Primaire PS : entre le fond et la com’, la guerre est lancée
Le deuxième débat des primaires citoyennes (et non pas socialistes) a duré plus de deux heures hier soir sur I>télé, Europe 1 et LCP. Et qu’est-ce qu’on en retient ?
Une répétition du premier débat
La performance des candidats à la primaire mercredi n’a pas apporté beaucoup de nouvelles propositions par rapport au précédent débat sur France 2, le 15 septembre dernier. Jean-Michel Baylet est toujours un Européen convaincu, et veut relancer la croissance par les PME. Manuel Valls prône la gauche moderne avec une TVA sociale et veut « dire la vérité ». François Hollande propose un contrat de génération pour embaucher jeune et vieux en même temps et créer une dynamique d’embauche. Ségolène Royal veut s’occuper de la délinquance des jeunes. Arnaud Montebourg se met en décalage du PS avec la VIème République et le protectionnisme européen. Et Martine Aubry croit en la justice et au rassemblement des Français pour faire avancer tout le monde.
Les filles attaquent
Royal et Aubry n’ont pas dit leur dernier mot. Et même si on ne croit pas aux sondages, certaines mettent les bouchées doubles pour repasser devant. Elles l’ont bien compris : c’est maintenant qu’il faut attaquer François Hollande, ne pas le laisser gagner sans résister. Ainsi, on a vu Ségolène Royal entamer les coupures de parole, toujours accompagnée par Aubry, qui aime reprendre des idées pour apporter son opinion. Bizarrement, quand Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Jean-Michel Baylet s’expriment, personne ne les interrompt… Normal, ils ne sont pas favoris ?
Hollande veut se faire élire sur de la communication, comme Sarkozy
À l’ancienne. C’est le résumé de la campagne de M. Hollande. Un discours bienveillant, une stature présidentiable. Le débat sur les idées s’éloigne avec notre favori des sondages. Il se pourrait que les Français ne réfléchissent même pas pour savoir vers qui leur vote va aller. Virons Nicolas Sarkozy sans réfléchir, ça ne pourra pas être pire.
Petit cours de détection d’éléments de communication. Les effets de répétitions pour insister : « il faut, il faut », « oui, oui ». La reprise des idées proposées précédemment : « Manuel Valls a dit… », « Arnaud Montebourg a dit… » et les reprendre à son compte. Et pour ne pas aller dans les détails, dire que « c’est un peu compliqué ». Ne pas oublier de faire beaucoup de gestes pour avoir l’air dynamique, ne pas trop parler de fond et sortir des phrases toutes faites : « il faut dire les choses très concrètement », « qui va nous réunir », « voilà ce qui s’est passé », « il faut que les Français s’y retrouvent » et j’en passe.
Si François Hollande est désigné comme candidat du PS pour la présidentielle, l’élection de 2012 se jouera encore une fois de plus sur des éléments de langages, de communication et non pas sur les idées, sur le fond. Et à ce jeu-là, Nicolas Sarkozy est bien meilleur. Vous êtes prévenus.
Au PS, il n’y a pas que du PS
Maintenant c’est sûr. Aux primaires citoyennes, la moitié des candidats n’est pas du Parti Socialiste au sens stricte. Jean-Michel Baylet, le plus-qu’outsider, est du Parti Radical de Gauche. Ses idées ne sont pas si mauvaises, mais le taux d’écoute des Français pour lui est injustement bas. Manuel Valls est de gauche, mais la gauche « moderne ». Beaucoup d’éléments de langages aussi, il réinvente la vision qu’on pourrait se faire de la gauche. C’est à dire, combattre les inégalités tout en proposant des idées antisociales comme la TVA dite « sociale ». Le serrage de ceinture est promis avec lui. Il explique même qu’il faudra faire autant d’efforts qu’après la seconde guerre mondiale pour sortir de la crise économique… Agitons les peurs ! Il reste Arnaud Montebourg. L’organisateur de ces primaires y croit. Même s’il n’est pas favori des sondages, il propose sa vision de l’avenir. Celle d’une VIème République. Les textes sont dans les cartons depuis 6 ans. Et c’est une des premières choses qu’il ferait : un référendum dans les 6 mois après les élections pour que les Français décident.
On comprendra mieux ainsi la logique des sondages qui se tourne vers les trois candidats, totalement socialistes, malgré la belle veste rouge portée par Ségolène Royal. Une couleur symbolique qu’on ne rate pas.
