Des candidats dans le déni…, le déni des jeunes
Nous sommes les grands perdants de cette élection présidentielle. Pourquoi ? Non pas que nos candidats soient stupides, non pas qu’ils soient méchants, mais le problème tient dans le fait que nos candidats sont… vieux. Résultat ? Les jeunes sont tentés par l’abstention ou les extrêmes. La campagne ne leur dit absolument rien, et pour cause…
Etre vieux, c’est déjà souvent un problème en soi. Quand on est vieux, on est souvent largué face aux nouveaux enjeux, aveugle face aux changements (quand bien même on voudrait les voir…) et sourd aux solutions innovantes.
Nos vieux à côté de la plaque
Nos candidats ne dérogent pas à la règle. On entend citer Jaurès, Mitterrand, De Gaulle ; on sort du placard les idéologies du 19ème siècle ; on déterre les images de vieille France. Sauf qu’entre temps il y a eu Internet, la mondialisation, et pas moins de trois crises à la fois économique, financière et écologique. Et nos vieux n’ont pas l’air de saisir l’urgence de la situation.
Le pire dans cette situation, jeunes ami(e)s, est que nous faisons face à une cuvée assez spéciale de vieux. Car nos vieux sont particulièrement à côté de la plaque. Comprenez-les, nos vieux sont nés pour la plupart dans les années 50. Nos vieux ont grandi dans une époque « dorée » où la France se voulait encore superpuissance, où le plein-emploi ne relevait pas tout à fait de l’utopie, où l’on pensait encore sincèrement que les immigrés rentreraient chez eux, où la science économique était un truc de « bouffons » pour matheux qui n’a pas fait Polytechnique, où l’écologie était une idéologie « sectaire »… Nos vieux n’ont pas connu la guerre, n’ont pas connu la crise… Ah ! J’oublie le choc pétrolier, mais rien à voir avec l’économie, c’est un sale coup des Arabes.
Bref, faut croire que nos vieux s’apprêtent à passer complètement à côté du 21ème siècle. D’où un florilège de mesures court-termistes allant du contrat de générations (ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est Martine Aubry) au permis de conduire gratuit (se lamenteront ceux qui viennent de le passer). Sans compter toutes les mesures « pour les jeunes » qui ont pour limite 25 ans. Quid des 25-35 ans ? Ils seront ravis d’apprendre qu’ils sont passés à côté de leur jeunesse.
J’admire l’habileté avec laquelle les politiques ont gentiment occulté tous les sujets qui nous concernent. Pour le marché du travail ? Cherchez bien, il n’y a aucune réforme de structure (ok, Arthaud et Poutou voulaient l’interdiction des licenciements). Et l’environnement ? L’Europe ? La mondialisation ???
Ils se la sont coulés douce, on paie les pots cassés
Surtout, la question de la dette est une injustice majeure faite à l’encontre de tous les jeunes de ce pays. Je rappelle à nos chers vieux politiciens, qu’à moins de faire la guerre ou de se rouler par terre en gémissant (aussi connue sous le nom de méthode Argentine), une dette se paie toujours, qu’on s’appelle Monsieur Denis ou Etat français. Qu’à moins de remettre en cause le droit de propriété à l’échelle globale, je ne vois pas pourquoi et surtout au nom de quoi, on devrait/pourrait ne pas rembourser notre dette à nos créanciers. Je rappelle également qu’appeler ces derniers « méchants spéculateurs » ou « méchants financiers » ne fera pas disparaître l’obligation que nous avons de payer notre dette.
Or, et c’est là toute l’injustice, nos politiciens ont l’air d’avoir « oublié » la question. Mais s’ils ne la paient pas, nous la paierons cette dette, tôt ou tard. Alors pendant que les charmants soixante-huitards se sont tapés des retraites sympas à 60 ans, une sécurité sociale qui remboursait le Doliprane, des classes avec 25 élèves et un ticket de métro à l’équivalent d’un euro, notre génération va devoir travailler jusqu’à 65 ans minimum, avec des services publics au rabais pour rembourser leurs vacances à Marrakech. Merci les vieux. Charmant l’héritage.
Nos vieux nous lèguent en douce un monde de merde. Tenez-vous prêt à patauger dans la crise de l’euro, la dette publique, la crise du capitalisme, la disparition de la sécurité sociale, l’immigration, la crise alimentaire mondiale, le nucléaire, la mutation écologique des sociétés, le déclin démographique…
Car oui, la France est dans le déni. Elle est dans le déni complet de son avenir.
Yolande Libene, 22 ans, étudiante à SciencesPo
Photo : The Economist
















J’admire la capacité que nous avons à critiquer, j’admire encore la capacité que nous avons de proposer des changements. Vous qui vous plaignez du manque d’innovation de nos « vieux » ( à 50 ans on est foutu pour vous, c’est intéressant), que proposez-vous ? Quelles idées pour le monde de demain ? Allez-vous vous engager en politique et faire changer les choses ?
