6 mai 2012 : et après ?
« Vous imaginez Hollande président ? On rêve », disait Laurent Fabius à des étudiants il y a quelques mois. La phrase était malheureuse, mais comment lui en vouloir ? Avant la chute de Dominique Strauss-Kahn au Sofitel de New York, qui pouvait croire au destin présidentiel de l’ancien premier secrétaire du PS, beaucoup plus à l’aise dans la gestion des querelles de Solférino que sur la scène internationale? Il va falloir s’y faire maintenant. Son abnégation aura payé. Les Français auront préféré désigner un homme « normal » et consensuel pour succéder à Nicolas Sarkozy.
François Hollande a donc été élu à l’Elysée. Même si l’écart a été beaucoup plus faible que prévu, l’essentiel est bien là. Que retenir de cette soirée électorale ? Le discours d’adieu très émouvant de Nicolas Sarkozy, qui a enfin laissé poindre un peu de sincérité. Le décalage gigantesque entre l’explosion de joie des jeunes supporters à la Bastille et le discours – tout en retenue et en gravité – de François Hollande à Tulle, relayé par les ténors du PS sur les plateaux de télévision.
La gauche gagne une élection présidentielle pour la première fois depuis 24 ans. Il y aura un gouvernement socialiste pour la première fois depuis 10 ans. La gauche a la possibilité de concentrer tous les pouvoirs pour la première fois dans l’histoire de la Vème. Mais hier, tout le monde semblait déjà être dans l’après.
Il n’y aura pas d’état de grâce cette fois-ci. L’heure est trop grave. Selon un sondage Ipsos, 46% des Français pensent que la situation de la France se dégradera, 26% seulement espèrent qu’elle s’améliorera et 28% estiment qu’elle ne changera pas. La preuve, s’il en fallait une, que le rejet de Sarkozy a été plus fort que la ferveur Hollande, et que les Français croient beaucoup moins en la politique.
Et maintenant ? François Hollande a du pain sur la planche. La composition du gouvernement d’abord, avant la passation de pouvoir qui aura lieu le 15 mai. Gouvernement de technocrates assez peu flamboyants en perspective (Jean-Marc Ayrault, Michel Sapin, Marisol Touraine, André Vallini…). Surtout, Hollande va devoir préparer au plus vite les échéances internationales (G8 de Camp David, sommet de l’OTAN à Chicago, G20 de Los Cabos). Il devra rencontrer au plus vite Angela Merkel et mener ce nouveau front européen pour la croissance. On lui souhaite bon courage.
A droite, l’UMP s’était déjà préparée à la défaite. Orpheline de Nicolas Sarkozy, la droite républicaine est mûre pour la guerre des chefs. La cohésion devrait être maintenue pour tenter de sauver les meubles aux législatives. Mais après ? Jean- François Copé envisage, avec Jean-Pierre Raffarin, de donner plus de places aux différentes sensibilités (l’UMP pourrait alors ressembler au PS époque Hollande). L’objectif est double : éviter l’explosion du parti et barrer la route à François Fillon (et peut-être à Alain Juppé). En embuscade, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Baroin et d’autres se tiennent prêts pour la primaire de 2017. La suite dans la prochaine saison.
Nicolas Davila, étudiant à Sciences Po Paris, chef du service politique de Sciences Po TV
















