Lycée du mépris
Les élèves sont-ils respectés par leur établissement ? Il y a souvent un fossé immense entre les formules pompeuses des ministres ou des proviseurs et la réalité quotidienne dans un lycée …
En 1989, la loi Jospin précisait fièrement que l’élève devait être mis au centre du système éducatif… Il s’agissait d’affirmer que l’école avait à s’occuper prioritairement et de manière très attentive des jeunes. Elle ne pouvait pas se contenter de fonctionner comme une administration préoccupée d’elle-même en tournant en boucle dans ses routines.
Bilan de l’année
C’est presque la fin de l’année scolaire. Le lycée dresse des évaluations et bilans dans tous les domaines : absentéisme des élèves, taux de passage en classe supérieure, orientations en fin de seconde, prédiction de réussite au bac, candidatures en prépa… etc. Mais, il y a un inventaire qu’on ne fait jamais, c’est celui des actes de mépris dont l’établissement a été l’auteur à l’encontre de ses propres élèves…
Dans tous les lycées, il y a des choses qui marchent mal ou qui ne marchent pas du tout. Toutefois, lorsque les ratés, les couacs et les négligences prennent trop d’ampleur, on peut parler de maltraitance institutionnelle. Bien sûr, personne n’est violent physiquement contre les élèves et en principe on ne les insulte pas. Le plus souvent, les exactions d’un établissement sont des petits riens, des routines, de la bureaucratie, des rigidités, de l’indifférence. Et leur cumul peut pourrir la vie des élèves.
Le pire est que le mépris opposé aux élèves est parfois une véritable culture très enracinée dans l’établissement (c’est l’esprit de la maison). La direction, l’administration, les employés de vie scolaire, les profs, les personnels de service …, chaque corporation met en place sa propre manière de faire peu de cas des lycéens et leur accorder peu d’intérêt, sauf pour les critiquer et leur interdire de nombreuses choses.
 Des exemples de mépris dans un lycée…
Dans certains cas, la vie complexe d’un lycée laisse libre cours à l’expression des erreurs commises de bonne foi par les personnels ou pire accomplies sciemment pour asseoir une autorité ou exprimer une incompétence. Les élèves sont alors la cible d’un mauvais esprit et d’une mésestime qui devient la règle. Les préjugés et les erreurs d’analyse à leur détriment tiennent lieu d’information sur leur compte. Et en toute chose, l’abus d’autorité et la déconsidération sont bien loin d’une éducation qui prétend leur donner une autonomie et développer leur esprit critique ou épanouir leur sens de la démocratie.
 Mauvais esprit …
-Alfred rend son exercice au prof qui dit : « Enfin, tu as terminé !… puis ayant rapidement observé, il s’exclame : Et bien, tu n’as pas forcé… »
-Le prof distribue les copies corrigées en commentant : « Valentin, c’est toujours aussi nul ! Henri, attention, tu baisse comme toute la classe, mais toi c’est plus dramatique vu que tu partais d’un niveau nul … »
-Un surveillant vient chercher Basile en classe en urgence pendant une interro. Le prof interpelle le lycéen penché sur sa copie : « Basile tu peux t’arrêter, suit le surveillant ! Cela n’a pas beaucoup d’importance, vu que tu ne sais jamais faire ce qui est demandé ».
-Durant une recherche individuelle en SVT, le prof passe le long des paillasses pour apporter quelques conseils : « Louis, c’est parfait, … Toi Alex, mon pauvre garçon, c’est désespérant, attends donc la correction, tu n’y comprends rien … »
-Deux enseignants discutent avant d’entrer en conseil de classe : « Eude a encore complètement raté son contrôle de maths ; je me demande ce qu’il fait en terminale S… » Sa collègue enchaîne : « Sa sÅ“ur, Astrid en seconde ce n’est pas mieux. On a eu aussi l’aîné François-Xavier il y a deux ans. Cette famille, il n’y a rien à en tirer. La mère est toujours sur le dos des profs pour mettre en cause leur méthode ».
Préjugés …
Contrairement aux autres parents, ceux d’Antoine ne viennent pas aux réunions, ne demandent jamais de rendez-vous aux profs et tardent à retourner au lycée tous les papiers à signer. Madame Galant, la professeure principale, considère que la famille de cet élève a des problèmes et a démissionné. D’ailleurs, la fiche de renseignements du début de l’année est incomplète : le nombre de frères et sÅ“urs reste en blanc et la profession des parents n’est même pas mise. Les parents doivent être au chômage, ils doivent avoir des difficultés de toutes sortes. On voit bien que ce jeune n’est pas à l’aise en classe, cela doit venir de son milieu défavorable…
Un jour, Antoine obtient une excellente note à un travail fait la maison (sur les formes différents de familles dans le temps et les civilisations). Le devoir est vraiment bon. Madame Galant, en parle même à une collègue : Antoine est plus méritant que les autres élèves, car il a obtenu sa très bonne note sans aide à la maison. Et pourtant, la plupart des copains d’Antoine savent que c’est le contraire. Le père d’Antoine est directeur d’un site européen de ressources anthropologiques, ethnologiques et sociologiques en ligne, c’est un universitaire, un érudit, un savant. Quant à la mère, elle a aussi participé à une discussion avec son fils à propos de ce devoir excellent ; les questions sur la famille la passionnent en tant que psychanalyste.
 Abus d’autorité
Les demi-pensionnaires patientent dans le froid, le vent et la pluie pour entrer au réfectoire tandis que les profs coupent la longue file d’attente pour s’engouffrer sans délai dans leur salle à manger.
Parfois, quelques lycéens manifestent leur désapprobation. À la queue, à la queue ! Gaspard de première L s’est fait épingler. Un professeur indigné l’a prié de décliner son identité afin de le coller pour lui faire comprendre que l’on doit accepter que les enseignants passent devant tous les élèves parce qu’ils ont de bonnes raisons de le faire … L’élève confus approuve et présente des excuses. La colle est supprimée.
