Lycée du mépris

Les élèves sont-ils respectés par leur établissement ? Il y a souvent un fossé immense entre les formules pompeuses des ministres ou des proviseurs et la réalité quotidienne dans un lycée …

En 1989, la loi Jospin précisait fièrement que l’élève devait être mis au centre du système éducatif… Il s’agissait d’affirmer que l’école avait à s’occuper prioritairement et de manière très attentive des jeunes. Elle ne pouvait pas se contenter de fonctionner comme une administration préoccupée d’elle-même en tournant en boucle dans ses routines.

Bilan de l’année

C’est presque la fin de l’année scolaire. Le lycée dresse des évaluations et bilans dans tous les domaines : absentéisme des élèves, taux de passage en classe supérieure, orientations en fin de seconde, prédiction de réussite au bac, candidatures en prépa… etc. Mais, il y a un inventaire qu’on ne fait jamais, c’est celui des actes de mépris dont l’établissement a été l’auteur à l’encontre de ses propres élèves…

Dans tous les lycées, il y a des choses qui marchent mal ou qui ne marchent pas du tout. Toutefois, lorsque les ratés, les couacs et les négligences prennent trop d’ampleur,  on peut parler de maltraitance institutionnelle. Bien sûr, personne n’est violent physiquement contre les élèves et en principe on ne les insulte pas. Le plus souvent, les exactions d’un établissement sont des petits riens, des routines, de la bureaucratie, des rigidités, de l’indifférence. Et leur cumul peut pourrir la vie des élèves.

Le pire est que le mépris opposé aux élèves est parfois une véritable culture très enracinée dans l’établissement (c’est l’esprit de la maison). La direction, l’administration, les employés de vie scolaire, les profs, les personnels de service …,  chaque corporation met en place sa propre manière de faire peu de cas des lycéens et leur accorder peu d’intérêt, sauf pour les critiquer et leur interdire de nombreuses choses.

 Des exemples de mépris dans un lycée…

Dans certains cas, la vie complexe d’un lycée laisse libre cours à l’expression des erreurs commises de bonne foi par les personnels ou pire accomplies sciemment pour asseoir une autorité ou exprimer une incompétence. Les élèves sont alors la cible d’un mauvais esprit et d’une mésestime qui devient la règle. Les préjugés et les erreurs d’analyse à leur détriment tiennent lieu d’information sur leur compte. Et en toute chose, l’abus d’autorité et la déconsidération sont bien loin d’une éducation qui prétend leur donner une autonomie et développer leur esprit critique ou épanouir leur sens de la démocratie.

 Mauvais esprit …

-Alfred rend son exercice au prof qui dit : « Enfin, tu as terminé !… puis ayant rapidement observé, il s’exclame : Et bien, tu n’as pas forcé… »

-Le prof distribue les copies corrigées en commentant : « Valentin, c’est toujours aussi nul ! Henri, attention, tu baisse comme toute la classe, mais toi c’est plus dramatique vu que tu partais d’un niveau nul … »

-Un surveillant vient chercher Basile en classe en urgence pendant une interro. Le prof interpelle le lycéen penché sur sa copie : « Basile tu peux t’arrêter, suit le surveillant ! Cela n’a pas beaucoup d’importance, vu que tu ne sais jamais faire ce qui est demandé ».

-Durant une recherche individuelle en SVT, le prof passe le long des paillasses pour apporter quelques conseils : « Louis, c’est parfait, … Toi Alex, mon pauvre garçon, c’est désespérant, attends donc la correction, tu n’y comprends rien … »

-Deux enseignants discutent avant d’entrer en conseil de classe : « Eude a encore complètement raté son contrôle de maths ; je me demande ce qu’il fait en terminale S… » Sa collègue enchaîne : « Sa sœur, Astrid en seconde ce n’est pas mieux. On a eu aussi l’aîné François-Xavier il y a deux ans. Cette famille, il n’y a rien à en tirer. La mère est toujours sur le dos des profs pour mettre en cause leur méthode ».

