Cheveux coiffés à la Justin Bieber qui volent au vent. Boutons d’acné qui pullulent sur le nez. Voix en pleine mutation qui ne comprend pas ce qu’elle dit. Voilà aujourd’hui l’image, le cliché qui nous collent, à nous, jeunes.
Le marketing, la publicité, le marché, les médias parfois, défendant leurs intérêts - financiers la plupart du temps -, essaient de nous en convaincre et y arrivent, c’est là le drame : il y a une espèce jeune, qui pense de manière uniforme, qui se comporte de manière uniforme, qui parle de manière uniforme, qui consomme de manière uniforme.

L’espèce jeune n’existe pas

Ou bien le Jeune est idéalisé, érigé en valeur suprême et nous tombons dans cet excès : le jeunisme ; ou bien il est dénigré et nous voyons sur des chaînes de télévision “choc”, des reportages “choc”, où le Jeune voit son nom accolé aux mots “choc” de “violence”, “drogue”, “suicide”, “délinquance”…

Mais battons-nous contre cette image.

Non ! la jeunesse n’est pas un seul bloc, un monolithe, un troupeau ; une grande diversité dans les opinions existe parmi nous : nous débattons, nous échangeons, nous nous disputons sur des sujets de politique, de société, d’actualité.

Non ! nous ne vivons pas dans le désintérêt du monde qui nous entoure, une main sur la manette de jeu vidéo et l’autre qui envoie un texto ; nous pensons, nous réfléchissons. Nous réfléchissons sans être partisans, en toute indépendance.
Non ! Le Jeune n’existe pas : il n’y a que des jeunes.

Entre jeunisme et dénigrement

Il appartient à ce blog, me semble-t-il, de démentir de fausses images, de montrer le produit de réflexions abouties, de montrer des débats, de montrer nos désaccords, nos humeurs. Et un regard neuf. La présidentielle 2012 sera, je l’espère, l’occasion de faire valoir ce que nous sommes vraiment. Mais prenons garde… Prenons garde car les candidats de différents bords politiques tendent, dès ce début de campagne, à utiliser l’image faussée du Jeune - dénigrante ou idéalisante - à des fins électorales.

Première dérive : le jeunisme. Voyons par exemple la candidate Christine Boutin, présidente du Parti Chrétien Démocrate, comique à ses dépens, qui disait, avec un anglais approximatif, au journal de 20 heures de TF1 : “Vous savez, il y a une chanson très à la mode en ce moment I got a feeling. Eh bien j’ai le sentiment que je vais faire une très très bonne campagne…” ; ou bien Martine Aubry qui cite, lors d’un discours avec le Mouvement des Jeunes Socialistes, le rappeur Kool Shen : “Ces vies qui te rappellent que chaque jour, c’est les play off”… Kool Shen dont elle ne connaissait visiblement rien comme l’ont montrées les malicieuses caméras du Petit Journal de Canal +.

Voilà comment, par un parler qui se veut jeune, les différents candidats, aiguillés par de mauvais conseillers en communication probablement sexagénaires se ridiculisent et pensent s’accaparer l’électorat jeune. Poudre aux yeux ! C’est là vraiment nous prendre pour des imbéciles !

Deuxième dérive : dénigrer la jeunesse, la montrer comme un monstre qui fait peur, qui doit faire peur. C’est là un travail dans lequel la majorité présidentielle excelle ! J’en veux pour exemple très concret une intervention télévisée de Rachida Dati, alors ministre de la Justice, qui accumule le 16 octobre 2008 dans l’émission À vous de juger, les fausses affirmations : “Les résultats, dit-elle, sont là : la délinquance a fortement baissé. Et en même temps, alors qu’on a une réponse beaucoup plus ferme sur les mineurs délinquants, la délinquance des mineurs continue d’augmenter.” ou encore “Des mineurs délinquants, c’est des violeurs, des gens qui commettent des enlèvements, des trafics de produits stupéfiants, qui brûlent des bus dans lesquels il y a des personnes.”

Eric Ciotti, secrétaire national de l’UMP en charge de la sécurité, dans une interview du 20 janvier 2010, de surenchérir : “La violence des mineurs [il ne précise pas lesquels ! tous les jeunes sont visés, ils sont tous mis dans un même paquet !], c’est un fléau.” Et voilà comment en jouant sur les peurs des français, en jouant sur les mots, sur les chiffres, en terrifiant la “ménagère de moins de 50 ans”, en dressant une génération contre une autre, la majorité présidentielle compte récupérer des électeurs pour 2012 !

Pas de lutte des classes d’âges

La gauche comme la droite inventent leur prototype du Jeune : certes, il n’est pas le même selon qu’on se place à l’UMP ou au PS… Pour les premiers, un jeune, c’est un voyou encapuchonné qui vous attend à la sortie de votre immeuble pour vous passer à tabac ; pour les seconds, c’est un être formidable qui ne fait que des choses formidables, même quand elles sont médiocres ! Mais nous arrivons dans les deux cas à la même conclusion, le Jeune est un être à part, une race à part. Et dans les deux cas, les jeunes sont finalement méprisés, pointés du doigt comme des animaux que l’on regarde dans leur cage.

Tout cela ne présage rien de bon pour la représentation qui sera donnée, par les candidats, de la jeunesse dans le débat pour la présidentielle. Il me semble que cela ne peut mener qu’à une chose : monter les générations les unes contre les autres, avec une jeunesse - si elle se laisse prendre au jeu - qui mépriserait les plus vieux, et des “seniors” qui craindraient leurs petits-enfants. Je pense que l’enjeu est au contraire de renouer des liens entre les âges…

A cet égard, une proposition de François Hollande me paraît tout à fait louable : il voudrait en effet mettre en place ce qu’il appelle un “contrat de génération”. Pour aller vite, cela consisterait à ce que dans une entreprise l’employeur embauche un jeune de moins de 30 ans en le formant pendant cinq ans dans cette même entreprise par un autre salarié de plus de 55 ans. Ce dispositif serait favorable pour l’entreprise exonérée de cotisations sociales pour le jeune pendant la durée de ce contrat, favorable pour le “senior” qui ne connaîtrait pas une retraite anticipée et favorable pour le jeune, bien sûr, qui ne vivrait pas la désormais trop systématique case “précarité”. Proposition qui pourrait, à mon humble avis, être une piste pour d’autres. Ça n’est pas en stigmatisant les jeunes que la politique parviendra à le ramener à elle mais en renouant son lien avec les autres générations. Pour une France qui ne vive pas dans une lutte des classes… d’âge.

Raphaël Gautier, lycéen, rédacteur en chef de “L’Oeil du Dragon”, Lycée Edouard Herriot, Lyon.
Sources photos :
http://stopauxcliches.fr/
http://www.martineaubry.fr/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:%C3%89ric_Ciotti_(2).jpg
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