Par grand beau temps, les platanes de la cour de récré font une ombre réservée aux voitures des gens de l’administration (proviseur, adjoint, CPE, intendant, cuisinier, infirmière…). Un pion se tient en faction tout à côté pour donner l’ordre aux élèves de ne pas circuler à l’ombre entre les véhicules et de passer plus loin au soleil car ils risqueraient de s’appuyer aux portières voire de s’asseoir sur les capots ou tout simplement de rayer les carrosseries aves leurs sacs…
Les WC réservés au personnel sont nettoyés régulièrement et ça sent le propre alors que les toilettes des élèves sont puantes, bouchées, sans papier hygiénique et avec des portes qui ne ferment pas. Clandestinement, Emma et sa copine Marthe utilisent les WC du personnel. Elles se sont fait prendre par la secrétaire du proviseur qui a vociféré comme si elle avait vu des fantômes … Pensez-donc : Deux élèves dans les toilettes de l’administration ! Ça ne se passera pas comme ça ! Emma et Marthe se sont échappées comme des criminelles, penaudes et rougissante.
Se renseigner sur les devoirs d’un lycée envers ses élèves
Signaler les abus
- Médiateur Ministère de l’éducation nationale 110 rue de Grenelle 75357 Paris cedex. Tél. 01 55 55 39 87 & 01 55 55 33 03 http://www.education.gouv.fr/pid282/le-mediateur-de-l-education-nationale-et-de-l-enseignement-superieur.html
- Association des élus et de la vie lycéenne (AEVL) http://www.aevl.fr/
- Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) http://www.dailymotion.com/FIDL#video=xa2bv4
- Sud Lycéen (SUD) http://adhesion-sudlyceen.moonfruit.fr/
- Syndicat général des lycéens (SGL) http://www.sgl-fr.org/
- UNI-Lycée (UNI) http://www.unilycee.com/
- Union nationale lycéenne (UNL) http://www.unl-fr.org/
- Mouvement Alternatif Jeune Indépendant et Citoyen (MAJIC) https://www.facebook.com/pages/MAJIC-Mouvement-Alternatif-Jeune-Ind%C3%A9pendant-et-Citoyen-/114012225353063
Pas de chance… J’ai eu des mauvais profs cette année !
Plus de la moitié du programme reste à faire en maths, trois semaines avant l’examen.
En économie, la prof nous a resservi tous les sujets de devoirs surveillés qu’elle donne depuis dix ans à toutes ses classes. En plus, elle racontait sa vie au lieu de faire de vrais corrigés ?
Le prof d’histoire nous lisait mot à mot notre livre de classe sans jamais ajouter une phrase de lui.
On n’a pas eu de notes normales en philo. Au mois de mai, le professeur n’a pas encore rendu les copies du second trimestre ; mais, tous les élèves ont eu une moyenne, même ceux qui étaient absents le jour du bac-blanc …
En EPS, la prof lançait sans cesse des moqueries et des méchancetés visant les élèves un peu patauds. Parfois, c’étaient de simples exclamations, des soupirs ou des mimiques mais il y avait de la cruauté dedans…
Mauvais prof ou pas ?
Qu’est-ce qu’un mauvais prof ? Celui qui ne prépare aucun de ses cours mais qui est cool ? Celui qui donne du solide mais qui est très sadique dans ses appréciations et imbuvable dans les relations ? Celui qui offre de bons moments en classe sans vraiment préparer au bac ? Ou encore, celui qui fait travailler les meilleurs en laissant de côté les plus faibles ?…
Quand un élève réussit, les profs s’en attribuent habituellement le mérite. S’il échoue, ils mettent en cause ses difficultés, un manque de travail ou des origines sociales défavorables. Ils ne font pas souvent leur autocritique. Pourtant, on peut penser que certains enseignants incompétents ou négligents sont largement responsables de la démotivation et de l’échec de leurs élèves.
 Sortes de mauvais profs
 Les élèves ne peuvent pas juger le travail d’un prof sans s’exposer à des reproches voire à des représailles de toutes parts. S’ils osent, ils lèvent un tabou et un retour de bâton est toujours possible. Qui les écoutera ? Parfois, même pas les autres élèves. La plupart ne seront jamais d’accord sur les critiques et quelques-uns même trouveront le prof en question tout à fait brillant.
Pourtant, en puisant dans ses souvenirs et en observant autour de soi, on peut dresser plusieurs portraits robots de profs incapables, fumistes, paresseux … Par exemple, il y en a qui, avec la complicité des élèves, donnent de bonnes notes contre un silence. D’autres, qui pourraient être excellents font le minimum par militantisme, pour se venger de l’Éducation nationale ou de la société à cause de leurs salaires trop bas ou du manque de considération pour leur métier. On trouve aussi les dilettantes. Ils ne s’intéressent pas à leurs élèves, persuadés que leur activité de prof est provisoire et qu’ils vont bientôt devenir cinéaste, chef d’entreprise ou écrivain… Leur nullité actuelle est un personnage afin de ne pas ressembler à un bon prof …
 Qui sait vraiment si un prof est mauvais ?
Dans un établissement, les autres professeurs d’une équipe, savent qui est vraiment nul parmi eux, en fonction de ce que l’on peut déduire en croisant un collègue en salle des professeurs ou en conseil de classe ou en entendant ce qu’en disent les élèves. Mais, il ne s’agit que des on-dit. Alors, les autres profs ne recherchent pas la vérité. Ils ne veulent pas savoir et leur passivité protège ainsi les plus inaptes de leurs collègues membres comme par instinct de conservation collectif.
Face à cette situation, il ne reste qu’un sauve-qui-peut individuel. Les élèves qui tombent sur des profs défectueux prennent des cours particuliers ou changent parfois d’établissement. Quand ce n’est pas possible, il leur reste la déception, la frustration et le découragement. Plus combatifs, quelques-uns se font passer les polycops d’une autre classe ou fouillent dans les archives de leurs frères et sœurs pour trouver quelques cours de bonne tenue.
 Les élèves ont-ils le droit de juger les profs ?
En Allemagne, le site www.meinprof.de permet aux étudiants de juger les enseignants en fonction leur capacité à soutenir les élèves les plus faibles, leurs qualités pédagogiques ou l’intérêt du cours. Sur www.spickmich.de, 150 000 lycéens notent leurs profs. Certains ont porté plainte ; mais en vain : la notation des profs par les élèves sur Internet n’a pas été jugée condamnable par les tribunaux.
Aux États-Unis, sur www.ratemyprofessor, les étudiants notent les profs en fonction de l’organisation et de la clarté de leurs cours, à peu près comme sur www.professorperformance.com et www.rateaprof.com.
