorisation des honoraires qui ne suivent ni le coût de la vie, ni les coûts de fonctionnement (quand on utilise du matériel médical).
Néanmoins, tous les gens qui ont un projet d’expatriation n’envisagent pas forcément de rester en Suisse ensuite. Certains souhaitent juste pouvoir accéder à la spé de leur choix puis revenir en France pour exercer.

M.M : Quel est pour toi le moment idéal pour s’expatrier en Suisse : la fin de l’externat, la fin de l’internat ?

O : Le fait d’avoir un peu d’expérience comme interne me paraît essentiel pour pouvoir mettre en évidence les différences entre ce qu’il se passe en France et le déroulement en Suisse. La fin de l’externat ne permet pas de bénéficier de l’ensemble des mises en disponibilité, qui permettent de mettre en pause un cursus d’internat, ce qui constitue une sécurité bien pratique pour celui qui ne se plairait pas en Suisse. Car il faut penser au retour, comme lorsque l’on se destine à la médecine humanitaire. Ne pas croire que tout est beau, il faut assurer ses arrières.

La fin de l’internat, c’est également possible, mais dans ce cas cela dépend de ce que l’on veut faire : s’expatrier pour vivre et travailler en Suisse ? Compléter son parcours avec une autre spé ? Le fait d’avoir un diplôme permet de se balader plus librement dans l’UE et les pays de l’AELE, dont la Suisse.

M.M : En quelques mots, quelles sont les principales démarches à effectuer pour préparer au mieux son expatriation ?

O : Consulter mon site 😉
En fait, c’est prendre des renseignements, comprendre comment cela se passe ailleurs, et prendre son temps pour faire mûrir son projet.
Une fois la décision prise, c’est assez simple car le fait d’être embauché ou non ne dépend plus vraiment de soi, une fois les CV et lettres de motivations envoyés.
Si, par chance, on est pris dans un poste, on a ensuite un certain nombre de documents à remplir. Ceux-ci sont fournis par le futur employeur.
La recherche du logement est un problème dont il faut se préoccuper relativement tôt car il y a pénurie en Suisse. On peut demander à l’employeur s’il met des logements à disposition de ses employés étrangers (c’est le cas pour le CHU de Lausanne par exemple).
Il est ensuite utile de se renseigner sur les formalités douanières pour pouvoir passer son mobilier, ses effets personnels sans avoir à payer de taxe. A ma connaissance, il est nécessaire d’établir une liste de ce que l’on emporte.
L’ouverture d’un compte en banque (le fameux « compte en Suisse » !) est également nécessaire. Cela se fait une fois le permis de séjour obtenu (d’où l’intérêt d’avoir un peu d’argent avec soi, car on ne peut pas ouvrir ce compte dès son arrivée, puisque le permis de séjour ne vient qu’au bout de quelques semaines !).

M.M : On entend beaucoup dire que l’on est mieux payé en Suisse malgré le niveau de vie élevé, qu’en est-il réellement ?

On est effectivement mieux payé, avec un salaire démarrant pour le canton de Vaud à  5500 CHF bruts, desquels il faut retirer les cotisations de retraite et de prévoyance professionnelle (env. 15%) et env. 15% d’impôts sur le revenu (prélevés à la source les 5 premières années).
Il reste donc 3850 CHF pour tout le reste. Même si la location d’un logement reste onéreuse (compter actuellement 1000 CHF pour un studio non meublé à Lausanne), il reste encore bien assez pour tout le reste (assurance maladie, téléphonie, dépenses diverses).
Et là, on parle d’un médecin-assistant (interne) de 1ère année. Le salaire augmente selon une grille d’ancienneté déterminée par convention (pour le canton de Vaud car chaque canton est souverain).
Ainsi, on voit que le niveau de vie d’un assistant suisse sera rapidement bien plus élevé que celui d’un interne en France.

M.M : Quelles sont les spécialités médicales ou chirurgicales très demandées en Suisse et qui permettent de s’expatrier « plus facilement » ?

La psychiatrie a longtemps été un parent pauvre de la médecine, tout comme en France, et probablement ailleurs. Je n’ai actuellement aucune donnée à ce sujet. Historiquement, on pouvait se baser sur les annonces de postes qui étaient publiées dans les journaux médicaux suisses, mais depuis quelques années, les publications de postes de médecins-assistants se sont raréfiées, sans doute le signe qu’il y a de plus en plus de candidatures spontanées et que les recruteurs n’ont plus qu’à étudier les dossiers qui leur parviennent pour choisir les assistants qu’ils vont former.
A moins de ne vraiment pas savoir quoi faire comme spé ET ne pas se plaire en France, je pense qu’il serait dommage de vouloir choisir sa spé en fonction des places disponibles ou non. Le fait de ne pas pouvoir accéder à une spé à cause d’un concours arbitraire me semble être une raison plus cohérente de s’expatrier. De toute façon, si on choisit une spé qui ne nous plaît pas, on risque de ne pas faire long feu, car la poursuite d’un parcours se fait sur la base de la compétence et de la façon dont notre travail est apprécié. Tout peut être remis en question si on ne fait pas preuve de motivation, d’engagement et de compétence. Car il ne s’agit pas de se montrer meilleur à un concours puis de se reposer sur ces lauriers.
D’ailleurs, si on y réfléchit bien, le jour où l’on exerce une profession, c’est à chaque instant que notre professionnalisme et nos compétences sont testées, remises en question et ce, jusqu’à notre retraite. 

M.M : As-tu eu des retours négatifs de certains collègues partis en Suisse ? Quelles sont les principales raisons des échecs dont tu as entendu parlé ?

Quelques uns, mais ce n’est clairement pas la majorité des retours que j’ai (NB: les étudiants ne me contactent plus forcément une fois qu’ils ont eu les infos qu’ils voulaient, donc ces témoignages ne constituent pas un échantillon représentatif de la population d’expatriés).
La raison principale ? C’est en général le delta entre les représentations initiales de l’expatriation et la réalité du terrain : par exemple déception sur les postes d’une spé donnée mais également déception de voir à quel point une discipline spécialisée peut être exigeante et épuisante : il ne suffit pas d’avoir un poste, il faut aussi tenir le coup, avec le rythme de vie que cela donne, les responsabilités, la nécessité de se former souvent en dehors du temps de travail… En médecine, on ne compte pas ses heures. Et on n’y peut rien, c’est la masse de connaissances à intégrer qui l’impose.

Merci Olivier d’avoir répondu à ces quelques questions qui permettront aux étudiants d’y voir plus clair et pour certains de se préparer au mieux à leur expatriation. Pour les plus curieux, n’hésitez pas à consulter le blog d’Olivier www.psy4.org !

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