Le sujet ne passe évidemment pas inaperçu pour tout le monde. Télévision, radio, presse écrite et même Internet, on entend tous les jours parler de la dette et la politique d’austérité qui frappe actuellement les pays de l’Union européenne et les États-Unis. Sans parler de la situation en elle-même, force est de constater que les économies budgétaires n’ont pas fini de hanter nos esprits, au moins jusqu’au 6 mai 2012, date où le futur président de la République sera élu. Et voire pendant toute la durée du prochain mandat présidentiel, vu comment la crise déclenchée en 2008 s’éternise et s’intensifie.

Quand le politique passe pour l’expert économique

Il n’y a qu’à regarder les dernières émissions politiques télévisées telles que “Mots croisés” ou “Des paroles et des actes”, toutes deux diffusées sur France 2. Dans la première, on y retrouvait la traditionnelle rivalité UMP-PS, incarnée par Xavier Bertrand et Arnaud Montebourg. Tous deux n’ont pas loupé de se lancer des petites fleurs habituelles comme le veut l’exercice du débat. Mais plus intéressant, tous deux ont passé plus de deux heures à débattre de la situation économique mondiale, notamment l’exemple grec, et des répercussions que cela pouvait avoir en France. Montebourg, avec sa théorie de « démondialisation », rejetait la faute aux banques et au marchés financiers. Bertrand affirmait, lui, que les Français devraient se serrer la ceinture face à la conjoncture économique.

De belles paroles sous le regard du syndicaliste François Chérèque, consterné par l’étreinte soumise aux salariés, d’un banquier d’affaires prêt à être taxé davantage et de la patronne de Manpower avec son discours purement entrepreneurial. Le débat s’est vite transformé en confrontation d’idéologies économiques, de quoi perdre n’importe quel spectateur peu expert en la matière. Surtout, Montebourg comme Bertrand donnent des leçons en s’appuyant sur des chiffres, des chiffres, rien que des chiffres. Quand le politique veut prendre la place de notre banquier, il ne s’agit pas forcément de la meilleure inversion des rôles qui soit.

Dans la deuxième émission, place aux primaires. Passons la présentation du peu objectif David Pujadas, qui quelques jours auparavant faisait une bourde en direct en incitant les Français à voter pour Martine Aubry. Intéressons-nous aux sujets abordés par les candidats socialistes, plus Jean-Michel Baylet. Là encore, on retrouve Arnaud Montebourg, qui nous détaille point par point sa réforme de « démondialisation ». Puis, viennent les autres têtes d’affiche : Royal, Hollande, Valls et Aubry. Tous, et même Jean-Michel Baylet, n’ont pas échappé aux interrogations sur la dette. Et tous se sont joués à l’exercice tant bien que mal car obligés de ne pas paraître ridicule face à un sujet “grave”. Les journalistes de France 2 et du Monde voulaient des réponses. Les candidats ont étrenné leur discours sans saveur et surtout à leurs priorités après le quinquennat de Sarkozy : la jeunesse pour Hollande, l’éducation pour Aubry, la sécurité pour Valls, etc. Quoi de mieux que du concret pour répondre à de l’abstrait ?

Des programmes à l’économie

En plus de nous faire passer pour des élèves inquiets ne connaissant rien à la situation, politiques et journalistes s’amusent également dans la métaphore de la dette. Dernier exemple en date : un journaliste de France 2 a dépeint la dette comme un appartement de 7 étages avec les plus riches au rez-de-chaussée (France, Allemagne et toute la clique) et avec un grenier où le soleil rayonne mais dont la structure n’est plus entretenue et le loyer reste impayé… Ouah ! On comprend mieux dis donc ! Comme si on n’était pas capable d’analyser tous seuls la situation de la Grèce, de l’Italie ou du Portugal… Bah, voyons !

Passée cette parenthèse, la campagne présidentielle s’annonce donc moins passionnante dans le fond que les précédentes avec ce sujet qui prédomine et s’accompagne du fédéralisme économique européen et de la rigueur dans les prochaines années. Mais dans le fond, on risque toujours d’avoir des beaux discours et de belles envolées lyriques. C’est comme dans un mauvais film américain. Le scénario est sans intérêt mais on balance effets spéciaux et séquences d’actions à gogo pour faire baver le spectateur. Ah mince, la métaphore est, elle aussi, sortie de ma bouche… Au moins, elle sera assez claire pour dire que les électeurs iront voter dans les urnes pour un candidat qui ne devra pas être trop utopiste ou idéaliste. Après, ce sera à vous de faire votre choix, dette ou pas dette.

Edouard Daniel
Fondateur et directeur de publication de la revue Brest Mag’

Crédit photo : Flickr CC vectorportal

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