Sarkozy : un président perdu en rase campagne
Ce matin, Libération n’a peut-être pas tort. Nicolas Sarkozy jouait gros hier soir. Mis en difficulté par les rumeurs guyanaises autour de son moral, confronté à une bonne entrée en campagne de François Hollande, il était urgent de reprendre la main. Alors l’Elysée a mis le paquet. Une heure d’antenne le dimanche à 20h, sur six chaines simultanément. Nicolas Sarkozy est une bête médiatique. Amis comme adversaires politiques tomberont d’accord là-dessus. Il connait les rouages de la télévision mieux que quiconque, sait jouer la bonne partition, domine le plus souvent le ping-pong verbal avec les journalistes. Oui mais voilà : hier soir, il n’y était pas.
Une heure de confusions
Un mot-clé : confusion. Confusion d’abord quand Claire Chazal et Laurent Delahousse se coupent systématiquement la parole et posent des questions qui partent dans tous les sens. Confusion quand François Lenglet et Jean-Marc Sylvestre rejoignent leurs confrères autour de la table pour un cours d’économie. On se dit alors que l’émission a été mal préparée. Qu’entre un rendez-vous techno sur les chaines info et un exercice de pédagogie grand public, il aurait fallu trancher.
Triple confusion quand Nicolas Sarkozy présente sa mesure phare : la TVA sociale. Confusion quant à la terminologie. Le terme « TVA sociale » ne veut plus « rien dire » selon Nicolas Sarkozy… qui l’employait pourtant dès 2006. Confusion quant aux effets de la mesure. En outre, personne n’est capable de dire si les prix augmenteront ou non. Confusion quant au timing. Pourquoi repêcher en fin de quinquennat une mesure dont la simple évocation avait couté cher à la majorité entre les deux tours des législatives de 2007 ? Pourquoi une mise en application en octobre prochain, alors même que l’issue des présidentielles est très incertaine ? Confusion enfin quand Nicolas Sarkozy aborde sa candidature à l’élection présidentielle. « J’ai un rendez-vous avec les Français, je ne m’y déroberai pas ». Cela vaut une déclaration de candidature mais ça n’en est pas une. Les efforts de Claire Chazal n’y auront rien changé. Nicolas Sarkozy n’aura pas levé hier soir cette ambigüité aussi fausse que ridicule, dont on voit mal à qui elle profite. Outre-Atlantique, Barack Obama est candidat à sa réélection depuis dix mois.
Quelle que soit la chaine, le signal était brouillé. Le Sarkozy d’hier soir n’était que l’ombre du Sarkozy flamboyant de 2007. La crise est passée par là, l’usure du pouvoir aussi. Et la lente agonie se poursuit. Qu’on soit du côté des acteurs ou des commentateurs du jeu politique, on a du mal à y croire. On se dit que le match sera plus serré que prévu, on attend le moment où l’animal politique se réveillera. Plus que trois mois et toujours pas de signe de guérison.
Nicolas Davila, étudiant à Sciences Po Paris, chef du service politique de Sciences Po TV








(4.57 out of 5)
(3.73 out of 5)

Ce billet a 3 commentaires
janvier 30th, 2012
J’avoue ne pas comprendre. Je n’ai pas regardé l’interview mais je l’ai suivi sur internet et pour le coup, les mesures qu’ils proposent me paraissent très claires même si on n’est pas d’accord. Mr Langlet a effectivement parlé d’un cafouillage à propos de la TVA si elle va provoquer de l’inflation ou non, mais la proposition de Mr Sarkozy de consommer avant la hausse ressemblait plus à un petit conseil pour rassurer les sceptiques. D’autre part, il est clair que cette hausse n’aura quasiment aucun effet: les allemands sont passés de 16% à 19% (seulement 1 point de TVA sociale) sans inflation, la hausse ne concerne que le taux normal et épargne le taux réduit, la hausse minime sera effacée par la baisse des coûts HT et la taxe frappera tout les produits au lieu des seuls français à forte main d’oeuvre.
janvier 30th, 2012
Un message brouillé qui a pourtant retenu l’attention de 16,5 millions de français.
Confusion du message ? En ce qui me concerne, j’ai trouvé les explications et propositions alléchantes et organisées autour de quelques thèmes centraux: chômage; coût du travail; compétitivité; croissance.
Vous parlez aussi de “confusion” quant au sujet de sa candidature. Dans la mesure où il sait qu’il va se présenter, que les médias le savent, que les français le savent… je ne vois pas où est la confusion. Sur le calendrier ? Il imite simplement ses prédécesseurs qui préféraient se déclarer le plus tard possible.
Enfin vous dîtes que ce Sarkozy ne ressemble en rien à celui de 2007. J’ai envie de vous dire: Heureusement. Heureusement que la présidence de la République, que les crises à affronter peuvent changer un homme.
J’ai vu un homme qui se battait, qui avait bossé ses dossiers et qui avait une ligne directrice forte, bref j’ai été convaincue. L’animal politique est bien vivant et vous avez tort de vouloir l’enterrer si vite.
février 1st, 2012
I est au abois, il le sait. Ca finira comme Ben Ali.
La sanction électorale s’impose : pas un vote pour lui pour une élimination au premier tour. C’est comme ça qu’on sanctionne les si piètres gestionnaires. Jospin en a tiré les conclusions.
La majorité de la droite lui préfère une autre candidate, ce n’est pas pour rien.
Ajouter un commentaire