Les perturbés climatiques de la seconde 6

Dans la salle des professeurs, une information découpée il y a trois ans dans un magazine syndical a été punaisée sur une porte de placard…

 « Le vendredi 15 février 2013, le ministère de l’éducation a lancé les rendez-vous de la vie lycéenne. Dès la rentrée prochaine, les élèves auront la parole et pourront faire des propositions et renforcer leurs moyens d’actions au sein de leur établissement… En attendant, une commission de grands spécialistes auditionnera des délégués des lycéens, des proviseurs et des parents d’élèves sur divers sujets dont un très important : le climat dans l’établissement… »

Deux ans après, elle semble toujours d’actualité…

À la récré, la discussion est lancée parmi le brouhaha des conversations et des pétarades des la vieille cafetière qui instille à grand peine quelques gouttes de mauvais Robusta. Monsieur Félix Mouret, le CPE, ironise : le climat dans l’établissement ; encore une fixette du ministère pas plus …

Parlons-en du climat ! Madame Lavaret, professeure à deux ans de la retraite, se plaint de la mauvaise ambiance qui règne en seconde 6. Les élèves sont désagréables, le niveau est bas. Ce sont des jeunes sans repère dont les parents démissionnent … Justine Angor, sa collègue d’histoire et géographie, au contraire les trouve vivants les seconde 6, agréables même ; toujours prêts à participer.

Mais, Madame Lavaret n’en démord pas. Le climat est malsain dans cette classe. Elle en a assez de ces ignares toujours en train de râler pour une date de devoir, ou un demi-point dans un barème de correction. De vrais morveux. Justine Angor est débutante, son avis changera bientôt. Elle se rendra à l’évidence, il y a un mauvais climat dans la seconde 6.

D’ailleurs, d’autres profs sont du même avis. Tout en touillant leur café dans les tasses, ils donnent chacun leur bulletins météo sur le climat de la classe : gros nuages, giboulées, orages, coups de tonnerre fréquents et gels des bonnes relations. Heureusement, les élèves seront dispersés dans diverses classes de premières l’année prochaine. Ils ne feront plus bloc contre les profs.

Justine Angor pose alors une question : quelle est la part de responsabilité des professeurs dans le mauvais climat d’une classe ?

Madame Lavaret la foudroie du regard. La question est choquante. C’est la faute aux élèves. Si une demi-douzaine de meneurs disparaissait, tout irait mieux. C’est une petite bande qui installe un mauvais climat. Mais, dans ce lycée, le proviseur se vautre dans la complaisance et le laxisme. Comment faire étudier sérieusement des jeunes quand la direction est du côté des élèves ?

Néanmoins, Justine soutient prudemment que chaque prof a sa part de responsabilités dans le mauvais climat d’une classe. D’ailleurs, elle-même le vérifie parfois. Si ses propres cours sont mal préparés, les élèves se lassent et chahutent. Pire, de temps à autre, elle commet une maladresse en réprimandant un élève ou en donnant trop de travail à la maison… Toutes ces erreurs n’arrangent pas le climat …

Lavaret explose. Faut-il l’autorisation des élèves pour leur mettre une interro surprise ! La seconde 6 a réellement un mauvais fond ; inutile de chercher midi à quatorze heures.

Le CPE, Félix Mouret, pense que pour améliorer le climat, il faudrait pouvoir orienter les élèves qui ne suivent pas en apprentissage ou dans des structures adaptées. On verrait alors apparaître une embellie climatique dans les classes normales.

Lavaret approuve, mais elle sait que jamais un tel idéal ne sera atteint. En plus, les parents sont contre les professeurs. Leurs délégués en conseil de classe, claironnent que lorsque le climat est déplorable dans une classe, c’est que le prof est incompétent et qu’il ne tient pas les élèves.

Un coup de sirène accablant marque la fin banale d’une récré ordinaire. Madame Lavaret, vient de faire roucouler d’aise toute une escorte de collègues qui pensent comme elle. Pour sa part, Justine Angor se dirige seule vers le second étage où elle a cours. Chemin faisant, un élève la salue d’un grand sourire, un autre lui rend un exercice en retard, une fille l’interroge aimablement sur un changement de date.

Salle 234, les perturbés climatiques de la seconde 6 l’attendent plus ou moins installés à leurs tables. Ils bourdonnent un bonjour m’dam complètement cacophonique mais pas du tout impoli. Commence alors un véritable cours dans une classe au climat soi-disant pourri. Justine questionne Thomas sur un croquis, réprimande Paula pour un oubli, prête un document à Boris, écoute Margot, puis par petits groupes de trois, les uns et les autres commencent à se concentrer, on se questionne, on vérifie sur Internet, on demande au prof, on se passe les infos, on cherche un mot dans le manuel … aujourd’hui c’est sur les ressources en eau dans l’Afrique subsaharienne … Encore une histoire de climat !

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