Pour moi la « gratuité des études supérieures » a un prix : 9400 € par an !
Juin 2011, fin de l’année universitaire, j’ai fait mes comptes…
Mes dépenses :
Loyer, taxe d’habitation charges : 4000 €
Alimentation : 2300 €
Santé : 500 €
Transport : 900 €
Sorties : 500 €
Inscription, livres et matériel universitaire : 600 €
Vie courante et frais divers : 700 €
Total dépenses : 9400 €
Mes ressources :
Aide au logement : 1600 €
Salaire jobs : 3700 €
Emprunt bancaire : 2000 €
Aide des parents : 2100 €
Total recettes : 9400 €
Cette année encore, comme la plupart des étudiants, malgré tous mes efforts, rien n’y a fait : j’ai dépensé plus de 750 € par mois qui s’ajoutent aux frais de rentrée. Comme je ne suis plus boursier, je n’ai pas pu avoir accès à un logement CROUS et j’ai dû chercher un logement dans le privé, plus cher. J’ai dû m’acquitter de mes droits d’inscription en Licence à l’université (174 €) et de mon affiliation à ma mutuelle (200 €), en plus mes aides au logement de la CAF ont diminué !
J’ai bien essayé de limiter le budget des sorties, mais je ne peux pas rester à l’écart de mes potes en permanence. Pour l’alimentation, je me suis fixé une limite : pas plus de 3,50 € par repas, pas facile quand le RU est fermé le week-end et quand le temps d’attente est trop long pour y manger le midi… La santé a trinqué aussi, comme je ne suis pas remboursé entièrement, j’ai évité les frais au maximum.
Malgré mon job et l’aide de mes parents, j’ai contracté un emprunt auprès de ma banque.
Récemment, je suis tombé sur un article qui affirme que les études en France sont gratuites.
Renseignements pris, j’ai découvert que d’une part, il existe beaucoup d’établissements hors université qui pratiquent des frais d’inscription très élevés, d’autre part que l’État dépense en moyenne 10 000 € par an pour chaque étudiant à l’université. Puis j’ai regardé mes propres comptes.
Où est-elle, la gratuité, dans tout ça ?
Depuis la rentrée 2008, le ministère de l’enseignement supérieur avait demandé au réseau des CROUS de verser les mensualités de bourses le plus tôt possible pendant le mois de septembre pour permettre aux étudiants de faire face à leurs importants frais de rentrée. De plus un 10ème mois de bourse vient d’être mis en place pour les étudiants. Pourquoi toutes ces mesures si l’enseignement supérieur français est gratuit ?
La vérité est qu’étudier coûte chaque année beaucoup d’argent aux étudiants, une situation sur laquelle la FAGE (Fédération des Associations Générales Etudiantes) alerte les pouvoirs publics sans discontinuer.
En France, particulièrement dans un contexte de crise, on constate un déficit de financement de l’enseignement supérieur. Non seulement les établissements sont en difficulté financière, mais en plus les systèmes d’aide aux étudiants sont insuffisants ou mal adaptés. En effet, nous sommes avec l’Espagne le pays d’Europe où la sous-représentation des étudiants d’origine populaire est la plus marquée, et cette situation se dégrade ces dernières années.
Pour ces raisons, la FAGE s’oppose à l’idée même de faire peser encore plus fort le coût des études supérieurs sur les étudiants eux-mêmes.
Pour une réforme des aides sociales aux étudiants…
Augmenter le coût d’entrée dans l’enseignement supérieur, ne ferait que se refermer la possibilité de faire des études à une proportion encore plus grande de classes sociales.
La FAGE reste attachée à la démocratisation de l’enseignement supérieur entamée dans les années 50 : permettre à un maximum de personnes, qu’ils soient jeunes ou non, d’effectuer des études supérieures est une plus-value pour notre état et pour notre société dans son ensemble.
Cette démocratisation de l’enseignement supérieur doit passer par un changement fort : faire de l’université le guichet unique de l’enseignement en France pour permettre une reconcentration des moyens sur les universités et permettre ainsi d’atténuer la barrière financière d’entrée dans les études.
La FAGE demande également une réforme du système d’aides sociales à destination des étudiants pour permettre une meilleure prise en compte de toutes les catégories sociales et en particulier les classes moyennes qui sont les “oubliés” du système actuel.
L’État doit rester conscient que l’Enseignement Supérieur est une composante essentielle de notre société. Le financement des établissements et de la vie étudiante demeurera public et collectif en France.
Thibaut Servant, étudiant, vice président de la FAGE en charge des affaires sociales








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Ce billet a 4 commentaires
décembre 22nd, 2011
Bonjour,
J’ai 25 ans. Je ne suis plus étudiante depuis juillet 2011, mais je l’ai été pendant 7 ans, et j’ai autour de moi des frères et sœurs, des amis qui sont étudiants.
