Dialogue difficile entre jeunes et politiques
Dans: ECONOMIE : on fait quoi après (avec) la crise ?
Fin décembre, près de 80 jeunes des quatre coins de la France se sont réunis à l’initiative du Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne (MRJC) à La Rochette, près de Melun dans le 77 (Seine-et-Marne) pour traiter avec des responsables politiques des questions d’emploi. Deux journalistes jeunes étaient présents à ce « stage de recherche », l’un à la recherche d’un emploi, l’autre lycéen. Voici leurs regards croisés sur le difficile dialogue entre les jeunes et les politiques.
Utopies contre politiques
Tout de suite, on se pose la question de ce qu’est ce mouvement chrétien qui rassemble des jeunes. Et des tas de clichés arrivent alors, du genre ils vont proposer des jobs plus axés sur la religion, etc. Oubliez vos étiquettes pré-mâchées d’un mouvement de jeunes chrétiens, car durant ces 5 jours, il n’y a eu que très peu de moments spirituels. Certes, l’ambiance bon enfant qui régnait en maître ne détrompait pas d’une certaine joie typique d’un mouvement chrétien. Autres indices porteurs de chrétienté : le respect des prises de parole et des temps dits de « débrayage » à la fin de chaque journée. Un temps pour vider son sac et certainement éviter tout conflit (intérieur ou extérieur). Bref, l’idée principale de ce stage s’était d’abord de s’instruire, puis de proposer des idées pour l’emploi en connaissance de cause.
Remue-méninge et délibération
Pour cela, plusieurs personnalités du monde économique et social ont répondu à l’invitation du MRJC. Des sociologues, des patrons et des syndicalistes. Les thématiques étaient toutes axées sur la société, l’économie, l’emploi chez les jeunes. C’était l’étape 1, la plus facile. Vient alors, l’étape 2, plus ardue. Se mettre d’accord autour d’un texte qui décrit les attentes et espoirs des jeunes présents. Pas facile de bien tout comprendre et tout cerner en l’espace de 5 jours ! Et quand vient l’heure des finitions en comité réduit, on sent toute l’envie de crédibilité. Les jeunes ne sont pas simplement trop jeunes pour comprendre la société ou proposer des améliorations, bien au contraire. Le texte final à transmettre aux partis politiques sera retouché jusque dans les moindres détails. Et tout cela en l’espace d’une seule après-midi.
Juste un problème de compréhension du monde politique
La dernière soirée était clairement politique. Trois partis furent représentés : le Parti Socialiste, Europe Écologie-Les Verts et le Nouveau Centre, avec des seconds couteaux savent très bien faire de la politique. Le texte finalisé leur a été soumis, accompagné de plusieurs questions groupées. Quelques idées fortes ont été apportées, mais à la fin de la soirée les jeunes étaient plutôt déçus. Un sentiment de ne pas avoir été assez écouté. Et c’est là qu’on voit des espoirs et des attentes se briser. Tous espéraient une vraie prise en compte de leurs idées, que leur démarche de stage de recherche soit bonne. Et elle l’était. Il y avait juste un problème de compréhension du monde politique. D’un côté, des jeunes qui veulent faire avancer des idées, construire une société plus juste. Des idéaux, des utopies. Mais de l’autre, des politiques qui, par définition, usent de communication pour convaincre, et pas forcément dans le mauvais sens du terme. Le fossé de réflexion était peut-être parfois un peu large entre des représentants chevronnés à la politique et des jeunes tout juste initiés. Alors à défaut de changer le monde, le séjour aura permis de montrer que des jeunes savent encore se réunir pour défendre leur avenir.
Ludovic Chataing, 23 ans, jeune journaliste. Suivez-le sur Twitter @networkludo et Google+
Pour une démocratie consulative !
Je me suis rendu au stage de recherche du Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne sans savoir exactement face à quoi j’allais me trouver. J’arrivais après une semaine de recherche menée par le MRJC c’est à dire au moment de tirer les résultats de cette expérience. Les jeunes devaient faire la synthèse de tout ce qu’ils avaient appris sur les moyens de remédier au chômage et aux difficultés d’accès à l’emploi des jeunes. Voici donc le résultat de leur confrontation avec les représentants politiques.
Aux uns les idées, aux autres à s’y rallier ?
