Alcool et conduite : un mélange mortel

Scène de la vie d’un lycée

Il y a des choses comme ça / Que l’on ne confierait à personne / Ni parents, ni amis, personne. / Il y des choses comme ça / Qui vous pourrissent l’esprit jusqu’à vous hanter tout le temps. / Et le jour et la nuit : tout le temps… / Il y a des choses comme ça / Qu’on préfère coucher sur le papier / Pas d’image, pas de parole, juste des mots sur du papier / Il y a des choses comme ça / Qu’ils ne sauront jamais.

Caroline Miano, élève de terminale au lycée Louis Bertrand-Briey (54), Poésie en liberté, 2000, Hatier. Concours de poésie des lycéens, organisé par le lycée Henri Wallon d’Aubervilliers

Ce lundi matin, rien n’a plus d’importance pour eux, ni le bac, ni les paroles amicales des profs, ni la sonnerie qui entasse les heures sans emporter le malheur qui vient de frapper. Yohan, de terminale 7, ne viendra plus au lycée. Sous le préau, à la récré, un attroupement se forme. Sanglots étouffés. Immense chagrin. Yeux rougis. Une élève tient une longue rose rouge, c’est Héloïse la copine de Yohan. Sur le cellophane de la fleur, ceux qui le veulent scotchent un petit mot écrit sur des bribes de papier arrachées dans un polycop de philo… Les élèves de terminale 7 n’acceptent pas que Yohan se retrouve dans les statistiques sur les accidents mortels de la circulation.

Quand un copain, une copine décède, celui qui reste va éprouver une détresse absolue et un immense sentiment d’injustice qui donne la rage par moment. On arrive très souvent à l’adolescence sans avoir jamais été confronté à la mort. Les grands-parents meurent souvent quand on est adulte et si la mort est très médiatisée et exploitée dans les jeux vidéo, elle n’est pas concrète. Il faut se battre pour surmonter cette épreuve. Surtout, le chagrin et la douleur doivent s’exprimer. Il n’y a pas de honte à laisser sortir ses émotions et si on en ressent le besoin de se retrouver entre amis et de parler du mort, de la morte, de la mort. Par exemple, dire le mot mort est important. Tout comme le fait de choisir ou non d’aller voir la tombe.

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Arrêter les études : une décision à ne pas prendre à la légère

Petite scène de la vie courante dans un lycée

Valentin veut tout lâcher en terminale

Les études, je ne suis pas du tout accroc… Je vais tout larguer. Ma mère et mon père râlent tout le temps contre moi : fais ci, fais pas ça, c’est pas l’hôtel ici ! etc.
Ça ne sert à rien le bac. J’aimerais trouver un job. C’est la seule solution pour ne plus me prendre la tête avec les études. Je ne sais pas si ça va calmer mes parents de me voir stopper tout pour un job. Quand j’étais petit, ils voulaient que je fasse docteur. Je vais faire brancardier !
L’idée de tout plaquer m’a déjà souvent traversé l’esprit en troisième, en seconde, en première … Mais quand je vois le nombre de gens qui font le chemin inverse, j’hésite… Mon cousin, l’école le saoulait. Il a abandonné en première. Aujourd’hui, il recommence des études dans un centre pour adultes. Après des années de petits boulots : cariste, magasinier, veilleur de nuit, téléopérateur… il prend des cours tous les soirs et même le samedi…

Que faire pour ne jamais laisser tomber ses études ? À dix-huit ans, il n’est pas évident de conjuguer son propre futur et de se projeter à l’âge adulte : travail, famille, argent et tout le reste… On n’est pas obligé d’aimer l’école quand on est ado, mais on ne peut pas sacrifier l’avenir parce qu’on n’aime pas les études. C’est une question de respect de soi.
À quoi sert de se massacrer le moral en ressassant sans cesse les galères du passé ? L’ennui en classe, les redoublements, les mauvais résultats, l’orientation forcée, les établissements refusés, parfois quelques tracas administratifs à cause des absences… Il faut effacer les mauvais souvenirs scolaires afin d’éviter d’attacher un boulet à ses pieds.