Préjugés …

Contrairement aux autres parents, ceux d’Antoine ne viennent pas aux réunions, ne demandent jamais de rendez-vous aux profs et tardent à retourner au lycée tous les papiers à signer. Madame Galant, la professeure principale, considère que la famille de cet élève a des problèmes et a démissionné. D’ailleurs, la fiche de renseignements du début de l’année est incomplète : le nombre de frères et sœurs reste en blanc et la profession des parents n’est même pas mise. Les parents doivent être au chômage, ils doivent avoir des difficultés de toutes sortes. On voit bien que ce jeune n’est pas à l’aise en classe, cela doit venir de son milieu défavorable…

Un jour, Antoine obtient une excellente note à un travail fait la maison (sur les formes différents de familles dans le temps et les civilisations). Le devoir est vraiment bon. Madame Galant, en parle même à une collègue : Antoine est plus méritant que les autres élèves, car il a obtenu sa très bonne note sans aide à la maison. Et pourtant, la plupart des copains d’Antoine savent que c’est le contraire. Le père d’Antoine est directeur d’un site européen de ressources anthropologiques, ethnologiques et sociologiques en ligne, c’est un universitaire, un érudit, un savant. Quant à la mère, elle a aussi participé à une discussion avec son fils à propos de ce devoir excellent ; les questions sur la famille la passionnent en tant que psychanalyste.

 Abus d’autorité

Les demi-pensionnaires patientent dans le froid, le vent et la pluie pour entrer au réfectoire tandis que les profs coupent la longue file d’attente pour s’engouffrer sans délai dans leur salle à manger.

Parfois, quelques lycéens manifestent leur désapprobation. À la queue, à la queue ! Gaspard de première L s’est fait épingler. Un professeur indigné l’a prié de décliner son identité afin de le coller pour lui faire comprendre que l’on doit accepter que les enseignants passent devant tous les élèves parce qu’ils ont de bonnes raisons de le faire … L’élève confus approuve et présente des excuses. La colle est supprimée.

Par grand beau temps, les platanes de la cour de récré font une ombre réservée aux voitures des gens de l’administration (proviseur, adjoint, CPE, intendant, cuisinier, infirmière…). Un pion se tient en faction tout à côté pour donner l’ordre aux élèves de ne pas circuler à l’ombre entre les véhicules et de passer plus loin au soleil car ils risqueraient de s’appuyer aux portières voire de s’asseoir sur les capots ou tout simplement de rayer les carrosseries aves leurs sacs…

Les WC réservés au personnel sont nettoyés régulièrement et ça sent le propre alors que les toilettes des élèves sont puantes, bouchées, sans papier hygiénique et avec des portes qui ne ferment pas. Clandestinement, Emma et sa copine Marthe utilisent les WC du personnel. Elles se sont fait prendre par la secrétaire du proviseur qui a vociféré comme si elle avait vu des fantômes … Pensez-donc : Deux élèves dans les toilettes de l’administration ! Ça ne se passera pas comme ça ! Emma et Marthe se sont échappées comme des criminelles, penaudes et rougissante.

Se renseigner sur les devoirs d’un lycée envers ses élèves

Signaler les abus

 

– Médiateur Ministère de l’éducation nationale 110 rue de Grenelle 75357 Paris cedex. Tél. 01 55 55 39 87 & 01 55 55 33 03 http://www.education.gouv.fr/pid282/le-mediateur-de-l-education-nationale-et-de-l-enseignement-superieur.html

 

-Le conseil des délégués pour la vie lycéenne : http://www.education.gouv.fr/cid73077/le-conseil-des-delegues-pour-la-vie-lyceenne.html

 

– Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) http://www.dailymotion.com/FIDL#video=xa2bv4

 

– Sud Lycéen (SUD) http://adhesion-sudlyceen.moonfruit.fr/

 

– Syndicat général des lycéens (SGL) https://fr-fr.facebook.com/syndicatgeneraldeslyceens

– UNI-Lycée (UNI) http://www.uni.asso.fr/spip.php?mot238

 

– Union nationale lycéenne (UNL) http://www.unl-fr.org/

 

 

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