Suite à l’émission Les jeunes dans la présidentielle du samedi 26 novembre sur France Inter, Camille Lopes, étudiante, témoigne de sa rencontre avec Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social. 

En cette période de crise, de restriction budgétaire, bref, lâchons les mots, de politiques d’austérité, la priorité pour la majorité des candidats semble être de montrer à quel point ils sont raisonnables économiquement parlant. De quel sérieux leur programme économique fait preuve ; ce qui est au passage largement discutable, mais le sujet ici est ailleurs.

Le social, en France et en général, est traité de manière mécanique, avec des chiffres, de laconiques commentaires, voire avec un cynisme et un fatalisme des plus percutants. Les personnes sont ainsi englouties à travers des chiffres totalement déshumanisées : le nombre de sans-emplois, le nombre de sans-abris. Pas un visage, pas un nom derrière cela.

Loin du pathos… le respect

Car, qu’est ce qui fait tourner le monde ? Sûrement pas les bons sentiments. Qu’est ce qui permet l’emploi ? Le développement ? La croissance ? C’est l’économie. Évidemment, quoi d’autre ? Habituée par une majorité de la classe politique à de telles pensées, je reste à chaque fois sidérée de voir, d’entendre nos dirigeants parler de l’accès aux soins, au logement, bref, de choses basiques de survie, de manière stricto comptable. Avoir un toit et être en bonne santé, peut-on raisonnablement dire que c’est trop demander ?

Samedi matin, dans Les Jeunes dans la Présidentielle, on a parlé d’humains. On a parlé de vraies personnes, qui souffrent, on a passé un moment particulier, en lien avec la teneur de l’émotion ressentie. Quelque chose de palpable, de contagieux, comme on le ressent peu. La question de l’accès aux soins était importante à soulever, car c’est effectivement un sujet dont on ne parle peu, ou pas, mais toujours mal. C’est une question qui suscite du pathos, de la langue de bois, des promesses et des incantations, mais bien peu de vraie volonté politique, et surtout, de respect.

Car, oui, savoir aborder la question de la santé, c’est surtout et avant tout une question de respect et d’humilité. La santé, qui, au même titre que l’eau, devrait être un bien commun de l’humanité, quelque chose de non marchand, car la santé, c’est « vital », et à ce titre, cela ne devrait pas être négociable. Non, ça n’est pas normal d’attendre que sa dentition en soit à un point critique, sanitairement parlant, pour se faire soigner, car, comme l’a dit Xavier Emmanuelli, un dentier coûte moins cher que des couronnes. Non, ça n’est pas normal de ne pouvoir aller chez un médecin ou avoir accès aux soins premiers comme une simple consultation médicale ou des médicaments car les remboursements sont de plus en plus faibles.

La santé comme un bien marchand ?!!

Si être à dix euros près pour boucler ses fins de mois est pour de plus en plus de personnes et de foyers une réalité, ça n’est pas pour cela que cette réalité est acceptable.

Ce qui est courant ne doit pas devenir banal pour autant, les difficultés de tous les jours ne doivent pas devenir la norme à laquelle on se réfère, et à laquelle on se soumet dans une lasse acceptation. Non, la santé n’est pas un luxe, et elle ne doit pas le devenir, car c’est réellement emblématique d’une société solidaire que de s’occuper de ceux qui souffrent. Commencer à accepter des situations inacceptables, c’est s’exposer à perdre toute humanité, tout ce qui fait de nous des êtes sensibles et dotés de compassion; c’est perdre la raison même d’être de nos sociétés.

Alors, qu’est ce qui fait que dans le monde actuel, la question de la santé et de l’accès aux soins, malgré tous les progrès techniques et les avancées scientifiques, soient encore aussi problématiques ? On se rend compte que dans notre système mondial compétitif et capitaliste, la santé est pour grande partie un enjeu de pouvoir et d’argent comme les autres. Que la santé est devenue un domaine « bankable » comme l’industrie du textile, à travers les lobbies pharmaceutiques qui vendent des médicaments dont l’efficacité n’a non seulement pas été prouvée, mais qui peuvent également se révéler dangereux pour les consommateurs, et dont le scandale du Mediator a été un éclatante révélation. La santé peut-elle réellement devenir un bien marchand ? Pouvons-vous vraiment accepter cela ?

Une urgence : réinjecter de l’humain en politique

Xavier Emmanuelli représente la notion d’engagement, que ce soit au Nord ou au Sud, mais la question se pose de savoir si l’engagement individuel suffit pour faire évoluer et changer les choses. Un meilleur accès aux soins est-il possible dans un système concurrentiel et individualiste ? Cet entretien a, je le crois, bien souligné à quel point remettre l’humain au cœur du problème est indispensable pour que les choses évoluent dans le bon sens. La personnalité généreuse et militante de Xavier Emmanuelli l’a montré, suscitant beaucoup d’émotion ; aussi car on ne peut s’empêcher de se demander, le cœur un peu serré pour ma part, si la bonne volonté de quelques personnes suffira à faire changer les choses.

Il ne faut pas perdre de vue que les politiques publiques doivent avant tout être dirigées vers des personnes, des vraies personnes, qui bougent, qui respirent. La politique honnête, oui, la politique déshumanisée, non : nous voulons voir, enfin, et tel qu’on en appelle pour l’économie, la politique au service de l’humain. Oui, réinjecter un peu d’humain en politique, voilà qui pourrait être salutaire en pleine campagne électorale.

Camille Lopes
Jeune écologiste

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