Les sondages dictent encore nos pensées
Hélas, l’histoire se répète encore et encore. Les Français n’ont pas encore réussi à réfléchir par eux-mêmes. Ils sont obligés de lire et penser par les sondages. Et pourtant, ce n’est qu’une primaire. Il n’y a pas autant d’enjeu qu’il y en aura le 22 avril, au premier tour des présidentielles. Mais l’avantage, c’est que les sondeurs ne savent pas si leurs méthodes sont correctes, car personne ne sait combien iront voter le 9 octobre. C’est la grande inconnue. Et si vous voulez un pronostic, je dirais que plus le nombre de participants sera grand, moins les favoris auront de voix. La surprise pourrait bien être au rendez-vous.
À vous de jouer maintenant !
Ludovic Chataing, jeune journaliste. Suivez-le sur Twitter @networkludo et Google+








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Ce billet a 17 commentaires
septembre 29th, 2011
“Les Français n’ont pas encore réussi à réfléchir par eux mêmes”.
Je te remercie pour l’insulte.
septembre 29th, 2011
Pourquoi une primaire citoyenne? Les français ne sont pas tous de gauche que je sache. Apparemment tu semble rabaisser la campagne présidentielle à “tout sauf sarkozy”, c’est une grave erreur dans laquelle s’engage malheureusement le FN et le PS, d’autant qu’il n’est pas dit que Sarkozy se présentera, préférant peut être laisser la place à un Juppé ou a un Fillon…
septembre 30th, 2011
@Simon : prouvez moi que j’ai tort.
@Mayday : Je ne crois pas avoir accentué le “tout sauf Sarkozy”, bien au contraire, j’aimerais qu’on réfléchisse un peu plus que ça.
septembre 30th, 2011
On demande aux francais d’élire un président, donc un chef, ou quelqu’un qui fait chef, ou quelqu’un qui donnera le plus possible l’illusion d’être chef, ou quelqu’un qui vendra le rêve d’être chef.
Ce n’est pas les francais qui seraient trop bête pour réfléchir, ils font ce qu’on leur demande: élire un président. Si la France était Sarkozyste en 2007 et Chiraquienne en 2002, ca se saurait, si les Francais ont réélus Mitterrand l’usé en 88, c’est parce que Chirac ne faisait pas le poids.
Le problème c’est la Constitution de la 5ième, l’élection au suffrage universel direct du président et l’association calendaire de la présidentielle et des législatives. Résultat, toute la politique de la France est déterminée par l’élection d’une femme ou d’un homme. Et ca c’est une folie.
S’il faut assumer ce cirque pour renverser la table, alors alons-y. Personnalisons à mort, stérilisons les débats et présentons une belle gueule. De toutes facons, le programme socialiste est déjà prêt et, pour l’essentiel, ce sont des mesures que les Francais attendent(ca c’est mais c’est mon point de vue: en ce moment la France est de gauche) . Et avec un peu de chances notre canasson, il sera pour la 6ième et la fin de l’élection du PR au suffage universel.
septembre 30th, 2011
Tu sais, si ce n’est pas pour opposer “filles” à “garçons”, tu devrais t’abstenir de l’utiliser… Donc soit tu parles des candidats masculins aussi en terme de “garçons” et tu infantilises tout le monde dans la joie et l’allégresse, doit tu choisis un mot un peu moins connoté ^^;;
septembre 30th, 2011
Ludovic, tu as twitté ceci au soir de la primaire : “#primaire #PS #Hollande Note com : 19/20. Note fond : 3/20.” ; tu as donc placé Hollande en tête dans ton classement, pour le côté communication.
Or puisque le programme socialiste est déjà prêt, que les divergences ne sont aujourd’hui qu’à la marge, l’élection se joue sur la com. Tu as trouvé Hollande meilleur sur ce terrain, or tu ne l’as pas “lu et pensé par les sondages”, tu l’as jugé sur pièce, et tu as réfléchi par toi même… Pourquoi pas les autres français ?
septembre 30th, 2011
@Armand : tout à fait d’accord. Ceux qui proposent ça s’appellent Arnaud Montebourg (PS) et Jean-Luc Mélenchon (ex-PS).
@Simon : J’ai effectivement reconnu en François Hollande ce que je déteste. Un président qui se fait élire par pour ses idées politiques mais pour l’image qu’il dégage. En 2007, les français ont voté pour Sarkozy, vu comme l’homme de l’action. Les français voient maintenant les dégâts que cela cause.
Voter pour la personne qui ressemble le mieux à un président, ce n’est pas, mais absolument pas ce que j’appelle de la politique.
J’aimerais bien qu’au moins une fois, la masse des électeurs comprennent ça. Et après s’ils veulent voter pour Hollande, libre à eux.
septembre 30th, 2011
Donc tu assume parfaitement les délires des pratiques de la 5ieme.
