Banal blues du bac

Le calendrier du bac, précis comme un scalpel de chirurgien, va bientôt trancher dans la vie de tous les candidats. À quelques semaines des épreuves décisives, (celles à gros coefficients), une forme de mélancolie mystérieuse envahit les classes. L’ambiance est cafardeuse.

L’administration du lycée peaufine l’organisation des jours « J » en dénouant les derniers problèmes inventoriés (dossier en retard, erreur de planning, oubli d’un détail …).

En classe, il faut finir les programmes, nombre d’enseignants accélèrent le rythme en précisant mille et une fois qu’ils n’auront jamais assez de temps. Leur conscience professionnelle les honore, mais la forme qu’elle prend génère un grand trouble. Quelques-uns sont plus stressés que leurs élèves. Ils multiplient les polycops, assomment de recommandations ou intensifient les corrigés express … ce qui ne détend pas l’atmosphère.

Le taux de maladresse n’est pas moins important à la maison. Les parents sont parfois balourds, comme ce couple qui a déjà pris un rendez-vous « urgent » avec le proviseur-adjoint pour réinscrire leur fils en terminale l’année prochaine au cas où il raterait le bac cette année : « Il vaut mieux être le premier sur la liste des redoublants n’est-ce pas ? »

 L’inquiétude prend le dessus Continue reading

Les matières sont toutes importantes, vraiment toutes ?

 Raphaël obtient une moyenne de plus de 16 /20 dans quatre matières : EPS, Occitan LV3, éducation civique ECJS et option audiovisuel. Il se situe parmi les deux meilleurs élèves de sa seconde dans ces quatre domaines. En revanche, en maths, français, langues, ainsi qu’en sciences, les notes ne dépassent pas 8,5 /20.

En ECJS, Raphaël a toutes les raisons d’être fier de son exposé de trente pages concernant la pauvreté et la précarité en France, qui lui a valu un 18/20. Et en natation, la coupe qu’il a remportée est en bonne place dans la vitrine du hall du lycée … Que dire de l’Occitan ? Il le lit comme un véritable Gascon, lui dont la mère est Lorraine et le père Breton.

Raphaël parle du plaisir qu’il éprouve dans les matières qui lui plaisent et insiste sur les compliments qu’il reçoit des profs concernés. Par exemple, en audiovisuel, il a décroché le prix du rectorat, si bien que son clip au sujet du préservatif est sur le site officiel de l’académie dans la rubrique « Olympiades de l’audiovisuel contre le Sida».

Les matières qui rapportent peu au bac

Officiellement, tout enseignant dit que les matières sont TOUTES importantes et qu’il y a équivalence entre la gym et les maths. Néanmoins, tout le monde se réjouit davantage si un élève réussit mieux en SVT qu’en badminton. Les professeurs ne le disent pas clairement, mais ils savent bien que la réussite dans des disciplines secondaires ne fait pas le succès lorsque les résultats restent bas sans les matières principales. D’ailleurs, ces deux mots sont régulièrement l’occasion de discussions interminables…

Un élève qui est un champion dans des domaines qui ne sont pas décisifs pour le passage en première (et au-delà pour le bac), attire la sympathie, mais pas l’admiration, et parfois il peut susciter une certaine inquiétude chez ses parents et ses professeurs. En classe de seconde notamment, un profil déséquilibré peut poser problème pour l’orientation si aucune note n’est assez convenable dans certains domaines pour envisager une filière générale (S, ES ou L) et que se profilent un redoublement ou un bac pro…

L’idéal serait que les élèves réussissent dans les matières essentielles . Globalement on en connaît la liste : maths (surtout), physique chimie (certainement), français (sans hésitation) et anglais (ou une autre LV1). Les autres disciplines sont tactiques, pour obtenir un bonus au Bac.

Pour comprendre la notion d’importance des matières, prenons l’exemple de la philosophie. Certains baccalauréats ne comportent aucune épreuve dans cette discipline ; pour les autres les coefficients varient entre 7 et 2 … (Voir ci-dessous).

