Choisis ta France ! Les Jeunes Frontistes font désormais partie de la campagne présidentielle. Au FN, la fédération jeune a été créée pour les élections présidentielles. Nous avons assisté à la première table ronde du FNJ, à Paris, dans le 13ème. Les jeunes se réunissent tous les mercredis soir pour parler d’un sujet et pour apprendre “à déguiser leurs idées”. L’objectif est de former une équipe militante. Nous avons donc essayé de comprendre les idées de ce parti et les motivations des jeunes frontistes.

Prendre sa carte au FN comme un acte de courage

Sur les murs, des posters de Jean-Marie et Marine Le Pen. L’un d’entre eux est fraîchement dédicacé à Perceval, le modèle de l’affiche “Choisis ta France”. Détail ironique, Perceval représente la “France que nous voulons tous”, face à la France “que nous voyons déjà, la France du Moyen-Âge et de la violence”.

À la tête du FNJ, Julien Rochedy, un jeune homme charismatique qui manie très bien la rhétorique et marque toutes les liaisons entre les mots. C’est donc lui qui anime cette rencontre de jeunes frontistes. Pour la première, il y avait 14 garçons pour une seule fille. Julien Rochedy introduit cette rencontre par un point très important pour le FN ; il y a de plus en plus d’adhérents, dont de plus en plus de jeunes. Le fait de prendre sa carte est décrit comme un acte de courage. “Marine Le Pen a besoin de vous”, nous martèle-t-on. Ce soir là, c’est présentation. Un tour de table permet à chacun de dire ce qu’il fait et pourquoi il est là.

Chaque point soulevé est alors développé par Julien R. Thomas a rejoint le FN car il trouve que les valeurs de la France ne sont pas assez défendues par l’UMP. Il ne fait pas, comme tout frontiste, la différence entre l’UMP et le PS, d’où le raccourci UMPS utilisé sur les affiches. C’est un argument de poids au FN ; la France s’américaniserait avec un bipartisme politique. La voix ne serait pas donnée aux “plus petits” partis et elle resterait entre deux partis qui “s’attrapent sur des détails en France et s’entendent à merveille à Bruxelles”.

A gauche, des naïfs ou des pervers

Un jeune homme pense que nous avons en ce moment “le pire président de la Vème République”… Et son opposant direct le serait encore plus. Le président serait un “auxiliaire politique”, une “marionnette de l’Europe” et même de “Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde”. Le président aurait ainsi moins de pouvoir que l’Europe. Mais ça, les Français ne l’auraient pas compris… Un autre rebondit sur cette idée et dit clairement que la France devrait “retrouver sa souveraineté perdue depuis 40 ans”. Pour lui, le départ du Général de Gaulle a sonné le début du déclin de la France…

Un autre jeune militant avoue avoir failli se retrouver chez Mélenchon. Il vient d’une famille qui vote Laguiller depuis 30 ans. Il est là ce soir car il a découvert “l’incohérence du parti entre immigration et l’économie”. D’après lui, la main d’œuvre étrangère sert uniquement à baisser les salaires des travailleurs français. Les patrons s’en serviraient uniquement pour ça. On ne pourrait donc pas avoir une économie forte et prôner le libre-échange des Hommes. Il propose alors de “faire un travail de pédagogie pour faire comprendre à nos familles que le FN a raison”. Les électeurs de gauche en prennent aussi pour leur grade. Selon Rochedy, ce sont soit des “naïfs qui veulent aider tout le monde”, soit des “pervers”…

Un autre militant revient d’Islande. D’après son expérience, ce pays a bien raison de ne pas vouloir entrer dans l’Union Européenne. Ses principes ? Des valeurs nationalistes. Le nationalisme, “ce n’est pas le mal”, c’est “défendre son héritage”. Bref, un sentiment d’appartenance. C’est son dégoût pour le système judiciaire français (après que son père se soit fait agresser) qui l’a poussé à choisir le FN. Fanny, la seule jeune fille présente, a essayé de convaincre sa famille de son choix politique. Elle est ici pour “défendre des valeurs Rousseauistes”…

Des jeunes cultivés, un discours bien rôdé

Si la diversité des discours développés par les jeunes frontistes frappe avant tout, leurs origines et leurs statuts interpellent. Etudiant ingénieur, en géographie, en 1ère ou 2ème année de master d’histoire, en école de commerce, en droit ou à l’Ecole Normale Supérieure… Au-delà de leur idéologie, les jeunes présents ce soir là représentent la diversité des statuts de notre génération, aux côtés d’un peintre en bâtiment, d’un auto-entrepreneur en informatique, d’un plombier…

Contrairement à une idée reçue, les électeurs militants du Front National ne sont pas tous dans une situation précaire. Véritable leader d’opinion, Julien Rochedy sait tenir son audience en haleine. Son modèle de discours est particulièrement intéressant à décortiquer. Ses trois arguments phare :
“Au FN, nous avons beaucoup d’humour et rions des représentations fascistes que l’on nous colle.” La preuve  : “Le mot germanique est interdit au FN…! Hahaha…”
“Tel pays [... prendre un exemple européen] a [... prière d'insérer ici une mesure nationaliste] et quand nous le proposons, nous sommes diabolisés.”
“Le grand capital détruit notre Nation.”

Autodérision, victimisation, causes de la crise doublées de nationalisme, cette recette a de quoi en convaincre plus d’un. Impossible pourtant de parler de “lobotomisation”, comme certains le laissent facilement entendre. Car les jeunes présents ce soir-là étaient venus par conviction, avec un discours basé sur leur expérience et déjà bien construit. C’est peut-être en cela que leur engagement pour le Front National est indéfectible.

Jérémie Poiroux & Jude, journalistes jeunes

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