La différence entre le monde de l’association et le monde politique – particulièrement en temps de campagne électorale – est très intéressante à analyser. En effet, là où certains sont venus pour trouver des idées, les autres n’ont qu’un réel objectif : se rallier à ce qu’ils peuvent dans le discours opposé (ou le détourner pour qu’il prenne le sens qu’on veut lui donner) afin de susciter l’adhésion. C’est d’ailleurs précisément ce qu’ont fait les représentants qui étaient présents ce soir-là. Il était par exemple clair (et je dis cela sans animosité) que le représentant d’Europe Ecologie – Les Verts voulait souligner les points demandés dans la conclusion du stage de recherche qui figuraient dans son programme (comme le Revenu d’autonomie pour éducation et formation, mais aussi pour se loger, se déplacer). Il n’a pas du tout parlé de la possibilité évoquée par le MRJC de fermer la Bourse.
Un petit retour sur ces deux mesures : le revenu d’autonomie vise à assurer à une personne la satisfaction de besoins dits primaires (se nourrir, se déplacer, se loger) mais également à favoriser la formation continue tout au long de la vie et ce en toute circonstance et de façon inconditionnelle à partir de 18 ans.
La fermeture de la Bourse, quant a elle, me semble être encore plus révolutionnaire et inédite (et donc méritant au moins réflexion et considération). En effet, si elle était un jour mise en place, ce serait une modification énorme du libéralisme moderne sur lequel est fondée notre économie. Cette mesure aurait pour objectif de stopper l’enrichissement à outrance de certains, réaliser parfois (voire souvent) sur le malheur des autres.
Quand les investisseurs décident de parier sur la chute d’un agent économique (entreprise ou état), cela conduit souvent à la réalisation des prédictions à condition d’un consensus relatif chez les investisseurs. Fermer la bourse pourrait donc être une bonne idée, si nous sommes par la suite capable de trouver une source de financement alternative. Comme quoi messieurs et mesdames les responsables politiques, il n’est pas difficile d’en parler. Un petit lycéen avec sa petite expérience vient de le faire, et vous pontes de la société que vous êtes, en seriez-vous incapables ?
Pour en revenir au débat il faut également avouer que les représentants ont pu tirer profit d’un débat politique organisé de façon indirecte. Le système était que 5 à 6 questions, posées aux candidats et ceux-ci devaient ensuite faire une synthèse. Ce procédé leur permettait bien évidement de choisir librement les sujets qu’ils voulaient traiter, ce qui a profondément déçu les adhérents du MRJC. Il faut aujourd’hui se demander si un débat politique constructif est possible.
Je pense que les initiatives comme celles prise par le MRJC doivent être encouragées. Les politiques ont à y gagner. Cela leur permet de prendre des décisions pas seulement à partir de chiffres mais en étant confrontés à des réalités dont les jeunes peuvent témoigner. Sans être des experts, les jeunes apportent une vision primordiale des dossiers. Pour résumer, je pense qu’un débat est possible avec les politiques à condition d’être vraiment dans une démarche de démocratie participative.
Adrien Champougny, lycéen, rédacteur en chef du journal « Zeugma », lycée Michelet, Vanves
Crédit photos Ludovic Chataing


















Bonjour,
Je souhaite déjà vous remercier d’avoir écrit un tel article sur ce stage de recherche ! Ce texte retranscrit bien notre ressentis suite à notre rencontre avec les politques.
Pour plus d’information, vous pouvez consultez le compte rendu ici.
Nos propositions faites aux politiques se trouvent à la page 47.
Julien Cornaton, un participant au stage de recherche.
Merci à vous pour cet article, en 2 jours de présence vous avez su percevoir l’essentiel même si malheureusement (pour vous) vous avez loupé la partie diagnostic avec les intervenants!! je crois que vous auriez été encore plus soufflé!!
A bientôt
Pierrick, participant au stage
Salut,
Merci pour l’article, mais je rajouterais les liens (pour faire de la pub
) vers le site du MRJC : http://www.mrjc.org et la campagne Va y avoir du taf ! http://www.vayavoirdutaf.fr
A bientôt
Baptiste
Vous avez vu le bouquin écrit par Rocard sur les jeunes et la politique : « La politique, ça vous regarde ! » ?
Le but, informer et susciter des vocations…
http://www.myboox.fr/actualite/michel-rocard-la-politique-expliquee-aux-ados-11735.html
Ah bah alors, si Michel Rocard explique la politique aux jeunes on est sauvé!!! Il nous explique aussi comment on trahit la gauche, comment on travaille pour Sarkozy, comment on crée des trappes à pauvreté et des catégories d’humains pas égaux (avec le RMI), il nous explique aussi pourquoi on doit reculer l’âge de la retraite, pourquoi on doit accepter l’économie de marché, etc. La liste est longue, mais faire de la réclame pour Rocard c’est quand même une vaste blague!!