Coefficients de la Philosophie aux baccalauréats

L : 7

ES : 4

S : 3

STG & STI :  2

Bac-Pro (tous) :  pas de philo

 

Les matières principales et les matières secondaires

 On pourrait croire que seul le coefficient aux examens décide de l’importance d’une matière. En réalité la hiérarchisation commence dès l’école primaire. Les travaux de nombreux chercheurs en pédagogie le prouvent. En voici les grandes lignes…

  Matières de base (principales) :

– Elles sont essentielles à la réussite scolaire ultérieure, à la base de tout savoir.

– Elles jouent un rôle capital à cause de leurs dimensions utilitaires.

– Elles garantissent la réussite sociale et professionnelle…

 

On cite souvent en ce domaine…

Français

Mathématiques

Sciences (SVT & Physique Chimie)

Histoire Géographie

Anglais & autre langue 1

Philosophie

Éducation physique

 

Matières secondaires :

– Elles relèvent de la culture et du développement personnel.

– Elles constituent des compléments parfois récréatifs aux matières de base.

– Elles sont un enrichissement sans être indispensables…

 

On cite souvent en ce domaine…

Instruction civique & ECJS

Arts plastiques & audiovisuel

Musique Théâtre Danse

Travaux manuels & technologie

Langues 3 et langues régionales

Éducation à la santé (éducation sexuelle)

 

 

Je ne passerai pas le bac

Petite scène de la vie d’un lycée

À quelques semaines de l’examen, Mila regarde droit dans les yeux sa meilleure copine Anaïs et lui dit : Je n’irai pas passer le bac. Je n’ai plus envie de suivre les cours ni de venir au lycée … Ras le bol des programmes, des devoirs et des profs… En plus, le proviseur a dit que notre terminale était la plus mauvaise depuis des années…

Sûr, Mila ne se rendra pas à la convocation. Dans le film noir qu’elle se joue, les parents vont vouloir changer le scénario et imposer leur happy end. Ils vont se répandre en petites gâteries, belles attentions et cadeaux de toutes sortes comme pour un anniversaire … Ou alors, ils vont plutôt la faire voir par un psy : « Docteur la petite est folle, elle est arrivée en terminale et ne veut pas passer le bac ! » Continue reading

Handicapés au lycée : aménagement des études et du déroulement du bac

Petite scène de la vie courante dans un lycée

Durant la récré, Théo aborde deux filles de première L option théâtre. Un peu hésitant, il leur lance un défi qu’il a concocté avec Léon qui reste à l’écart.
– Avec mon  pote,  on a fait le pari qu’aucune de vous deux ne serait cap de lui  faire un smack…
– C’est gênant de faire un smack sans raison…
– Comment sans raison ? Il faut lutter contre les préjugés. Un smack, c’est pour prouver qu’il n’y a pas de barrière entre une fille valide et un garçon en fauteuil comme Léon…
Théo, fier de l’argument, lorgne vers son pote qui approuve d’un large sourire. Les deux lycéennes tergiversent un instant, puis la réponse tombe. C’est oui ! Aussitôt, Manon, théâtrale, s’approche du fauteuil, se penche vers Léon rouge comme une tomate et lui fait un smack merveilleusement délicat ! C’est le tour de Margot. Elle pose ses deux mains sur les accoudoirs. Et  de deux ! Doux effleurements, lèvres à lèvres, quelques secondes, les yeux fermés… Léon plane.
La fin de la récré sonne. Les demoiselles partent tandis que le fauteuil s’emballe à fond la caisse emportant Léon en cours d’anglais. Théo tout penaud lui court aux trousses.
– C’est pas juste ce pari, j’ai pas eu de smack, moi !

La loi du 11 février 2005 affirme le droit pour tout jeune handicapé à une place en milieu scolaire ordinaire, au plus près de son domicile. ULIS (unité localisée pour l’inclusion scolaire) est le nom que l’on donne à l’organisation des études pour les élèves en situation de handicap dans un établissement ordinaire. Chaque lycéen d’ULIS suit les cours en classe avec tout le monde sauf pour quelques matières s’il a besoin d’un aménagement d’emploi du temps. En cas de besoin, un AVS (auxiliaire de vie scolaire) aide concrètement  l’élève pour la prise de notes, les repas, les sorties hors du lycée… Continue reading