En France, www.jenotemonprof.com depuis 2004 s’est donné pour objectif de laisser les élèves exprimer leur perception des enseignants, tout comme sur http://www.note2be.com qui a fait scandale à son lancement parce que des autorités de toutes sortes estimaient que les ados se lâchaient de façon injuste et diffamatoire contre des profs dont ils livraient le nom en pâture sur la toile…
Les matières sont toutes importantes, vraiment toutes ?
 Raphaël obtient une moyenne de plus de 16 /20 dans quatre matières : EPS, Occitan LV3, éducation civique ECJS et option audiovisuel. Il se situe parmi les deux meilleurs élèves de sa seconde dans ces quatre domaines. En revanche, en maths, français, langues, ainsi qu’en sciences, les notes ne dépassent pas 8,5 /20.
En ECJS, Raphael a toutes les raisons d’être fier de son exposé de trente pages concernant la pauvreté et la précarité en France, qui lui a valu un 18/20. Et en natation, la coupe qu’il a remportée est en bonne place dans la vitrine du hall du lycée … Que dire de l’Occitan ? Il le lit comme un véritable Gascon, lui dont la mère est Lorraine et le père Breton.
Raphaël parle du plaisir qu’il éprouve dans les matières qui lui plaisent et insiste sur les compliments qu’il reçoit des profs concernés. Par exemple, en audiovisuel, il a décroché le prix du rectorat, si bien que son clip au sujet du préservatif est sur le site officiel de l’académie dans la rubrique « Olympiades de l’audiovisuel contre le Sida».
Les matières qui rapportent peu au bac
Officiellement, tout enseignant dit que les matières sont TOUTES importantes et qu’il y a équivalence entre la gym et les maths. Néanmoins, tout le monde se réjouit davantage si un élève réussit mieux en SVT qu’en badminton. Les professeurs ne le disent pas clairement, mais ils savent bien que la réussite dans des disciplines secondaires ne fait pas le succès lorsque les résultats restent bas sans les matières principales. D’ailleurs, ces deux mots sont régulièrement l’occasion de discussions interminables…
Un élève qui est un champion dans des domaines qui ne sont pas décisifs pour le passage en première (et au-delà pour le bac), attire la sympathie, mais pas l’admiration, et parfois il peut susciter une certaine inquiétude chez ses parents et ses professeurs. En classe de seconde notamment, un profil déséquilibré peut poser problème pour l’orientation si aucune note n’est assez convenable dans certains domaines pour envisager une filière générale (S, ES ou L) et que se profilent un redoublement ou un bac pro…
L’idéal serait que les élèves réussissent dans les matières essentielles . Globalement on en connaît la liste : maths (surtout), physique chimie (certainement), français (sans hésitation) et anglais (ou une autre LV1). Les autres disciplines sont tactiques, pour obtenir un bonus au Bac.
Pour comprendre la notion d’importance des matières, prenons l’exemple de la philosophie. Certains baccalauréats ne comportent aucune épreuve dans cette discipline ; pour les autres les coefficients varient entre 7 et 2 … (Voir ci-dessous).
Coefficients de la Philosophie aux baccalauréats
L : 7
ES : 4
S : 3
STG & STI :Â 2
Bac-Pro (tous) :Â pas de philo
Les matières principales et les matières secondaires
 On pourrait croire que seul le coefficient aux examens décide de l’importance d’une matière. En réalité la hiérarchisation commence dès l’école primaire. Les travaux de nombreux chercheurs en pédagogie le prouvent. En voici les grandes lignes… http://www.erudit.org/revue/rse/2000/v26/n3/000288ar.pdf
 Matières de base (principales) :
– Elles sont essentielles à la réussite scolaire ultérieure, à la base de tout savoir.
– Elles jouent un rôle capital à cause de leurs dimensions utilitaires.
– Elles garantissent la réussite sociale et professionnelle…
On cite souvent en ce domaine…
Français
Mathématiques
Sciences (SVT & Physique Chimie)
Histoire Géographie
Anglais & autre langue 1
Philosophie
Éducation physique
Matières secondaires :
– Elles relèvent de la culture et du développement personnel.
– Elles constituent des compléments parfois récréatifs aux matières de base.
– Elles sont un enrichissement sans être indispensables…
On cite souvent en ce domaine…
Instruction civique & ECJS
Arts plastiques & audiovisuel
Musique Théâtre Danse
Travaux manuels & technologie
Langues 3 et langues régionales
Éducation à la santé (éducation sexuelle)
L’allemand ne séduit guère les élèves …
C’est en toutes lettres bien grasses dans l’un des journaux étalés sur le présentoir du CDI : partout en Europe, l’apprentissage de l’allemand recule parfois de façon spectaculaire. En France, même les Alsaciens sont de moins en moins attirés … Mais, la tendance pourrait s’inverser en raison de la crise économique. L’Allemagne offre des emplois. Déjà , les autorités du Bade-Wurtemberg encouragent les lycéens français à apprendre l’allemand afin de pouvoir travailler dans les entreprises d’outre-Rhin .
Mais, dans les lycées de l’Hexagone, seuls 15 % des lycéens étudient l’allemand en première, deuxième ou troisième langue, si bien que certains professeurs manquent d’élèves.
Comme chaque année à la même époque, le proviseur-adjoint organise une assemblée générale des professeurs en vue de préparer la prochaine rentrée. La routine. Rien ne changera ; sauf peut-être les effectifs ; l’académie annonce un léger repli du nombre d’élèves. Les classes seront moins chargées …
Illico, un soupir d’aise parcourt les rangs indisciplinés des enseignants. À l’apogée de cette volupté, un professeur syndiqué s’approprie cette avancée notable en soulignant que les luttes payent et que les conditions de travail seront donc meilleures pour les collègues grâce au travail militant accompli contre l’Administration rectorale…
Onctueux en diable, le proviseur-adjoint explicite à demi-mot que déclin du nombre d’élèves entraîne corrélativement la remise en cause de la pérennité d’un poste de professeur d’allemand. En tout état de cause, selon toute vraisemblance … Madame Musard sera mutée dans un autre lycée.
L’assemblée générale tombe en état de sidération. C’est qu’on l’aime, ici, Martine Musard. Pas question qu’elle s’en aille ! Il lui faut des élèves en allemand coûte que coûte… Le proviseur-adjoint éberlué jure qu’il ne sait pas comment fabriquer un contingent de germanistes frais émoulus.