Le président n a pas vocation (…ne devrait pas avoir) a déterminer l’orientation politique de l’action gouvernementale.
octobre 1st, 2011
La Vieme république a été créé par De Gaulle pour mettre fin à l’instabilité politique de la IIIeme et IVeme, je ne pense pas qu’il faudra y revenir. Le président a toute les vocations que la constitution lui donne, cette même constitution qui a été approuvé par une majorité de français. Le président est lui même élu par les français, je ne vois pas où est le problème, à part bien sûr si vous souhaitez changer tout les ans de premier ministre.
octobre 1st, 2011
Passons à la 6ème République plutôt que de revenir à la 3ème ou 4ème ! Tiens, et si je vous faisais un article sur la proposition de 6ème République version Montebourg ? ^^ (j’avoue que je n’ai pas lu les détails).
octobre 1st, 2011
Mayday: ce n est pas le président de la république qui garantit la stabilité ldes majorités politiques mais l élection majoritaire a deux tours des députés, en bipolarisant le débat. Moi, ça me va très bien, on y touche pas.
Vous vous referez au texte de la constitution, mais justement il est clair. Le PR est un garant institutionnel, un arbitre des procédures (art 5). Et il n a pas vocation a avoir un rôle politique (en ce sens de l application d un programme de gauche ou de droite) ou alors vous me le démontrez.
PAR contre le premier ministre détermine et conduit la politique de la nation (art 20 ou suivant), il peut le faire puisqu il s appuie sur la confiance d’une majorité politique de députés.
Tout ce qui se pratique actuellement est l’issue d’une lente dérive de l esprit des constituants (dont de Gaulle) qui ont rédigés Un texte relativement équilibré dont vous soulignez qu il a été approuvé par les français.
(tout comme le plébiscite de Napoleon 3 d’ailleurs, mais c est un détail…)
octobre 1st, 2011
Armand: je comprend très bien où vous voulez en venir mais cette situation me va très bien: la stabilité politique. Je n’imagine même pas la crise avec les centristes qui quittent la coalition et qui plongent la France dans une crise politique majeure en pleine crise financière! De plus les français ont toujours été attaché à des personnalités fortes, on l’a bien vu avec Napoléon (Napoléon III aussi avec son élection!) Et De Gaulle l’a bien compris lorsqu’il déclara avoir créé une monarchie républicaine. Je n’ai rien contre la VIeme république mais je préfère la 5ième, et puis autant prendre un roi comme garant, c’est bien plus symbolique qu’un président qui serait insignifiant et cela donnerait une vraie cohésion nationale (voire le R-U ou la Belgique qui aurai déjà dû exploser sans le roi) mais les français ne sont plus fait pour la monarchie depuis la fin de la guerre.
Cordialement,
octobre 1st, 2011
La monarchie est une belle erreur, qu’elle différence y aurait-il entre un roi sans pouvoir et un président sans pouvoir. Regardez en Angleterre ou en Espagne ! Ils n’ont aucun pouvoir politique. La 6ème République tend vers ce système.
Cf cet article de Arnaud montebourg en 2007 :
http://www.liberation.fr/tribune/010197792-la-vie-republique-une-revolution-douce
octobre 1st, 2011
Je l’ai bien dit, je suis pro-Vième. Si l’on devait tendre vers la VIième je préférerais un roi qui sert à rien qu’un président qui sert à rien. Pourquoi la monarchie est-elle une belle erreur? C’est en tout cas un facteur de cohésion nationale (sans la monarchie au R-U, en Espagne et en Belgique on aurait eu à coup sûr une balkanisation de ces régions) et on sera sûr qu’il ne feront pas de discours politique (le roi Juan Carlos n’a en rien empêché la politique socialiste de Zapatero). A choisir je préfère la Vième république…
octobre 2nd, 2011
Vous êtes trop attiré(e) par le luxe et les paillettes dirait-on…
Arrêtez de regarder les mariages princiers. LOL
octobre 2nd, 2011
J’essaye de voir les rares avantages de la monarchie…
octobre 4th, 2011
J’ai réfléchis un peu à la différence entre roi et président dans ce cas de 6ème république.
Finalement, la reine d’Angleterre par exemple n’est pas un arbitre politique. En tout cas, elle ne l’est plus si elle l’a été.
En revanche, si on garde un statut sobre de président. Sa stature fera qu’il aura quand même un certain poids politique, qu’il sera de notre temps, celui de la démocratie. Peut-être qu’il pourrait trancher les conflits internes du parlement (selon une procédure particulière de type démocratique). Ce ne serait que pour des cas très serrés, à définir donc.
Si la réponse du président est contraire à celle exprimée par le premier ministre ou du moins par le gouvernement entier qui se sera exprimé aussi. Le président pourrait lancer un référendum populaire pour que les Français choisissent de soutenir telle ou telle décision. Dans ce cas, le président ne serait plus forcément un arbitre, mais plus une sorte de diplomate garant de la démocratie.
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