Avant tout, un mot sur le Sénat. Lionel Jospin doit être satisfait. La chambre haute n’est plus une « anomalie parmi les démocraties ». Il était temps. Depuis 1958, le Sénat n’avait jamais connu l’alternance. Cette fois, les socialistes ont su déjouer un mode d’élection hostile, promis aux conservateurs. Malgré les victoires de la gauche aux dernières municipales, cantonales et régionales, le basculement n’aurait pas été possible sans le ralliement de beaucoup d’élus ruraux sans étiquette. Très mauvais signe pour l’UMP.

Au-delà des conséquences politiques directes (on peut penser à l’enterrement de la règle d’or), le symbole est fort. En 2012, pour la première fois, la droite républicaine pourrait ne plus détenir un seul pouvoir. La famille gaulliste est à un plus bas historique. Aucun élément de langage ne peut masquer cette réalité.

Autre sujet. Parlons de ces « affaires » qui gangrènent le début de la campagne électorale. Affaire Bourgi. Des chefs d’Etats africains auraient financé la classe politique française dans son ensemble, du général de Gaulle à Chirac jusqu’en 2005. Aucune preuve et rien de nouveau sous le soleil. Le soufflet est logiquement retombé. Mais ce « déballage » participe d’un climat général particulièrement nauséabond.

Affaire Karachi. Celle-là revêt plus d’importance. Parce qu’elle touche directement l’entourage de Nicolas Sarkozy. Nicolas Bazire et Thierry Gaubert en garde à vue. Hortefeux épinglé pour sa conversation téléphonique compromettante avec ce dernier. Un scandale politique de grande ampleur se profile. L’étau se resserre autour du président de la République, ministre du Budget et porte-parole du candidat Balladur en 1995.

Et la droite donne le bâton pour se faire battre. La défense est médiocre. Le communiqué de presse dégainé précipitamment par l’Elysée jeudi est désastreux. D’abord, parce qu’il est faux de dire que le nom de Nicolas Sarkozy n’est pas cité dans le dossier. Mediapart a publié un rapport de police luxembourgeois qui affirme que Sarkozy aurait autorisé la création de la société écran Heine. Surtout, parce que l’Elysée banalise la violation du secret de l’instruction. Comme si, après quatre ans de tensions avec les magistrats, on avait renoncé à préserver les apparences d’une justice indépendante.

Par ailleurs miné par la crise financière et les sondages en berne, Nicolas Sarkozy vit une rentrée catastrophique. La tentation est grande pour le PS d’enfoncer le clou sur les affaires. Déjà, Royal parle d’un « système corrompu ». Mais la gauche aurait tort de se réjouir. Les Français ont bien compris qu’à l’heure des magouilles, les opinions politiques importaient peu. La malhonnêteté n’est ni de gauche ni de droite. L’affaire Guérini aura rafraichi la mémoire de ceux qui avaient oublié les écoutes de Mitterrand.

Alors, qui bénéficiera de ce climat ? François Bayrou, qui s’agite sur le sujet depuis quelques jours, et Eva Joly, égérie de l’indépendance de la justice et de la lutte contre la corruption, grignoteront peut-être quelques voix. Ce qui est sûr, c’est que l’image de la classe politique dans son ensemble en prend encore un coup. Quand la “République irréprochable” fait faillite, le discours « Tous Pourris » trouve un nouvel écho. La seule qui soit certaine de gagner à ce jeu-là s’appelle Marine.

Nicolas Davila, étudiant, chef du service politique de Sciences Po TV, la télé des élèves. Suivez-le sur Twitter @sciencespotv

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