Tu doutes, tu redoutes et tu mûris… Continue reading

Les notes ne veulent rien dire (et voilà pourquoi)…

Petite scène de la vie d’un lycée

Le prof d’histoire ne met jamais plus de 14/20. Au-dessus, il estime que le devoir serait parfait alors que la perfection n’existe pas. Il donne quatre devoirs par trimestre et fait la moyenne. Au moment du calcul, des points sont retirés aux élèves qui ne participent pas en classe. Le jour d’une interro, si l’on a une absence, même justifiée par un certificat de maladie, c’est un zéro d’office… Il refuse de donner un sujet de remplacement pour se rattraper. Quinze élèves qui font russe sont partis une semaine à Saint-Pétersbourg avec le lycée. Au retour, ils avaient perdu 3 points à la moyenne du trimestre. Les délégués de classe en ont parlé au CPE. Il a répondu de régler la question avec le prof principal qui nous a dit de se débrouiller avec le prof d’histoire lui-même…

Les professeurs se sentent obligés inconsciemment de mettre un certain pourcentage de mauvaises notes. Les enseignants s’arrangent toujours, sous la pression de la société, pour mettre un certain pourcentage de mauvaises notes. Cette production artificielle de résultats scolaires médiocres entraîne du découragement et du décrochage en fabriquant de mauvais élèves à partir de jeunes qui sont pourtant intelligents et qui ont des réelles capacités. André Antibi, de l’université de Toulouse, explique… « Quel que soit le niveau réel des élèves, les professeurs se sentent obligés de mettre des mauvaises notes pour être crédibles… Un professeur qui donne de trop bonnes notes est immédiatement pris pour un fumiste… ».

La notation au bac est une véritable loterie. Luc Ferry, ancien ministre de l’Education nationale, a déclaré le 13 juin 2008 dans le journal La Croix : « Comme ministre, on a accès aux enquêtes non publiées et je peux vous dire que les écarts de cinq à six points sont archi-fréquents, malgré les commissions d’harmonisation des notes. J’ai pu voir de mes propres yeux la même copie notée 3 par un correcteur et 17 par un autre ! ».

Interdiction aux professeurs de baisser la note ou de mettre un zéro à un devoir en cas d’absence ou de mauvaise conduite. La règlementation est précise. Un enseignant ne peut pas faire ce qu’il veut. Il n’est pas permis de baisser la note d’un devoir en raison du comportement d’un élève ou d’une absence injustifiée… Les zéros doivent également être proscrits.

La stratégie de défense

Quand de toute évidence un enseignant est particulièrement cruel dans sa manière de noter, les élèves ne peuvent compter que sur eux-mêmes. En général, les collègues du prof restent impuissants. Le plus souvent, le proviseur ne bronche pas de peur que le prof en question crée un conflit qui s’étendrait à tous les autres enseignants.
Il reste les associations de parents d’élèves. Leurs élus peuvent constituer un dossier avec la liste des fautes et autre mesquineries commises par le prof, en insistant sur sa manière de refuser d’appliquer les consignes du ministère. Ensuite, il faut communiquer cette plainte au médiateur de l’académie dont on trouve les coordonnées sur le site du ministère de l’Éducation nationale.

Handicapés au lycée : aménagement des études et du déroulement du bac

Petite scène de la vie courante dans un lycée

Durant la récré, Théo aborde deux filles de première L option théâtre. Un peu hésitant, il leur lance un défi qu’il a concocté avec Léon qui reste à l’écart.
– Avec mon  pote,  on a fait le pari qu’aucune de vous deux ne serait cap de lui  faire un smack…
– C’est gênant de faire un smack sans raison…
– Comment sans raison ? Il faut lutter contre les préjugés. Un smack, c’est pour prouver qu’il n’y a pas de barrière entre une fille valide et un garçon en fauteuil comme Léon…
Théo, fier de l’argument, lorgne vers son pote qui approuve d’un large sourire. Les deux lycéennes tergiversent un instant, puis la réponse tombe. C’est oui ! Aussitôt, Manon, théâtrale, s’approche du fauteuil, se penche vers Léon rouge comme une tomate et lui fait un smack merveilleusement délicat ! C’est le tour de Margot. Elle pose ses deux mains sur les accoudoirs. Et  de deux ! Doux effleurements, lèvres à lèvres, quelques secondes, les yeux fermés… Léon plane.
La fin de la récré sonne. Les demoiselles partent tandis que le fauteuil s’emballe à fond la caisse emportant Léon en cours d’anglais. Théo tout penaud lui court aux trousses.
– C’est pas juste ce pari, j’ai pas eu de smack, moi !

La loi du 11 février 2005 affirme le droit pour tout jeune handicapé à une place en milieu scolaire ordinaire, au plus près de son domicile. ULIS (unité localisée pour l’inclusion scolaire) est le nom que l’on donne à l’organisation des études pour les élèves en situation de handicap dans un établissement ordinaire. Chaque lycéen d’ULIS suit les cours en classe avec tout le monde sauf pour quelques matières s’il a besoin d’un aménagement d’emploi du temps. En cas de besoin, un AVS (auxiliaire de vie scolaire) aide concrètement  l’élève pour la prise de notes, les repas, les sorties hors du lycée… Continue reading