J’aimerai m’attarder sur une phrase de votre commentaire: « Etre vieux, c’est déjà souvent un problème en soi. Quand on est vieux, on est souvent largué face aux nouveaux enjeux, aveugle face aux changements (quand bien même on voudrait les voir…) et sourd aux solutions innovantes. »
» On entend citer Jaurès, Mitterrand, De Gaulle ; on sort du placard les idéologies du 19ème siècle ; on déterre les images de vieille France. »
Je prendrai l’exemple de Stéphane Hessel. Son livre « indignez-vous » (bien que je n’en partage pas la vision), a eu le mérite de toucher la jeunesse, et a eu une répercussion au delà de nos frontières puisque l’ouvrage a été traduit dans des dizaines de langues. 94 ans !
Ensuite vous vous plaignez des citations de De Gaulle, Mitterrand. Mais nos anciens ont tenu des propos qui sont encore largement d’actualité, parce qu’ils étaient visionnaires, passionnés et déterminés à fonder un autre avenir. Si je vous dis:
Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne …
Un jour viendra où il n’y aura plus d’autre champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées.
Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d’un grand sénat souverain qui sera à l’Europe ce que le parlement est à l’Angleterre …ce que l’assemblée législative est à la France!Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États Unis d’Amérique, les États Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies …
Tout cela est-il démodé ? Je ne pense pas. Et pourtant, 1849, le discours pour la Paix et Victor Hugo sont loin de nous.
De Gaulle prophétisait : « Le sentiment de solidarité européenne mettra un ou deux siècles à s’établir. Il faut le faire progresser lentement en respectant les nations. »
Nos dirigeants citent régulièrement dans leurs discours nos grands Hommes sans pour autant retenir leurs sages conseils.
Le peuple a besoin d’une vision pour l’avenir, ils ne veulent pas entendre que la France est trop petite pour le monde, ils ne veulent pas qu’on les réduisent à des statistiques.
« La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ; seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même. »
Sum, bien que je sois entièrement d’accord avec ce que tu avances, j’aimerais juste te dire qu’Hessel est l’incarnation même de la critique sans solutions. L’indignation est l’Inutile repeint aux couleurs de la Justice, et c’est vraiment la dernière chose dont nous avons besoin. La mère Deume, dans Belle du seigneur, s’indigne bien que sa servante ait besoin d’aller voir un membre de sa famille quand il va mal, ce qu’elle fait elle même. On peut s’indigner de tout, mais on trouve rarement des solutions à des problèmes qui ne se posent pas.
Quant à l’article, je me demande comment une personne aussi respectable qu’une étudiante à SciencesPo peut l’écrire. Partir du présupposé qu’un vieux ne peut trouver de solutions mais que ces solutions sont faciles à trouver par n’importe qui d’autre plus jeune, c’est un peu fort. Les raisonnements sur la dette et sur plein d’autres thèmes sont tout à fait justes (à part l’écologie qui a montré qu’au niveau politique elle était toujours une forme de sectarisme), mais ce n’est pas la faute des politiques. Un politique veut la gloire, et la gloire c’est redresser la France. Ils ont bien sûr cherché des solutions, ils ne se la coulent pas douce. Ceux qui ont cru que tout pouvait continuer, ce sont nous, les citoyens, qui ne nous sommes pas engagés alors que le système libéral était justement basé sur l’initiative. Les citoyens français, nous, et pas les politiques, ne voulons pas d’une vision de long terme, nous voulons que ça change tout de suite. Hors le long terme est coûteux sur le court terme. Nous voulons l’avenir gratuitement. C’est nous qui devrions acheter français, parce que peut être que ça coûte plus cher, mais ça coûtera encore plus cher dans 1, 5 ou 10 ans quand nous n’aurons plus d’emploi parce que nous avons refusé une petite dépense en plus. Les politiques ne sont que des reflets de nos désirs, des populistes, leur art réside dans leur tain. Nous sommes responsables des crises par notre vision à très court terme et notre volonté de servir des intérêts personnels sans jamais avoir de raisonnement de groupe. Ce ne sont pas les politiques qui ont laissé le monde pourrir, ce sont tes parents et les hommes en général. La responsabilité des problèmes actuels est tellement répartie que personne n’est coupable. Chercher des coupables ne sert qu’à la création de boucs émissaires, c’est des solutions qu’il faut.
J’ai été très déçu de voir que vous avez utilisé la couverture de l’Economist sans même avoir évoque ce qui était dit dans leur article (très intéressant) sur les élections françaises. J’ai trouvé votre article trop caricatural et nihiliste; il caractérise d’ailleurs très bien notre génération.
Mieux vaut être un vieux con qu’un jeune vieux con : au moins on a une excuse.
De fait; t’as raison de dire que nous ne sommes pas responsables de tout ce qui ne va pas; nous n’étions pas nés quand ça se jouait.
Mais quand même; faut arrêter avec cette opposition jeunes/vieux… Vraiment. Déjà parce que c’est pas comme ça qu’on fera changer les « clichés sur les jeunes »; puis parce que ça dessert toutes les générations.
