2012 est a vous

Le mauvais calcul de Benoit Hamon

Ne nous attardons pas sur le premier débat des Primaires sur France 2 jeudi soir. Deux adjectifs quand même. Réussi et ennuyeux. Aucun vainqueur, aucune victime à signaler. A l’exception de quelques menues passes d’armes entre Aubry et Hollande, les candidats ont su rester courtois. Valls et Montebourg ont fait du bon Valls et du bon Montebourg. Ségolène Royal très en retrait. Baylet inutile et sympathique. Aubry pugnace et incisive. Hollande, en favori, dans une posture assez arrogante, déjà très présidentielle. Chacun y trouvera son compte. Je reparlerai de ces six-là.

Un porte parole absent donc remarqué ?

Cette semaine, évoquons plutôt un absent. Benoit Hamon. Le porte-parole du parti n’est pas candidat à la primaire. Il nous manque un peu, Benoit. Sa cote de sympathie aurait fait de lui un bon prétendant. Depuis 2008, il a rénové l’aile gauche du parti. Le fondateur du MJS incarne si bien cette jeunesse anachronique qui rêve encore du Programme Commun à l’heure de la mondialisation effrénée.

Alors, pourquoi n’est-il pas candidat ? Comme souvent avec les socialistes, il faut remonter aux sombres heures du congrès de Reims pour comprendre. A Reims, Hamon, arrivé troisième, se rallie à Aubry pour faire barrage à l’ambition de Royal. Il engage alors l’aile gauche (à l’exception du camarade Mélenchon, parti tenter une carrière solo et phagocyter le PCF) dans une alliance contre-nature avec les strauss-kahniens. Sous le patronage consensuel de Martine.

Le Breton devient porte-parole du parti. Il se voit offrir une tribune. Il se mue en conscience de gauche de Martine Aubry. Il entend mener la croisade de l’intérieur. Soutenir Martine pour la forcer à maintenir le cap à gauche. Quand le pacte de Marrakech explose et que Martine Aubry consent à se présenter, Hamon (qui préparait sa candidature dans l’hypothèse DSK) s’efface naturellement. Il affiche d’abord un soupçon de neutralité, avant de se rallier ouvertement à Aubry. Pour peser davantage.

La posture fragile de l’alibi de gauche du PS

Mauvais calcul. Pour trois raisons. La première, c’est qu’il n’a pas forcément misé sur le bon cheval. Une dynamique François Hollande semble se dégager dans l’opinion, et les efforts désespérés de Hamon pour créer un clivage ne semblent pas suivis d’effets. Mais restons prudents.

La deuxième, c’est que si Martine Aubry est élue présidente de la République, elle devra trancher. Trancher entre deux conceptions de l’économie qui ne pourront plus s’exprimer concurremment dans un parti au pouvoir. Disons-le clairement : au-delà des postures politiciennes, Martine Aubry n’est pas plus à gauche que François Hollande. N’oublions pas que Martine Aubry gouverne avec le MoDem à Lille. N’oublions pas non plus que Martine Aubry, qui surfe sur l’image des 35 heures, avait déclaré en 1991 ne pas croire « qu’une mesure générale de diminution du temps de travail créerait des emplois ». En 1998, elle s’y était finalement laissée convaincre par… DSK. Et puis la crise de la dette, omniprésente, remet au goût du jour les discours de rigueur. Au pouvoir, le PS achèvera sa mue sociale-démocrate.

La dernière raison, c’est que Benoit Hamon risque fort de perdre son leadership à la gauche des socialistes. Déjà, le cowboy solitaire Montebourg prend de la place. En pleine lumière, il s’approprie avec talent la thématique tendance de « démondialisation », lui donnant des accents agrariens et patriotes du plus bel effet. Il ne gagnera pas la primaire, mais il marque des points. A l’heure où la gauche du PS devra se restructurer, et peut-être rejoindre Mélenchon, à qui fera-t-on confiance pour guider le navire ? Le chevalier blanc ou l’alibi de gauche de Martine Aubry ?

Nicolas Davila
Chef du service politique de Sciences Po TV, la télé des élèves. Suivez-le sur Twitter @sciencespotv

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Commentaires

3 Commentaires to “Le mauvais calcul de Benoit Hamon”
  1. Mais de quoi parle t-on ? C’est quoi la politique ? On dirait que dans ce post tout est joué… NON ! Rien ne dit que tout changer, que les sondeurs se gourent complet comme à la primaire écologiste. Si ça se trouve 8 millions de français voteront contre même pas la moitié attendue. Benoît Hamon n’a pas perdu sa place à priori. Porte-parole du PS, il pourrait devenir porte-parole du gouvernement…

    L’alliance des gauches ne passera surement pas par Manuel Valls, et je doute qu’elle passe avec François Hollande. Une fois de plus, les anti-capitalistes et les femmes sont les seules clés semble t-il…

    Et moi aussi je n’aime pas l’arrogance de François Hollande ^^

  2. Bon. C’est un édito. Je commente la vie politique, j’analyse (évidemment c’est subjectif) mais je ne suis pas engagé en politique et je n’exprime pas mes souhaits.
    Ce n’est visiblement pas ton cas; nous n’avons pas la même démarche.

    Je n’ai jamais dit que tout était joué. Aucunement. Surtout pas quant à la défaite annoncée de Martine Aubry…

    Mon propos, c’est de dire que Martine Aubry au pouvoir mènerait la même politique sociale-démocrate et responsable que Zapatero ou Schröder. Que l’alliance des gauches dont tu parles ne sert qu’à gagner une élection.
    Que deux conceptions de l’économie, ce n’est pas tenable dans le même parti, et que certains représentants de l’aile gauche auraient plus leur place dans un parti de Gauche minoritaire à la Die Linke.
    Que Benoit Hamon a tort de croire qu’il pourra faire nager le PS à contre-courant.

    Quand à l’argument: « c’est une femme », je trouve ça vraiment creux, voire dangereux.

    Sinon, suivez Sciences Po TV sur Facebook: http://www.facebook.com/scpotv

  3. Farell dit :

    Quand on sait que Benoît Hamon était jeune rocardien au début des années 90, j’aurais presque envie d’ajouter qu’il n’est pas plus à gauche que Martine Aubry et François Hollande :) Au-delà de la pirouette, très bon article.

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