Un prof syndicaliste connaît la solution. Il faut aller avertir les collèges alentours qu’en s’inscrivant en classe de seconde, tous les élèves (absolument tous) peuvent choisir allemand en troisième langue … C’est simple comme l’œuf de Colomb. Il fallait y penser. Des vivats formidables écourtent d’emblée la réunion. Le proviseur-adjoint balbutie quelques arguments de gestion, de coût, d’organisation…
-Ce n’est pas le genre de choses à dire en pareilles circonstances. Un peu de décence ! Le service public est poignardé dans le dos par une vision purement comptable de l’enseignement.
- Créons un Collectif de Défense de l’Allemand et écumons les collèges ! Il faut sauver Martine.
Quelques temps après cette décision audacieuse, une petite équipe de profs du lycée a réussi à se faire inviter dans un collège voisin pour motiver les élèves de troisième. Il s’agit de leur faire cocher la case allemand LV3 à l’occasion de leur passage en seconde. Alors, les profs du Collectif de Défense de l’Allemand font du gringue avec méthode …
-L’allemand est une langue logique avec moins d’exceptions qu’en français.
-On ne fait presque pas de fautes d’orthographe car on écrit comme on prononce.
-Il est plus éloigné du français qu’une langue latine, mais de nombreux mots allemands ont tout de même une base latine, grecque ou française : Problem, Demokratie, manipulieren, diskutieren.
-On trouve aussi des similitudes avec l’anglais. Comparez. Hello my friend ! Come and see ! This is my house, here is my garden ; avec: Hallo mein Freund ! Komm und sieh ! Das ist mein Haus, hier ist mein Garten …
Les élèves de troisième sont imperméables. Leur CPE les a forcés à venir écouter pour s’informer, mais ils ont déjà leur idée sur la question.
-C’est trop difficile l’allemand. C’est dur ah ça oui …
-C’est pas joli, c’est agressif comme langue… impossible à prononcer pour un Français !
-Les déclinaisons, syntaxe, vocabulaire … on peut s’en sortir, mais, c’est la galère.
-Faut tomber sur un bon prof sinon tu prends un râteau à tous les cours !
-En chinois LV3, les profs mettent de meilleures notes qu’en allemand.
A la recherche d’un certificat de scolarité…
Une version numérique du livret d’accueil est disponible sur le site internet du lycée. Le but principal de ce document est d’aider les élèves à trouver des réponses à toutes les questions qu’ils se posent sur l’administration.
Par exemple : Pour obtenir un certificat de scolarité ; à qui faut-il s’adresser ?
La réponse est immédiate grâce à un moteur de recherche : « Il suffit de présenter une demande écrite. Il faut qu’elle soit signée par l’élève lui-même, s’il est majeur ou par ses parents s’il est mineur. Il convient d’adresser ou de déposer cette demande auprès du service qui est indiqué au bas du formulaire d’admission dans l’établissement. Si vous n’avez pas conservé ce document, renseignez-vous auprès des assistants de vie scolaire… ».
C’est la récré. La sonnerie, (en réalité une sirène d’alarme) bombarde l’atmosphère de ses longs décibels barbares. Dès qu’elle s’arrête, le relais est pris par les messages gueulards d’un réseau de haut-parleurs convoquant une flopée d’élèves dans divers services : infirmerie, intendance, bureau de la vie-scolaire, secrétariat du proviseur… Au même momen,t une marée de lycéens se répand dans les bâtiments, envahit les couloirs, déferle vers la cour tandis qu’un flux de fumeurs s’agglutine sur le trottoir devant le grand portail de l’entrée.
Victor doit aller retirer un certificat de scolarité demandé par écrit, il ya a huit jours, sur un formulaire spécial que les pions lui ont fait attendre au moins une semaine. Sa mère ne le lâche pas, c’est pour les impôts ! Victor ne peut pas dire qu’il ne sait pas comment faire ! Le site du lycée est clair : Pour obtenir un certificat de scolarité ; à qui faut-il s’adresser ? Etc. Alors, il sacrifie sa récré pour retirer enfin le précieux document.
Où aller dans cette immense bâtisse de béton biscornu ? Tout penaud, Victor vadrouille dans les étages, de coursives en paliers, de portes-coupe-feu en cage d’escalier… Face aux toilettes garçons, se trouve le bureau des surveillants avec sa plaque de matière plastique jaune gravée de noir : Vie-scolaire. Bureau de Mmes & M. Les assistants d’éducation. Le local embaume la démotivation. Le contractuel de permanence ne sait rien. Tout au plus conseille-t-il de revenir plus tard ou d’aller voir au foyer si l’un de ses collègues ne sait pas par hasard où se trouvent les certificats …
Victor s’exécute. Il arrive au foyer qui n’est qu’une pauvre salle sans attrait où il n’y a aucun pion en faction. Les sacs à dos méthodiquement utilisés comme massues ont anéanti les plaques du plafond suspendu et quelques mouvements de karaté ont transformé en loques à peu près toutes les chaises. Les murs sont badigeonnés d’immenses tags criards qui s’étirent du sol au plafond comme une tornade chamarrée. Dans un coin, une élève fluette se cache derrière les carrures herculéennes de deux ou trois copains pour fumer en catimini. À l’écart, trois garçons tonitruants se chamaillent pour le partage méthodique d’un pain au chocolat.
Victor passe maintenant devant la porte close de la salle de Mmes & M. Les enseignants. Là , un minuscule professeur à la moustache rectiligne, les mains encombrées de quatre gobelets de café fumant, tente d’appuyer sur la poignée pour ouvrir aves sa hanche. Mais le pommeau se plante dans la poche de la veste. Le prof est accroché et ne peut ni avancer ni reculer sans renverser les gobelets ou déchirer sa veste. Il se trémousse comme un vermisseau à l’hameçon tout en réclamant l’aide de Victor qui obéit aussitôt puis demande où il doit se rendre pour un Certi… Le prof a déjà refermé la porte sous le hourrahs de ses collègues qui attendaient le café.
