La loi SRU est adoptée sous le gouvernement Jospin le 13 décembre 2000. Elle modifie en profondeur le droit de l’urbanisme et du logement. En particulier, et c’est ce qui m’intéresse ici, l’article 55 qui oblige toute les communes supérieures à 3500 habitants (1500 en Île de France) à disposer de 20% de logements sociaux afin de concourir aux logiques de solidarité nationale et régionale et de favoriser un mélange des populations.

Or, et ce malgré quelques modifications pour rendre cette loi moins rigide, la plupart des villes ne la respectent pas. Ainsi, d’après un article du 27 juin 2008 du journal Libération, 83 sur 181 communes concernées d’Ile de France enfreindraient la législation en vigueur. De même pour 27 sur 36 communes de la région Alpes Maritimes ou encore 20 sur 24 pour le département du Var. Bref, autant dire qu’il s’agit là d’un véritable échec, les villes préférant payer une amende plutôt que recevoir des populations en difficulté.

A l’heure d’un communautarisme culturel et social

Face à ce constat, des associations et des élus marqués à gauche sur l’échiquier politique – je pense ici à José Bové ou encore à Roland Muzeau – souhaitent rendre inéligibles les maires qui refusent d’appliquer la loi SRU car ils entraveraient cette fameuse solidarité, si chère aux hommes politiques actuels. Or, je me demande quel intérêt un ménage aux ressources modestes pourrait retirer de vivre dans une commune pavillonnaire et relativement aisée. Et, ce malgré toute ma bonne volonté, je n’en trouve aucun.

Être stigmatisé par les voisins, lesquels le pointeraient du doigt en raison de sa condition misérable qui entache l’harmonie sociale de la ville ? Dépenser l’essentiel de son revenu dans des produits alimentaires, lesquels resteraient hors de sa portée en raison des logiques économiques qui s’appliquent à cette commune ? Je n’ai pas peur de le dire, mais un smicard n’a rien à faire à Neuilly.

Dans une ville qui compte plus de 50 % de cadres et professions intellectuelles supérieures, où 60 % des habitants sont diplômés de l’enseignement supérieur et où le revenu imposable par foyer fiscal dépasse les 95 000€, je vois mal comment un ouvrier sans capital culturel équivalent, sans des centres d’intérêts identiques et avec un mode de vie différent pourrait s’intégrer à la population.

En réalité, le communautarisme répond à des logiques naturelles et très anciennes qui régissent les sociétés humaines depuis fort longtemps, tandis que l’idée de mixité sociale est une idée relativement récente et moderne sur laquelle les hommes politiques s’appuient pour recueillir des voix électorales. Les gens se regroupent selon des logiques sociales (j’entends par là le capital économique, social, culturel et symbolique) et culturelles (autrement dit, la langue, l’origine ethnique, la religion, etc.).

Les sociologues Pinçon et Pinçon-Charlot le montrent bien dans leur livre Le Ghetto de Gotha : un groupe social essayera de s’approcher du mieux qu’il peut du groupe supérieur à lui tout en tentant de se distancier de celui qui est inférieur. De même, l’exemple des diasporas prouve bien que les populations se regroupent suivant des liens d’appartenance plus ou moins subjectifs : le quartier chinois de Belleville à Paris, le quartier maghrébin place Arnaud Bernard à Toulouse.

Une belle idée mais une idée imaginaire, idéale et utopique

Il ne sert à rien de contraindre les communes d’œuvrer pour la mixité sociale car les hommes, au fond d’eux, ne veulent pas se mélanger. C’est contre nature de forcer les riches à cohabiter avec les pauvres car cela génère, en grande partie, les violences urbaines. D’ailleurs, est-ce un hasard si les lieux les plus dangereux et les moins sécurisés sont, et ce depuis toujours, les agglomérations et les grandes villes, c’est-à-dire les espaces où les inégalités sociales se rapprochent le plus ? Rome au temps de l’Antiquité entre Praticiens et Plébéiens, les villes face aux campagnes lors de la Restauration jusqu’à la IIIe République, etc.

Afin de garder une certaine paix publique, laissons les hommes libres de s’installer là où ils le désirent et ne brusquons pas les logiques sociales et spontanées de répartition spatiale.

La mixité sociale ? Quelle belle idée ! Mais une idée imaginaire, idéale et utopique qui n’apporte aucune solution au problème donné. C’est pourquoi, j’appelle en 2012 les jeunes Français à voter de façon responsable et pragmatique. Je les appelle à voter pour un candidat et un programme politique réalistes, lesquels ne se contenteront pas de chatouiller les populations dans le sens du poil en énonçant de belles et grandes notions, mais qui agiront, parfois contre leur gré, pour le bien du pays.

Je les appelle à voter en fonction de ce qui leur semble le plus juste (et parfois le plus contraignant et le plus difficile à entendre) et non en fonction de ce qui leur plait simplement parce que cela correspondrait à leurs vœux fabuleux.

Florent Louise

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