Et si je comprends cet article, je trouve que les chiffres avancés desservent la cause soutenue: en effet, je n’ai JAMAIS dépensé 750 euros par moi en étant étudiante, ni personne que je connais. Ou alors quand les gens ont les moyens, libres à eux de dépenser autant. Le logement, surtout en région parisienne, est une grosse difficulté pour les étudiants, la santé et l’inscription à la fac peuvent l’être aussi si on n’est pas boursier, mais au delà de ça, les différentes sommes annoncées me paraissent ne pas être celle de base. Si on fait ses courses soi- même, on n’a vraiment pas besoin de 3.5uros par repas, 900 euros de transport, à quoi ça correspond? (avec les zones les plus loin en ile d france, je payais 56 euros par mois. Plus quelques billets de train en France, ça ne fait toujours pas 900 euros), 500 euros de sorties, mais que font vos potes pour devoir payer autant pour ne pas rester à l’écart d’eux? Bref, dommage qu’un tel article se base sur les moyens que la plupart des étudiants n’ont pas, et n’ont pas besoin d’avoir.
Il est vrai qu’il est de plus en plus difficile de vivre sa vie d’étudiant avec les seules aides de l’Etat (j’ai été étudiante entre 2004 et 2006 à Toulouse, je ne vivais qu’avec mes 350 euros de bourse, sans rien demander à mes parents. Mais même avec une chambre universitaire à seulement 150 euros comme à l’époque, je reconnais que je ne pense pas que je pourrai le faire actuellement même en province, la vie courante ayant augmenté), et qu’il est souvent compliqué pour les étudiants qui ne sont pas boursier de dépendre de leurs parents (surtout pour ceux dont les revenus des parents sont juste au dessus du plafond de bourses), mais nous n’avons pas besoin non plus d’exagérer les sommes moyennes dont nous aurions besoin pour vivre. Pour exemple, parmi mes connaissances,l’amie qui est forcée de dépenser le plus en étant étudiante vit à Paris en coloc dans un logement du parc privé, elle mange bien, se soigne, voyage un peu en France pendant les vacances, sort avec ses amis, etc, et tout ça avec sa bourse de 450 euros, l’aide au logement de 50 euros et les 50 euros de babysitting par mois, soit 550 euros par mois.
Et n’oublions pas que le RSA en France, pour une personne seule sans revenu est de 466 euros, et pour un couple sans enfant et sans aucun revenu ou pour un parent seul avec un enfant sans revenu est dans les deux cas de 700 euros (donc 350 pour chacun des deux adultes ou 350 pour le parent et 350 pour l’enfant).
décembre 22nd, 2011
Bonjour Marie,
Merci pour ce témoignage qui ne manque pas d’intérêt et pour la réflexion qui l’accompagne.
La réponse est simple : il existe en France un organisme, l’OVE (Observatoire de la Vie Etudiante), indépendant aussi bien de l’Etat que des organisations étudiantes.
Dans sa dernière enquête “Conditions de Vie des étudiants”, basée sur un questionnaire ayant obtenu près de 30 000 réponses (si mes souvenirs sont bons) en 2010, l’OVE donne une moyenne de 738 euros de dépenses mensuelles pour un étudiant décohabitant (qui n’habite plus chez ses parents).
La situation que je décris, au vu de ces données, apparaît donc comme tout-à-fait réaliste. Pour ce qui est de la répartition entre les différents postes de dépense, je me suis appuyé sur cette même enquête, grosso modo.
Pour terminer, si je ne nie pas l’importance des chiffres, j’aimerais qu’ils ne masquent pas le fond de l’article, à savoir que l’Enseignement Supérieur doit rester un bien public financé par l’impôt, et non un investissement individuel financé par des frais d’inscription.
D’autre part, il s’agit également de prendre le contre-pied des affirmations faciles qui circulent trop souvent dans les médias comme quoi l’ES en France serait gratuit.
janvier 3rd, 2012
Si je trouve l’article nécessaire pour rappeler les difficultés de vie des étudiantes je trouve que c’est quand même un procédé machiavélique pour mettre la FAGE en avant alors que ce n’est pas la seule organisation étudiante à se battre contre la vie chère.
http://unef.fr/2011/09/11/etre-etudiant-vous-avez-dit-gratuit/
http://www.sud-etudiant.org/communiques/communiques-sud-etudiant/article/precarite-pauvrete-mal-logement-l
janvier 5th, 2012
Effectivement, étudier n’est pas gratuit… Mais si tu n’avais pas étudié, crois-tu que tu n’aurais pas eu à payer ton loyer, ton alimentation, tes frais de santé, de transports, tes sorties et tes frais divers ? Crois-tu que tu aurais bénéficié des différentes aides et que tu aurais pu manger pour 3,50€ ?
Je suis d’accord avec toi, étudier coûte cher et ce n’est pas facile de conjuguer cela à un travail. C’est triste de devoir contracter des prêts à nos âges. Mais les frais que tu avances sont ceux de la vie courante ! En France, nous avons la chance de bénéficier de très nombreuses aides, il est un peu facile de se plaindre qu’elles diminuent plutôt qu’être heureux d’en avoir. Et je crois que tous partis confondus, on ne peut pas dire que l’Etat se désengage de ses étudiants.
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