Toujours pas de bureau des certificats. Une petite boîte de cartouches d’encre traîne par terre. Par jeu, quelques élèves l’écrasent sous leurs semelles puis en continuant leur trajectoire laissent des empreintes bleues partout, comme des promeneurs dans la poudreuse. De-ci de-là d’énormes beuglements écorchent le tumulte de la récré : des lycéennes braillent des banalités à des garçons qui brament des platitudes. Des apostrophes malotrues s’entrechoquent dans une cacophonie de vociférations incessantes. Emballages, épluchures, canettes écrasées, un gant perdu, des devoirs froissés … jonchent le sol. Quelques couloirs se vident, d’autres se garnissent de petits attroupements éphémères. Les baskets mâchent et remâchent le lino verdâtre déjà vérolé par d’innombrables années scolaires.
Pour Victor, enfin, l’écheveau des coursives et de corridors débouche sur une aire décoré de sous-verres ringards et de plantes en polyuréthane. C’est L’Administration. Ouf, le certificat, est proche ! Gracieuse comme une kalachnikov, une sombre préposée pète-sec retient Victor de l’autre côté d’un comptoir de formica jaune poussin qui la protège des invasions d’élèves.
Il faudra revenir ! Cet élève se présente à l’improviste alors que c’est justement le jour de RTT de la Dame qui détient le Tampon pour les certificats… Les surveillants auraient dû passer dans les classes pour avertir ! On est débordé …
Jamais la mère de Victor ne le croira. Elle soupçonnera son fils d’avoir oublié une fois de plus d’aller chercher l’indispensable document pour les impôts. Ce garçon est un rêveur, un insouciant. Pourtant c’est facile. On peut le lire en toutes lettres sur le site du lycée… Pour obtenir un certificat de scolarité ; à qui faut-il s’adresser ? La réponse est immédiate grâce à un moteur de recherche…
Vive le théâtre au lycée…
Les consignes du ministère sont claires : chaque lycéen doit pouvoir se construire un parcours culturel riche et cohérent. Les établissements peuvent mettre en place différentes actions : concert, spectacles , etc. Un référent culture est désigné dans chaque lycée. Il s’agit d’un professeur volontaire qui s’attachera notamment à la mise en Å“uvre de projets culturels dans le cadre du temps scolaire…
Madame Louvel, prof de français, aime le théâtre tout autant que l’Éducation nationale, l’enseignement, les élèves, sa matière, son métier… Et chaque année scolaire depuis des lustres, elle concentre toutes ces formes d’amour en un seul jour pour offrir aux élèves, un spectacle culturel de haute tenue. Elle ne choisit pas un divertissement simplet, mais au contraire du solide, avec une mise en scène exceptionnelle.
Il y a pléthore d’offres dans le catalogue de l’académie. On trouve « Le Cid » en version flamenco andalou, mais aussi « Les Mouches » de Sartre, en anglais, pour faire d’une pierre deux coups. Une compagnie joue même « L’Avare » dans une optique freudienne car l’avarice touche à la libido. Après quelques hésitations, Mme Louvel choisit « les Femmes savantes ».
Quelques semaines plus tard, une troupe s’installe dans le gymnase et les élèves prennent place, assis par terre. Tout vaut mieux qu’un cours de français avec Madame Louvel. La pièce commence.
Les artistes ne cachent pas leur jeu, c’est écrit sur l’affiche : ils font du théâtre autrement. Les actrices jouent les rôles masculins et les acteurs vice versa incarnent des héroïnes, tous étant habillés d’une sorte de djellaba blanche unisexe (c’est voulu). Entre deux scènes écrites par Molière, les interprètes circulent dans les travées de spectateurs et accusent chaque garçon d’être complice de l’odieuse persécution millénaire du genre féminin. Ça jette un froid.
Durant l’entracte, le réalisateur échange quelques mots avec Mme Louvel émerveillée. Ce pro de la mise en scène occupe une place au carrefour du spectacle et du combat intellectuel pour donner du sens. Peut-on concilier féminité et féminisme ? Le débat sociétal sur la place des genres dans la civilisation occidentale n’est pas d’aujourd’hui … Grâce à sa mise en scène, « Les Femmes savantes » retrouvent la vigueur de leurs origines. Diction et gestuelle codifiées, éclairage à minima, costumes dépouillés, musique techno … bref, tout converge pour aboutir à une approche nouvelle de Molière.
De toute évidence, cette perspective n’ébranle pas la cohorte de lycéens qui se sont ennuyés tout le long de la première partie en se faisant traiter d’ignobles machistes. À la reprise, les beuglements de la salle confinent au concert rock. La voix des comédiens ne parvient plus à couvrir le chahut. Madame Louvel tente d’apaiser le vacarme. Mais il s’intensifie de plus belle. Une actrice énervée précise que si les garçons l’empêchent de jouer, c’est précisément parce qu’elle est une femme. Feraient-ils de même si elle était un homme ?
Un insolent de Première L la traite d’un nom d’oiseau. D’autres élèves en profitent pour faire voltiger des épluchures d’oranges et d’autres immondices. Le tapage est à son comble. Madame Louvel mortifiée, décide tant bien que mal d’imposer un retour en classe sans attendre la fin de la pièce.
Les perturbés climatiques de la seconde 6
Dans la salle des professeurs, une information découpée dans un magazine syndical a été punaisée sur une porte de placard…
 « Le vendredi 15 février 2013, le ministère de l’éducation a lancé les rendez-vous de la vie lycéenne. Dès la rentrée prochaine, les élèves auront la parole et pourront faire des propositions et renforcer leurs moyens d’actions au sein de leur établissement… En attendant, une commission de grands spécialistes auditionnera des délégués des lycéens, des proviseurs et des parents d’élèves sur divers sujets dont un très important : le climat dans l’établissement… »
À la récré, la discussion est lancée parmi le brouhaha des conversations et des pétarades des la vieille cafetière qui instille à grand peine quelques gouttes de mauvais Robusta. Monsieur Félix Mouret, le CPE, ironise : le climat dans l’établissement ; encore une fixette du ministère pas plus …
Parlons-en du climat ! Madame Lavaret, professeure à deux ans de la retraite, se plaint de la mauvaise ambiance qui règne en seconde 6. Les élèves sont désagréables, le niveau est bas. Ce sont des jeunes sans repère dont les parents démissionnent … Justine Angor, sa collègue d’histoire et géographie, au contraire les trouve vivants les seconde 6, agréables même ; toujours prêts à participer.
