Cumul des mandats : une volonté restrictive déguisée
C’est presque le seul débat, qui fait le dada des médias et des politiques dans cette campagne législative : le cumul des mandats. Certes, le sujet avait déjà été quelque peu évoqué lors de la présidentielle, notamment par François Bayrou et sa proposition de référendum sur « la moralisation de la vie publique » ou encore par François Hollande. Depuis son investiture à l’Élysée, le nouveau chef de l’État a même été très clair : tout le monde devra jouer le jeu, le PS comme les autres formations politiques.
Des ministres en campagne utopique
Les législatives arrivent donc à point nommé pour tester cette nouvelle règle dans la politique française. Les ministres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault en sont les principaux concernés, non sans une certaine pression. Car tous ceux qui se présentent sur une circonscription ne doivent pas être battus, sous peine d’être destitués leur poste et de leur rémunération de haut fonctionnaire de l’État. Une règle vraiment étrange puisqu’un ministre ne se présentant à aucune autre élection sera garanti de conserver sa fonction.
Najat Vallaud-Belkacem a d’ailleurs abandonné sa candidature sur la quatrième circonscription du Rhône pour éviter de perdre sa délégation du droit des femmes et sa qualité de porte-parole du gouvernement.
À l’inverse, d’autres avancent avec une prise de risque maximum afin de prouver qu’ils méritent leur place à Paris. C’est le cas d’Aurélie Filippetti en Moselle ou de Stéphane Le Foll dans la Sarthe. Quand bien même un ministre se présente aux législatives, l’électeur semble y voir très flou, puisque en cas d’élection, c’est le suppléant qui se retrouve aux bancs de l’Assemblée Nationale. L’UMP et d’autres formations politiques critiquent justement ce positionnement et cette tromperie démocratique. Pourquoi la plupart des ministres n’ont-ils pas entrepris la même démarche que Michel Sapin, ministre du Travail, qui s’est présenté en tant que suppléant dans l’Indre ? Un calcul politique bien curieux au sein du gouvernement Ayrault.
Contradictions et hypocrisie d’élus locaux
Mais le plus sidérant se retrouve sans doute au niveau local. Certains candidats à leur propre succession ne voient aucun mal à cumuler à la fois un mandat de terrain et de parlementaire. Interrogé à ce sujet dans Brest Mag’, Jacques Le Guen, député sortant UMP de la 5ème circonscription du Finistère, y voit une sorte de mauvais procès d’intention lorsqu’on l’accuse d’additionner ses fonctions de président de communautés de communes et d’élu régional en Bretagne. « Étant conseiller régional d’opposition, je ne suis pas débordé par le travail. La démocratie fonctionne par le respect. »
C’est un peu comme les riches en fait, plus on critique les plus hauts revenus de notre société, plus on est hypocrite. C’est davantage le système et les politiques qui sont hypocrites. Encore heureux que certains osent exprimer qu’ils ne consacreront qu’un seul et unique mandat. En politique, on est toujours prêt à les croire. Sauf que ces gens soit-disant honnête ne sont que des petits candidats qui n’auront jamais la chance d’exercer un mandat électif. À moins que le scrutin proportionnel vienne pointer son nez lors des prochaines grandes échéances électorales.
Édouard Daniel, Directeur de publication à Brest Mag’















