L’inconnue Bayrou
En voilà un qu’on avait tendance à oublier. François Bayrou. Le troisième homme de 2007 a fait un grand come back médiatique sur TF1 jeudi 24 novembre. Sur le plateau de Parole Directe, il a mis fin au suspense. Il sera candidat en avril prochain. Secret de polichinelle. Depuis 2002, François Bayrou est le candidat permanent. Il n’attend que ça. Après les 18 % de 2007, le Béarnais s’est isolé dans sa quête d’un centre autonome. Son MoDem a subi défaites sur défaites. Trois députés seulement, contre vingt-trois pour le Nouveau Centre. Echec de Bayrou aux municipales de Pau en 2008. Européennes, régionales, cantonales. La liste est longue. A l’inverse des Verts, le MoDem est un parti exclusivement tourné vers la présidentielle. Pour quel résultat ?
Seul au centre…
A première vue, l’horizon s’est éclairci pour François Bayrou. Tout d’abord, il devrait bénéficier de la conjoncture. Il a été l’un des premiers à tenir un discours responsable sur la dette. Il dispose d’un boulevard au centre. En juillet, les militants Verts n’ont pas voulu d’un Nicolas Hulot qui aurait pu fédérer un large public bobo-centriste autour de sa candidature. En octobre, Jean-Louis Borloo a jeté l’éponge contre toute attente. François Bayrou est aujourd’hui le seul candidat crédible à incarner le centre. Ce n’est pas la déclaration d’Hervé Morin qui y changera quelque chose. L’ancien ministre de la Défense manque de charisme et de notoriété. Il n’ira probablement pas jusqu’au bout.
Oui mais voilà. Faisons un peu d’arithmétique. En juin, Borloo, Hulot et Bayrou pesaient au total 24,5% des intentions de vote. Si on y retranche les 6% d’Eva Joly et les 0.5% d’Hervé Morin, on obtient 18%… soit le score de Bayrou en 2007. L’espace politique est là. Pourtant, le président du MoDem ne l’occupe pas. Il ne plafonne qu’à 7% d’intentions de vote en novembre.
… mais obsédé par l’autonomie
Principaux obstacles. Sa stature d’homme d’état a été considérablement abimée par sa traversée du désert aux commandes d’un parti fantôme. Plus grave, François Hollande marche sur ses plates-bandes. L’ancien Premier Secrétaire est perçu comme un représentant de l’aile centriste du PS. Moins clivant que Ségolène Royal en 2007, moins marqué à gauche que Martine Aubry (ses difficultés avec Joly et Mélenchon l’auront prouvé), il effraie moins les humanistes de tendance centre-droit qui n’ont jamais voté PS, mais qui voient en lui l’espoir d’une alternance douce. Au fond, le vrai problème est stratégique. Le centre peut être un milieu porteur quand il mène quelque part. Bayrou ne va nulle part. Son obsession de l’autonomie le condamne à élire indéfiniment domicile dans l’opposition. Même un hypothétique bon score ne serait pas suivi d’effet.
Objectif 2017 ?
Alors, la meilleure chance de François Bayrou est de se repositionner au centre-droit. Se présenter comme une alternative crédible à l’UMP et à Nicolas Sarkozy. Il en a les moyens. En ne participant pas à la majorité gouvernementale (contrairement à Borloo), Bayrou a prouvé son indépendance. En renouant avec la possibilité d’une alliance, il a tout à gagner. Premier prix (peu probable): rêver d’un sort à la Valéry Giscard d’Estaing et de distancer Nicolas Sarkozy au premier tour. Second prix : monnayer son soutien au second tour contre un puissant groupe parlementaire (et Matignon en cas de victoire). En ligne de mire : 2017 et une possible OPA sur ce qu’il reste de la droite gaulliste. C’est encore loin et la politique-fiction a ses limites…
Nicolas Davila, étudiant, chef du service politique de Sciences Po TV.








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Ce billet a 6 commentaires
novembre 30th, 2011
“Bayrou ne va nulle part.” C’est là que nous ne sommes pas d’accord. Au contraire, me semble-t-il, Bayrou est porteur d’une remise en question profonde de notre système politique. Car l’affrontement droite-gauche, dans lequel il suffit de choisir un côté pour ne pas avoir à réfléchir ni à exprimer d’idées, est usé, terminé. Mais on le maintient en vie, par peur du réel changement, par peur de perdre ses habitudes confortables.
Quant à 2017, évitons les plans sur la comète. Le pays a besoin d’être redressé avant.
novembre 30th, 2011
Rho, pitié, le centre en France, essaye de se distinguer, mais tu penses vraiment que Bayrou est indépendant?
En quoi ses propositions diffèrent-elles des principaux partis?
novembre 30th, 2011
@ Camille : bayrou.fr est votre ami : http://www.mouvementdemocrate.fr/actualites/bayrou-agenda-2012-2020-301111.html
novembre 30th, 2011
oups
mouvementdemocrate.fr
décembre 4th, 2011
Bien sûr qu’il est indépendant : il le répète à tour de bras et a courageusement assumé ses derniers échecs liés au choix de l’indépendance… Voilà enfin un politique différent dans son refus des conflits politiciens et qui a envie de changer en profondeur les choses… Pourquoi les gens ne le voient pas ?
décembre 15th, 2011
Je me trompe ou en 2007 son seul axe clair était : plus d’Europe ! Plus d’Europe ! Plus d’Europe !
Embarrassant quand on constate l’échec de cette bureaucratie qui nome à sa tête des banquiers.
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