Mais, Madame Lavaret n’en démord pas. Le climat est malsain dans cette classe. Elle en a assez de ces ignares toujours en train de râler pour une date de devoir, ou un demi-point dans un barème de correction. De vrais morveux. Justine Angor est débutante, son avis changera bientôt. Elle se rendra à l’évidence, il y a un mauvais climat dans la seconde 6.
D’ailleurs, d’autres profs sont du même avis. Tout en touillant leur café dans les tasses, ils donnent chacun leur bulletins météo sur le climat de la classe : gros nuages, giboulées, orages, coups de tonnerre fréquents et gels des bonnes relations. Heureusement, les élèves seront dispersés dans diverses classes de premières l’année prochaine. Ils ne feront plus bloc contre les profs.
Justine Angor pose alors une question : quelle est la part de responsabilité des professeurs dans le mauvais climat d’une classe ?
Madame Lavaret la foudroie du regard. La question est choquante. C’est la faute aux élèves. Si une demi-douzaine de meneurs disparaissait, tout irait mieux. C’est une petite bande qui installe un mauvais climat. Mais, dans ce lycée, le proviseur se vautre dans la complaisance et le laxisme. Comment faire étudier sérieusement des jeunes quand la direction est du côté des élèves ?
Néanmoins, Justine soutient prudemment que chaque prof a sa part de responsabilités dans le mauvais climat d’une classe. D’ailleurs, elle-même le vérifie parfois. Si ses propres cours sont mal préparés, les élèves se lassent et chahutent. Pire, de temps à autre, elle commet une maladresse en réprimandant un élève ou en donnant trop de travail à la maison… Toutes ces erreurs n’arrangent pas le climat …
Lavaret explose. Faut-il l’autorisation des élèves pour leur mettre une interro surprise ! La seconde 6 a réellement un mauvais fond ; inutile de chercher midi à quatorze heures.
Le CPE, Félix Mouret, pense que pour améliorer le climat, il faudrait pouvoir orienter les élèves qui ne suivent pas en apprentissage ou dans des structures adaptées. On verrait alors apparaître une embellie climatique dans les classes normales.
Lavaret approuve, mais elle sait que jamais un tel idéal ne sera atteint. En plus, les parents sont contre les professeurs. Leurs délégués en conseil de classe, claironnent que lorsque le climat est déplorable dans une classe, c’est que le prof est incompétent et qu’il ne tient pas les élèves.
Un coup de sirène accablant marque la fin banale d’une récré ordinaire. Madame Lavaret, vient de faire roucouler d’aise toute une escorte de collègues qui pensent comme elle. Pour sa part, Justine Angor se dirige seule vers le second étage où elle a cours. Chemin faisant, un élève la salue d’un grand sourire, un autre lui rend un exercice en retard, une fille l’interroge aimablement sur un changement de date.
Salle 234, les perturbés climatiques de la seconde 6 l’attendent plus ou moins installés à leurs tables. Ils bourdonnent un bonjour m’dam complètement cacophonique mais pas du tout impoli. Commence alors un véritable cours dans une classe au climat soi-disant pourri. Justine questionne Thomas sur un croquis, réprimande Paula pour un oubli, prête un document à Boris, écoute Margot, puis par petits groupes de trois, les uns et les autres commencent à se concentrer, on se questionne, on vérifie sur Internet, on demande au prof, on se passe les infos, on cherche un mot dans le manuel … aujourd’hui c’est sur les ressources en eau dans l’Afrique subsaharienne … Encore une histoire de climat !
Dans les coulisses d’un conseil de classe…
En théorie, sur le bulletin trimestriel, les professeurs ne devraient pas se contenter de reporter une note commentée par quelques mots visant parfois plus à faire sourire leurs collègues qu’à informer l’élève et ses parents.
D’ailleurs, la circulaire n° 98-119 du 02 juin 1998, précise très nettement cet aspect des choses : l’évaluation ne saurait se borner à un constat chiffré. Il convient, en effet, de valoriser les acquis, même modestes, les savoirs maîtrisés, les capacités, les compétences, les talents, même non scolaires et, sur cette base, de proposer aux élèves des objectifs personnalisés avec les voies pour les atteindre.
Trois minutes par élève
La première partie du conseil de classe est consacrée aux considérations générales sur la vie de la classe. Le président (proviseur ou adjoint) donne son sentiment général sur les bulletins qu’il a lus avant la séance. Ensuite, le professeur principal parle de la classe : niveau d’ensemble, comportement général, événements du trimestre… Puis, chaque enseignant donne son avis sur toute la classe dans sa matière.
La seconde partie du conseil est consacrée aux résultats scolaires de chaque lycéen. Le président évoque les notes et appréciations portées sur le bulletin ; de temps à autre, demande des précisions à un professeur ; rédige une appréciation sur la qualité du travail et du comportement de l’élève et se faisant a parfois une conversation rapide avec les enseignants et les délégués des élèves ou des parents…
La première et la seconde partie bout à bout durent environ une heure et demie, soit le plus souvent trois minutes par élève. En principe, chaque membre du conseil peut intervenir et apporter ses observations. En réalité, le président utilise la presque totalité du temps de parole avec deux ou trois professeurs dominants. Les élèves et les parents n’ont que très peu de place et restent généralement simples spectateurs tout en prenant quelques notes.
 Au cœur d’un conseil de classe réel
Il est 17h15… Les professeurs du Lycée X, en rond autour du proviseur-adjoint, énumèrent la situation de chaque élève de Première B. Les langues vont bon train …
-F., C., C. et I. : élèves discrets et travailleurs. La mauvaise ambiance au sein de la classe ne les empêche pas d’obtenir des notes acceptables. F. mérite les félicitations, les autres, des encouragements.
-A.et C. sont les deux délégués de classe. Malgré leur bonne volonté, ils ne peuvent rien faire pour améliorer le climat, pourtant constamment ils essaient de calmer le jeu. Leurs notes sont moyennes.
-J. : bonne volonté, mais de réelles lacunes ; elle semble dépassée, perdue parfois.
-W. : est passé d’extrême justesse en première en commission d’appel. Aujourd’hui, il peine et il réagit en chahutant. Ses parents auraient mieux fait de suivre l’avis des professeurs en acceptant le redoublement.