Ça leur appartenait de n’être « jeune » qu’en réaction aux « vieux »… Ce sont les acquis de la révolution culturelle des années 60… Mais maintenant que cette génération est remplacée; il reste quoi à faire ? Gueuler comme il y a 50 ans pour les mêmes raisons puis attendre encore 50 ans pour se faire gueuler dessus ? Ou alors on fait notre travail de jeune et on innove en dépassant les contradictions apparentes ?
On est tous dans le même panier du coup pourquoi ne pas choisir de bosser ensemble au lieu d’essayer de désigner un fantôme de coupable ? Jeunes et vieux ont des qualités qui sont complémentaires et ça ne serait qu’une pure perte que de créer des « clivages de générations ». Comme si on n’avait pas assez d’emmerdes comme ça…
Je regrette profondément que les commentaires ne s’attardent que sur la forme (l’emploi du terme « les vieux » est volontairement caricatural) et non pas sur le fond, à savoir la fracture générationnelle qui existe dans ce pays.
Bien sûr, tous les vieux ne sont pas des attardés mentaux. Bien sûr, il est possible de trouver de multiples exemples de personnes âgées qui ont bousculé l’histoire. Je vous rappelle également qu’à moins de trouver la fontaine de Jouvence, il ne m’a pas échappé que je serai moi-même « vieille » un jour!
Derrière le terme « nos vieux », il n’y a pas une critique des personnes âgées; je vous rappelle que le terme « nos vieux » fait référence aux « parents » dans l’argot jeune. Et par l’utilisation de ce terme, je ne renvoie pas la responsabilité seulement aux hommes et femmes politiques mais à la GÉNÉRATION qui nous a précédée.
Querelle sémantique mise à part, aucun de vous, et c’est dommage, n’apporte de réelles critiques sur le fond. Dans cet article, à destination d’un public de ma génération, je n’ai fait que « vulgariser » un phénomène bien réel: la fracture générationnelle.
En digne élève de Sciences Po, comme certains ont l’air d’en douter, je vous invite à lire les articles du professeur et sociologue Louis Chauvel sur la question.
Non, Yoelis Acourt, nous ne sommes pas dans le même panier. Notre génération connait des taux de chômage records, dans un contexte de crise économique et écologique gravissime que les décisions de nos parents et grands parents aggravent. Quand on décide de reporter la question de la dette à plus tard, c’est nous handicaper pour l’avenir. Quand on prend la décision de couper massivement sur le budget de l’Education nationale, de ne pas recruter plus de professeurs, alors même que ceux qui prennent cette décision ont bénéficié d’une école gratuite de qualité, c’est profondément INJUSTE. Non, je ne suis pas d’accord, les décisions qui sont prises n’affectent pas tout le monde de la même façon.
Non, ce n’est pas un phénomène régulier ou banale. C’est la première fois depuis la guerre qu’une génération vivra moins bien que celle de ses parents. C’est GRAVE!!
Un autre exemple bien connu est celui de la « génération sacrifiée des années 30″. On sait ce que cette génération est devenue! Les jeunes votent aujourd’hui massivement pour les extrêmes! Jacques Attali lui-même fait état d’une situation explosive! Ouvrez les yeux!
D’accord, je veux bien, mais qu’est ce que tu dénonces exactement ? L’inadaptation des générations précédentes à un nouveau paradigme culturel, social, économique et technologique ?
Une inadaptation qui aurait pour conséquence de créer « une fracture » entre les héritiers (nous) et les « créateurs » (nos parents) de ce monde. Mais de quoi peut-on réellement les accuser ? De ne pas avoir su lire suffisamment loin dans l’avenir ou de nous avoir mis au monde dans un univers qu’ils auraient volontairement piégé ?
Je suis d’accord avec toi, c’est injuste. Mais les faits sont là et nous avons très peu de temps pour agir, plus assez sans doute en ce qui concerne l’écologie (et des cons qui sont accidentellement vieux continuent à reporter l’échéance)… et le meilleur moyen d’entrer en action ce n’est pas de les accuser ou de leur rentrer dedans mais plutôt de leur prendre la main et de bosser ensemble pour léguer un monde vivable à nos enfants et à leurs petits enfants.
Parce que oui, je suis convaincu que nos vieux ne sont pas foncièrement mauvais et égoïstes. Personne ne s’est dit : « On n’a qu’une vie, on kiff bien et on leur laisse notre terrain de jeu à notre mort : ils trouveront forcément un épi de blé mutant entre deux pneus ». Les décisions qu’ils ont prises devaient être les meilleures dans leurs esprits et dans un contexte particulier. Mais ce contexte a évolué et il faut changer de fil rouge… Seulement ce n’est pas par mauvaise volonté qu’ils persistent, plus par inertie de la pensée.
Et si, nous sommes dans le même panier… ceux qui pâtiront le plus de ce qui se décide actuellement ce n’est pas nous, mais la génération suivante.
Sinon tu la vois où exactement cette fracture « générationnelle » ? Tu te sens vraiment en décalage quand tu discutes avec des gens plus âgées que toi ?
*âgés