2012 est a vous

Histoire belge ou la dure vie d’une riche

On n’a plus le droit d’être riche en France ? De quoi je me mêle ; je gagne un million d’euros par mois, et alors. On vous taxe votre RSA nous ? Si je ne peux plus partir sur la côte d’Azur en jet privé, de quoi j’aurais l’air ? Non mais vous vous rendez compte, 75% d’impôt sur mon pauvre salaire, ça fait… beaucoup. Si vous pensez que je vais renoncer à mes cotons tiges plaqués or, vous pouvez toujours courir. C’est que je fais ma part dans la société moi ! Tous les ans, j’offre l’album des restos du cœur à ma belle-mère, qui en est d’ailleurs enchantée, et tous les Noëls j’achète un calendrier Kinder aux huit enfants de Magda, ma femme de ménage, que je déclare au fisc soit dit en passant. Oui je paye mes impôts, oui je déclare systématiquement les œuvres d’art que mon mari achète pendant ses voyages en Suède, et non, je ne trouve pas normal qu’en plus de ça on me demande de débourser plus de la moitié de ce que je gagne légalement à la sueur (je dis bien sueur) de mon front.

Qu’un président de gauche soit élu, d’accord, mais qu’il nous laisse tranquille un peu. Sarkozy, lui au moins… Enfin. J’en parlais l’autre jour avec Bernard, et franchement, nous nous demandons où va la France. En Belgique, ils se sont parfaitement débrouillés sans gouvernement, en temps de crise, et on se disait qu’en fin de compte, c’est pas mal la Belgique, pas mal du tout même, et que manger des frites toute la journée, ce n’est pas une mauvaise idée, et qu’au final, si c’est le prix à payer pour conserver notre dignité, eh bien, pourquoi pas. On fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a, et croyez-moi, ce n’est pas tous les jours très rose. Et puis la Belgique accueille tellement de Français en ce moment, qu’on commence déjà à appeler certains quartiers de Bruxelles le « petit Paris ». C’est pour dire à quel point on participe à l’élargissement des horizons de l’Europe.

Melting-pot intra-linguistique ? Et à force de remplir les caisses des banques belges, nous finirons bien par renflouer la banque centrale Européenne, relancer l’économie de la patate, et peut être même celle de l’Europe ! Vous finirez par nous remercier, vous verrez. L’insoutenable légèreté de vivre a un prix. Alors la France, je l’aime, mais je la quitte, direction la Belgique. Qui m’aime me suive. Une fois.

Alizée Ville, rédactrice au Héron Déplumé, lycée Rosa Parks, Montgeron

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