-F., A., H., A., C., A. et G. : niveau à peine moyen, mais ils sont assidus. Leurs notes ne sont pas bonnes. G.ne travaille pas assez… Il faudrait lui donner un avertissement …
A., A., A., C. et H. : ne travaillent pas. Les bonnes notes d’A. et d’A. sont suspectes … Triche ? Antisèches ?
A. et L. sont les meilleurs : félicitations. Les capacités sont là . L’envie d’apprendre et de travailler aussi. Dans l’ambiance de la première B, ils résistent … On peut penser à une mention au bac pour ces élèves, dans deux ans…
J., V. et Y. rendent juste assez de travail pour ne pas avoir de problème. Mais ils sont démotivés. Ils devraient être en LP. Ils ont une mauvaise influence sur la classe. Ils se moquent des élèves qui veulent travailler.
F. : des capacités mais ne les exploite pas. Il est calme, presque éteint.
T. : comportement insolent envers les professeurs et grossier en vers les élèves. Ses notes sont catastrophiques. Il faut penser à une réorientation.
S. : depuis son accident de scooter, il a pris un retard qu’il ne parvient à rattraper. Il faudrait l’aider. Le CPE y réfléchit.
A. décroche. Elle est non évaluable. L’ambiance de cette classe la dégoûte, elle se réfugie dans l’absentéisme.
N. : résultats très médiocres. Il est incorrect. Exclu huit jours le mois dernier pour manque de respect à un surveillant. Menacé de conseil de discipline en cas de récidive.
N. : beaucoup de bonne volonté mais d’énormes lacunes…
 Le conseil est terminé
Il est 18h10… Tout en rangeant leurs affaires, les professeurs continuent les discussions… Madame D., professeure principale, se plaint de l’ambiance à cause d’un  groupe de cinq mauvais meneurs. Ils repèrent les élèves qui rendent les devoirs à la bonne date et ceux qui participent en classe, puis à la récré, ils leur demandent de ne plus répondre aux questions des professeurs durant les cours ou de ne plus restituer les exercices en temps voulu. Ceux qui refusent se font humilier, sans compter la quarantaine dont ils sont victimes : interdiction de les approcher, de les saluer, de leur parler… Les autres élèves, comme des moutons, obéissent à la bande des cinq…
Le proviseur-adjoint éteint la lumière, ferme la porte de la salle et rejoint son bureau avec la pile de bulletins sous le bras. Le prochain conseil c’est demain même salle, même heure, pour la Première C.
Il faut des preuves pour vous sanctionner
Au Lycée X, l’heure c’est l’heure avec Madame L., une des professeurs d’espagnol. Mais, pour Anaïs, élève de terminale, la ponctualité n’est pas vraiment une priorité. Elle arrive toujours quelques minutes en retard.
Impolitesse, manque de sérieux ; les retardataires dérangent le cours, c’est un manque de respect caractérisé ! Madame L. lui fait la morale. Anaïs ne voit pas où est le mal. Alors Madame L. se met en colère : niveau catastrophique, démotivation, lacunes et arrogance en plus ; voilà le mal ! Anaïs ne comprend toujours pas et les larmes lui montent aux yeux.
Thomas, le délégué de classe demande la parole : jamais il n’a vu une prof aussi cruelle; elle méprise les élèves ; et puis ses cours d’espagnol sont à mourir d’ennui… Il a osé… Toute la classe médusée enveloppe son délégué d’un silence approbateur et admiratif.
Injure, insulte, agression ! Madame L. éructe. Elle surgit dans le bureau du proviseur en exigeant illico l’exclusion définitive de Thomas : un élève comme ça n’a rien à faire dans ce lycée. Le proviseur réfléchit. Certes, il faut envisager une réprimande ; mais pas une exclusion. Il prononce une convocation en Commission de vie scolaire pour discuter du cas et étudier une punition proportionnée à la faute.
Madame L. veut absolument une exclusion expéditive. Elle perdrait son autorité si elle ne l’obtenait pas illico puisqu’elle a dit qu’elle la voulait. D’ailleurs, puisqu’on ne lui donne pas satisfaction, elle refusera l’élève en question dans ses cours. La voilà qui ameute toute la salle des profs contre le dangereux Thomas et son complice sournois qu’est le proviseur.
La Commission se tient une huitaine de jours après. Madame L. a refusé de venir discuter considérant que c’était sa parole contre celle d’un élève de dix-sept ans et qu’elle n’avait pas à s’abaisser en répondant aux questions d’une commission bidon. Le représentant des parents souligne que l’interdiction de cours par le professeur d’espagnol, n’est pas réglementaire. De son côté, un élu des élèves remarque qu’on ne peut pas appeler injure, insulte, agression les mots prononcés par Thomas… Après deux heures de tergiversations alambiquées, le proviseur finit par arrêter une décision. Thomas ne sera pas exclu du lycée ni interdit de cours en espagnol. En revanche, il reçoit un avertissement non mentionné à son dossier administratif pour avoir parlé sur un ton véhément à l’un de ses professeurs.
Madame L. se doutait bien que la commission avait pour fonction de donner tort aux professeurs consciencieux : c’est une exclusion qu’il fallait, pas une pantomime. Le lycée X est en train de perdre sa réputation…
Les textes officiels protègent les élèves contre les sanctions abusives.
Les règles dans l’éducation nationale sont claires : il ya des punitions et des sanctions…
Les punitions sont prononcées par les professeurs, les personnels de direction, d’éducation ou de surveillance, pour réprimer les fautes mineures des élèves et les perturbations de la vie de la classe ou de l’établissement. Les punitions doivent être accompagnées d’un dialogue avec l’élève et elles ne peuvent pas être inventées au coup par coup. Elles doivent figurer très formellement dans le règlement intérieur. C’est le conseil d’administration qui vote le règlement.
Les sanctions disciplinaires sont prononcées par le proviseur d’établissement, ou par le Conseil de discipline. Elles répriment la violence contre les personnes, les dégradations et la multiplicité des faits d’indiscipline de la part d’un élève. Seules les sanctions figurant au règlement intérieur sont applicables. Leur liste figure dans l’article R511-13 du Code de l’Éducation et est reproduite dans le règlement intérieur.
