Vive le théâtre au lycée…

Les consignes du ministère sont claires : chaque lycéen doit pouvoir se construire un parcours culturel riche et cohérent. Les établissements peuvent mettre en place différentes actions : concert, spectacles , etc. Un référent culture est désigné dans chaque lycée. Il s’agit d’un professeur volontaire qui s’attachera notamment à la mise en œuvre de projets culturels dans le cadre du temps scolaire…

Madame Louvel, prof de français, aime le théâtre tout autant que l’Éducation nationale, l’enseignement, les élèves, sa matière, son métier… Et chaque année scolaire depuis des lustres, elle concentre toutes ces formes d’amour en un seul jour pour offrir aux élèves, un spectacle culturel de haute tenue. Elle ne choisit pas un divertissement simplet, mais au contraire du solide, avec une mise en scène exceptionnelle.

Il y a pléthore d’offres dans le catalogue de l’académie. On trouve « Le Cid » en version flamenco andalou, mais aussi « Les Mouches » de Sartre, en anglais, pour faire d’une pierre deux coups. Une compagnie joue même « L’Avare » dans une optique freudienne car l’avarice touche à la libido. Après quelques hésitations, Mme Louvel choisit « les Femmes savantes ».

Quelques semaines plus tard, une troupe s’installe dans le gymnase et les élèves prennent place, assis par terre. Tout vaut mieux qu’un cours de français avec Madame Louvel. La pièce commence.

Les artistes ne cachent pas leur jeu, c’est écrit sur l’affiche : ils font du théâtre autrement. Les actrices jouent les rôles masculins et les acteurs vice versa incarnent des héroïnes, tous étant habillés d’une sorte de djellaba blanche unisexe (c’est voulu). Entre deux scènes écrites par Molière, les interprètes circulent dans les travées de spectateurs et accusent chaque garçon d’être complice de l’odieuse persécution millénaire du genre féminin. Ça jette un froid.

Durant l’entracte, le réalisateur échange quelques mots avec Mme Louvel émerveillée. Ce pro de la mise en scène occupe une place au carrefour du spectacle et du combat intellectuel pour donner du sens. Peut-on concilier féminité et féminisme ? Le débat sociétal sur la place des genres dans la civilisation occidentale n’est pas d’aujourd’hui … Grâce à sa mise en scène, « Les Femmes savantes » retrouvent la vigueur de leurs origines. Diction et gestuelle codifiées, éclairage à minima, costumes dépouillés, musique techno … bref, tout converge pour aboutir à une approche nouvelle de Molière.

De toute évidence,  cette perspective n’ébranle pas la cohorte de lycéens qui se sont ennuyés tout le long de la première partie en se faisant traiter d’ignobles machistes. À la reprise, les beuglements de la salle confinent au concert rock. La voix des comédiens ne parvient plus à couvrir le chahut. Madame Louvel tente d’apaiser le vacarme. Mais il s’intensifie de plus belle. Une actrice énervée précise que si les garçons l’empêchent de jouer, c’est précisément parce qu’elle est une femme. Feraient-ils de même si elle était un homme ?

Un insolent de Première L la traite d’un nom d’oiseau. D’autres élèves en profitent pour faire voltiger des épluchures d’oranges et d’autres immondices. Le tapage est à son comble. Madame Louvel mortifiée, décide tant bien que mal d’imposer un retour en classe sans attendre la fin de la pièce.

 

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