Bertrand Mathon, interne en neurochirurgie

M.M : Bonjour Bertrand, quelle spécialité as-tu choisi d’exercer et pour quelles raisons ?

B.M : La Neurochirurgie. C’est une spécialité passionnante qui possède de nombreuses particularités : il s’agit d’une part d’une chirurgie très diversifiée puisque nous intervenons sur l’ensemble du système nerveux (cerveau, moelle épinière, nerfs périphériques) et dans de multiples domaines (traumatologie crânienne, neuro-oncologie, neurochirurgie vasculaire, chirurgie du rachis, neurochirurgie fonctionnelle, chirurgie de la douleur et de la spasticité, radiochirurgie stéréotaxique…).

D’autre part, il s’agit d’une discipline très technique et en perpétuelle évolution, du fait des innovations technologiques constantes dont nous bénéficions au bloc opératoire (microscopie, endoscopie, neuronavigation, imagerie peropératoire, stimulation du système nerveux…).

Par ailleurs, le métier de neurochirurgien requiert également un sens clinique important, puisque la majorité des indications opératoires dépend du retentissement clinique de la lésion et donc de l’examen neurologique pratiqué par le neurochirurgien. Il convient ainsi de dire qu’en aucun cas le neurochirurgien « ne coupe les ponts avec la médecine ».

M.M : Quelle est la maquette de ta spécialité ?

B.M : La maquette officielle comporte 10 semestres dont au moins 5 en Neurochirurgie (7 semestres en pratique), 2 dans des services de chirurgie hors Neurochirurgie et un semestre de Neurologie. Cependant, il faut savoir que, selon les régions, cette maquette est assez flexible. En effet, certains coordinateurs régionaux ne rendent pas obligatoires les stages « hors-filières », et il est donc possible d’effectuer plus que sept semestres de Neurochirurgie. Il en est de même pour le stage de Neurologie que de nombreux internes remplacent par un stage de Neuroradiologie interventionnelle. Par ailleurs, la réalisation d’une année de Master 2 recherche est de plus en plus conseillée.

M.M : Pourrais-tu nous décrire ta journée type ?

B.M : La journée type dépend de l’organisation de chaque service, mais, comme pour tout service de chirurgie, celle-ci s’articule autour de l’activité opératoire…

Dans la plupart des services, l’interne commence la visite des patients de son unité vers 7h30 et se rend au staff quotidien du service (en fonction des services) pour présenter ses patients. Puis, l’interne passe la majorité de sa journée au bloc opératoire à assister un chirurgien ou à opérer sous la responsabilité de celui-ci. En fin de journée, il réalise sa contre-visite durant laquelle il rencontre notamment les familles des patients. Les journées s’agrémentent également de staffs (staff hebdomadaire du service, staff de neuro-oncologie, staff de neurochirurgie vasculaire, staff de chirurgie de l’épilepsie…), et de travaux administratifs (dictée des comptes rendus d’hospitalisation, réalisation des papiers de sortie…). Il est ainsi toujours difficile de prévoir à quelle heure prendra fin notre journée de travail à l’hôpital…

M.M : Pourrais-tu nous décrire le déroulement d’une garde ?

B.M : Ce sont des gardes de 24 heures durant lesquelles l’interne, via son téléphone ou son bip de garde, est sollicité par le SAMU ou les services d’urgence de sa région pour prendre en charge les urgences neurochirurgicales. Celles-ci sont très variées : traumatismes crâniens, hémorragies méningées, hématomes intracrâniens, hydrocéphalies, abcès cérébraux, compressions médullaires, syndrome de la queue-de-cheval, certaines tumeurs cérébrales… Il est donc amené à recevoir et à opérer avec son sénior de garde un nombre variable de patients selon le déroulement de la garde. Il doit également assurer la continuité des soins de son service et de la réanimation neurochirurgicale.

M.M : Quel classement faut-il avoir pour espérer pouvoir choisir la spécialité que tu exerces ?

B.M : Depuis la filiarisation, il est difficile de répondre à cette question puisqu’il y a globalement 1 poste d’interne de Neurochirurgie disponible par région et par an, et 2 ou 3 à Paris. Ce classement peut donc être très variable d’une année à l’autre. A titre d’exemple, lorsque j’ai passé l’ECN en 2010, pour être interne à Paris en Neurochirurgie, il fallait être classé dans les 900 premiers. L’année dernière, le dernier poste est parti au-delà de 1800. Il faut donc être suffisamment bien classé pour pouvoir choisir en premier ce poste dans la région de votre choix ! Attention cependant, certaines régions n’offrent pas de poste de Neurochirurgie tous les ans, il faut donc s’en enquérir dès que la répartition nationale pour l’année en cours est publiée.

M.M : Comment sont organisés les cours théoriques de ta spécialité ? Est-il nécessaire de s’inscrire à des DU (Diplômes Universitaires) ou DIU (Diplômes Inter-Universitaires), si oui quels sont les plus intéressants ?

B.M : A Paris, nous avons des cours de DES, le lundi en fin de journée une semaine sur deux de janvier à juin, ainsi que deux demi-journées thématiques par an. Il y a également deux journées nationales de formation par an qui ont lieu en septembre durant lesquelles tous les internes français sont présents. Au niveau pratique, il y a régulièrement des ateliers de formation organisés par l’Ecole de Chirurgie ou par les services. En Province, il y a des journées trimestrielles ou semestrielles inter-régionales de formation.

Il existe quelques DU en rapport avec la spécialité : au niveau pratique, le DU de Techniques Microchirurgicales permet d’acquérir la maîtrise de la chirurgie sous microscope opératoire. D’autres DU ou DIU sont potentiellement utiles lorsqu’on souhaite s’hyperspécialiser dans un domaine précis de la Neurochirurgie : DIU de Neuro-Oncologie, DIU de Neurochirurgie vasculaire, DU du rachis, DU de chirurgie stéréotaxique et fonctionnelle…

M.M : Quels sont les points négatifs de ta spécialité ?

B.M : De par la gravité des pathologies et des conséquences potentielles du geste neurochirurgical, le stress est très fréquemment associé à la Neurochirurgie ; et sa gestion est un enjeu primordial afin de pouvoir supporter l’exercice de cette spécialité.

M.M : Quels sont les différents modes d’exercice possible de ta spécialité ? Lequel privilégieras-tu ?

B.M : La grande majorité des neurochirurgiens français exercent dans le domaine public. Effectivement, la Neurochirurgie nécessitant un plateau technique lourd, il s’agit d’une spécialité qui n’existe quasiment exclusivement qu’en CHU. Les services hospitaliers offrent la diversité d’exercice dont je parlais précédemment. Hormis quelques exceptions, les structures privées offrent surtout la possibilité d’opérer le rachis. Il est également possible d’avoir un mode d’exercice mixte entre le CHU et la clinique.
Pour ma part, à l’heure actuelle, je pense privilégier un mode d’exercice hospitalier, mais il est important de ne se fermer aucune porte…

Bon courage à tous !

 

Be Sociable, Share!

Leave a Comment

Filed under A chacun sa spé, interview d'internes !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.