Il faut des preuves pour punir ou sanctionner. Lorsqu’un professeur ou un autre membre du personnel demande au proviseur de sévir contre un élève, il se doit de fournir par écrit les informations nécessaires décrivant les reproches faits à l’élève concerné. Il n’est en aucun cas autorisé à exiger une sanction précise. Notamment, il se met en faute si d’une manière ou d’une autre, il réclame a priori l’exclusion d’un élève.
Une sanction disciplinaire peut être assortie d’un sursis. La sanction est prononcée mais la peine est aménagée. Par exemple, un élève exclu pour quinze jours, peut être autorisé à continuer à suivre les cours avec une mise à l’épreuve. Il ne sera effectivement suspendu que s’il continue à commettre des actes d’indiscipline.
Petit lexique des appréciations de vos profs
 Convenable, excellent, moyen, faible, satisfaisant, devoir non rendu, insuffisant, n’a pas le niveau… À longueur de bulletins, les enseignants utilisent des appréciations en forme de SMS stéréotypés. À bien y regarder, il n’y a que trois sortes d’appréciations. Celles qui sont favorables à l’élève : « Motivée et travailleuse. Bon résultats. En progression constant … » Ensuite, celles qui sont défavorables, voire menaçantes : « N’étudie pas les leçons. Néglige certaines matières. Redoublement conseillé. Trop d’absences. Avertissement… » Enfin, le dernier type d’appréciations rassemble les fanfaronnades des professeurs cherchant à amuser leurs collègues tout en méprisant parfois leurs élèves : « Devrait abandonner les mathématiques puisque les mathématiques l’ont déjà abandonné … » Ou encore : « A touché le fond mais s’enfonce toujours … »
 Lexique des termes utilisés par les professeurs (1) .
Les appréciations ont-elles une importance ? Si leur contenu est lamentable, les rapports entre un élève et ses parents peuvent subir de graves turbulences. Mais, l’enjeu est parfois plus décisif puisque elles sont utilisées en jury du Bac pour les candidats à repêcher ou pas pour la seconde série d’épreuves dites de rattrapage. Elles servent également lors des recrutements sélectif (2) (prépa, BTS, écoles spécialisées…).
Il est parfois difficile d’interpréter les appréciations portées sur un élève. Le vocabulaire utilisé par les professeurs est parfois codé. Voici un petit décodeur.Â
ACCEPTABLE. Assez bon, pas plus, ce pourrait être mieux : acceptable, une bonne fin de trimestre à confirmer, ou ensemble acceptable, approfondissez le travail.
S’ACCROCHER. Encouragement plutôt sympathique à ne pas abandonner : ensemble un peu fragile, accrochez-vous et participez davantage.
ASSURANCE. L’assurance est évoquée quand l’élève en manque. Il s’agit de l’encourager en sous-entendant que sa timidité ne permet pas de révéler.
ATTENTIF. Attentif est surtout employé à la forme négative. Le manque d’attention prouve une absence de volonté et une impolitesse envers les enseignants.
BAVARD. Caractérise l’élève qui parle au lieu de se concentrer. Le bavardage est une faute qui indispose les professeurs.
CAPACITÉS. Quand les enseignants évoquent les capacités, c’est pour dire qu’elles sont inexploitées. Mais ils ne précisent pas comment l’élève pourrait les mettre en valeur.
CONVENABLE. Correct… Le niveau de satisfaction de l’enseignant n’est cependant pas très élevé.
DECEVANT. Ne répond pas à ce qu’on espérait. Le professeur attend plus de l’élève, il est contrarié sans être fâché toutefois.
DÉCROCHER. Ce terme signale des problèmes graves : Des difficultés, ne décrochez pas… Voire très graves : a décroché, non évaluable dans trois matières ce trimestre.
DIFFICULTÉS. Ne pas confondre avec : manque de travail. L’élève n’est pas responsable des difficultés qu’il rencontre. Il a pu accumuler des lacunes ou avoir des points faibles alors qu’il est sérieux.
EFFORT. Engagement d’une élève dans son travail même si les notes ne sont pas très élevées. En forme négative le mot désigne une forme de paresse : ne fait aucun effort pour améliorer ses résultats…
FRAGILE. Qualifie des résultats qui ne paraissent pas durables qui doivent être consolidés, confirmés…
INSUFFISANT. Médiocre, faible. L’enseignant exprime une totale insatisfaction.
MÉTHODE. Très souvent, l’appréciation souligne un manque de méthode qui crée des difficultés et induit des notes insatisfaisantes. Le conseil est souvent le suivant : changez de méthode ou travaillez de façon plus méthodique… Peu d’enseignants ne précisent comment faire.
NIVEAU. Capacités des élèves : n’a pas le niveau requis pour passer en première. Le niveau est un élément d’analyse parmi d’autres avec le travail, l’attitude, la motivation, les capacités…
PARTICIPATION. Implication d’un élève dans certaines activités (faire des exposés, passer au tableau, répondre aux questions que le professeur pose à toute la classe).
PASSABLE. Ce terme, exprime une certaine neutralité de l’enseignant teintée d’une légère bienveillance : ensemble passable, ne relâchez pas votre effort. Parfois on note un soupçon de réprobation : juste passable pour un redoublant, ressaisissez-vous.
POSSIBILITES. Potentiels, capacités. Les possibilités concernent ce que l’élève est en mesure d’accomplir grâce à sa volonté et son travail.
REGULIER. Est régulier l’élève persévérant qui obtient des résultats d’un niveau constant. La régularité est une preuve de sérieux qui est censée assurer la réussite.
SERIEUX. Unanimement reconnu comme une qualité suprême, le sérieux peut être associé à plus ou moins des bonnes notes car il désigne un comportement positif plus qu’il ne signale une performance chiffrée.
SUPERFICIEL. Frivole, futile, creux. L’élève qui travaille superficiellement se contente d’un simple survol mais ne maîtrise pas les connaissances qu’il reçoit en classe.
[1] http://mathauclairdelune.free.fr/community/viewtopic.php?f=7&t=1219#p9581 Changer le conseil de classe, collection EduSarthe, Inspection académique de la Sarthe, inspection de l’orientation, août 2004 www.ac-nantes.fr/…/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID ;  http://www.ia72.ac-nantes.fr/1132217741234/0/fiche___document/&RH=IA72Â
(2) http://forum.letudiant.fr/prepas-f6/prepa-ecs-les-matieres-importantes-pour-dossier-t5709.html













