Dominique Strauss-Kahn s’exprimera cette semaine dans les médias. A en croire Anne Hommel, sa fidèle conseillère en communication, présente dimanche dernier à Roissy pour le retour du patron. Le timing est parfait. Une semaine après son arrivée tumultueuse place des Vosges, pour donner le sentiment de prendre du recul et gagner en humanité. Sans doute ce week-end, quelques jours après le premier débat des primaires.Alors qu’aucune chaine n’a encore officiellement décroché le Graal (la rumeur la plus persistante évoquait le 20h de Claire Chazal, proche d’Anne Sinclair), les mousquetaires de DSK préparent son intervention, notent scrupuleusement les mots justes et les silences de rigueur.

Cette semaine, Dominique Strauss-Kahn s’excusera auprès des Français qui ont cru en lui, comme il l’avait fait auprès de son staff du FMI. Dans son intervention, il faudra chercher les mots erreur, épreuve, terrible, injuste.

Cette semaine, Dominique Strauss-Kahn ne donnera aucun détail sordide sur le « rapport sexuel hâtif » qu’il a entretenu avec Nafissatou Diallo dans la suite 2806 du Sofitel. On en sait déjà trop.

Cette semaine, Dominique Strauss-Kahn ne devrait pas se positionner dans l’arène des primaires. Trop tard, trop risqué. Quant à Martine Aubry, pressée par Benoit Hamon et sa collaboratrice féministe Caroline de Haas, elle a pris ses jambes à son cou. La maire de Lille fait feu de tout bois pour faire oublier Marrakech, faire oublier qu’elle aurait volontiers troqué la course à l’Elysée pour le calme de la rue de Valois, faire oublier sa réaction maladroite à l’annonce de l’abandon des charges.

Cette semaine, Dominique Strauss-Kahn ne devrait pas dire grand-chose. Faire un tour de piste médiatique avant de retrouver son mutisme. Laisser l’inconscient des Français s’imprégner de l’image d’un homme ému et blessé.

Et maintenant ?

On imagine mal le personnage se contenter d’un rôle dans l’ombre, se retirer de la vie politique ou reprendre ses cours à Sciences Po. Ses fidèles, éparpillés chez Aubry (Cambadélis, Mazetier) ou chez Hollande (Moscovici, Le Guen) tenteront probablement d’organiser son atterrissage dans la grande campagne. D’autant qu’il dispose d’une stature internationale qui fait cruellement défaut aux candidats socialistes en ces temps de crise.

Restera à savoir si la stratégie d’Anne Hommel aura suffi à effacer le Sofitel, les menottes, les prostituées de luxe et le loyer à 50.000 dollars. Dans une campagne qui s’annonce violente, Dominique Strauss-Kahn sera une cible facile pour la droite. Parce qu’il a incarné pendant trois mois l’attitude obscène et décomplexée des élites, poussée à son paroxysme. Une version hard du Fouquet’s et du yacht de Bolloré. La composante misogyne en prime.

Dominique Strauss-Kahn est une bombe à retardement pour le Parti Socialiste. François Hollande et Martine Aubry devront la désamorcer en douceur.

Nicolas Davila, étudiant, chef du service politique de Sciences Po TV, la télé des élèves.

Share and Enjoy:
  • Facebook
  • TwitThis