Nicolas Sarkozy faisait son retour médiatique jeudi 27 octobre. Au lendemain d’un accord européen sur la dette grecque obtenu à 4 heures du matin. Quelques jours avant l’ouverture du G20 à Cannes. Après deux mois catastrophiques (affaires, sondages en berne, primaires PS), il était urgent de reprendre la main.

Un exercice de pédagogie très politique

L’exercice était taillé sur mesure, contrôlé par l’Elysée de la production au choix des journalistes. Jean-Pierre Pernaut et Yves Calvi. Aucun des deux n’est journaliste politique ou économique. Le premier n’est pas connu pour ses qualités d’intervieweur. Peu importe. L’essentiel était moins d’être précis que de renouer le contact avec les Français, et de faire preuve de pédagogie pour expliquer la crise. Officiellement, le chef de l’Etat s’exprimait sur ses prérogatives régaliennes, pas sur la politique intérieure. Son temps de parole n’a d’ailleurs pas été comptabilisé par le CSA. Comme d’habitude, il fallait lire entre les lignes. En filigrane, Sarkozy a fait de la politique. Il a affiné les contours de sa future posture de candidat, largement esquissée depuis quelque temps. Décryptage.

Exit la présidence normale

Une élection se gagne au moins autant sur la forme que sur le fond. La dernière décennie avait vu l’émergence en politique du storytelling à l’Américaine. Le principe : jouer sur les émotions des électeurs, soulever une espérance irrationnelle à grand renfort de slogans, de marketing et d’histoires personnelles. Apogée en 2008 avec l’élection de Barack Obama et son « Yes We Can ». Il semble que François Hollande se soit récemment converti au storytelling, même contrebalancé par son image de gestionnaire responsable. Exit la présidence normale. Aujourd’hui, il veut « réenchanter le rêve français ».

Bien sûr, en 2007, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy avaient usé du storytelling comme jamais auparavant. À ce jeu là, Sarkozy avait vaincu par K.O. Son personnage avait séduit, les Français avaient mordu à l’hameçon « Ensemble, tout devient possible ». Mais voilà, le bilan et l’impopularité du président ne lui permettent plus aujourd’hui d’incarner une espérance. Il fallait trouver autre chose.

Son pari : ringardiser les rêves

Au rêve, la droite cherche maintenant (plus ou moins adroitement) à opposer le réalisme. Voilà le nouveau clivage qui marquera la campagne.

Carla Bruni le disait en septembre : « Mon mari a vieilli, mûri, changé ». Confronté à la crise, il aurait gagné en gravité. En 2012, le storyteller repenti se muera donc en président protecteur. Il résumera son bilan à « j’ai évité le pire ». Il « dira la vérité aux Français ». Plus de belles histoires, l’heure est trop grave. En un mot, Sarkozy sera un candidat post-crise.

Le pari : ringardiser les rêves, susciter de l’adhésion sur un constat morose, apparaitre comme le candidat le plus sérieux. Pari extrêmement difficile. Pari inédit, puisque Sarkozy sera le premier grand dirigeant occidental à se représenter devant les électeurs depuis la crise. Nul doute qu’Obama y sera attentif.

Nicolas Davila, étudiant, chef du service politique de Sciences Po TV, la télé des élèves. Suivez-le sur Twitter @sciencespotv

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