Staline – côté vie privée

Privet!

Aujourd’hui, petits chanceux, on va parler de la vie privée de Joseph. La question était : « Comment mourut la (2ème) femme de Joseph Staline ? » et la réponse était qu’elle s’est suicidée – youhou !

Kato et Koba

Vous vous souvenez forcément de Staline, vu et revu au programme d’Histoire au collège / lycée :

  • 1917: en février, Révolution qui renverse le tsar, puis, en octobre*Révolution bolchévique
  • 1924mort de Lénine, ce héros, ce « pur » que tout le monde aimait (enfin, surtout par rapport à Staline)
  • 1922-1953: Staline est Secrétaire général du Parti CommunisteEt là, c’est globalement pas trop la fête.

Staline n’était pas un tendre – ses 35 000 morts dans les Grandes Purges, son million de morts au goulag, ses millions de populations déportées, ses 2,5 à 5 millions de morts dans la famine « Holodomor[1] » en Ukraine, etc, etc – bref, ses 3 à 20 millions de morts (en fonction des estimations) hors Seconde Guerre Mondiale sont là pour en témoigner. D’ailleurs, en troquant son vrai nom, Joseph V. Djougachvili, pour « Staline » (= « Homme d’acier»), il avait prévenu.

Mais là où Staline est cohérent, c’est qu’il fut dans sa vie privée exactement aussi horrible qu’en tant qu’homme politique.

 

I. Staline : un homme dur à l’enfance dure :

Staline, né en 1878, eut une enfance particulièrement rude en Géorgie : son père, cordonnier, alcoolique et brutalbattait femme et fils – et les abandonna quand Joseph n’avait que 5 ans. Sa mère, couturière, pieuse orthodoxe, l’incita à rentrer auséminaire – mais il en sortit à 20 ans, athée et communiste.

De 1899 à 1917, afin de financer le jeune et clandestin parti bolchévique, Joseph Djougachvili, aka « Koba » (= l’« Ours ») participa à de nombreux hold-ups (qui viraient parfois au massacre) et fut sans cesse arrêté et déporté en Sibérie – mais s’évadait à chaque fois. (Oui: cet homme, qui devint un des plus puissants de la planète, a débuté en tant que braqueur de banques & criminel évadé. C’est officiel : le crime paie.)

  • Le mariage romantique : le couple Bonnie and Clyde:

Kato et KobaLe seul élément de douceur dans cette vie de cavales, de prison et de crimes était « Kato », son grand amour. Rencontrée dès 1902, cette belle jeune fille avait la même foi, le même métier et le même prénom que sa mère : il se maria religieusement avec elle, à 2h du matin, une nuit de 1906 où il était en fuite. Gangsta lover. Mais Kato, malade, mourut malheureusement un an plus tard : Staline aurait confié à un ami, pendant l’enterrement, que « son cœur se fermait à tout jamais ». Cette phrase est peut-être apocryphe – mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’y eut en effet plus beaucoup de traces de douceur dans sa vie ultérieure.

Ainsi, malgré les étroites relations que Staline entretait avec cette belle-famille, il finit par les faire tous déporter et exécuter pendant les Grandes Purges (Moralité : quand Staline dit que son cœur s’est fermé, il ne plaisante pas).

  • Le mariage pas du tout romantique : Joseph devient Staline

Joseph et NadiaEn 1917, libéré après 4 ans de Sibérie, Staline emporta Nadia, fille d’une de ses anciennes maîtresses (elle avait 16 ans et lui 41) à Moscou. Il l’aurait violée dans le train; en tout cas, il la plaça comme secrétaire de Lénine et il l’épousa en 1920

=> Grâce à elle, il obtenait des renseignements sur les positions de son chef, qui ignorait leur lien secret… :  il pouvait ainsi prôner les bonnes positions politiques au bon moment. Rusé.

II. Staline, le cœur d’acier

  1. Le mâle alpha paranoïaque

Dans la vie privée, Staline, méfiant et paranoïaque, s’efforçait d’être incernable pour mieux cerner les autres. Une de ses occupations favorites, qui fut un important levier de son pouvoir, était d’ailleurs d’obliger ses convives à porter ses toasts jusqu’à ce qu’ils soient tout à fait soûls : comme il résistait beaucoup mieux que les autres à l’alcool – Staline restait debout le dernier quand tous les autres roulaient sous la table[2] et faisait d’une pierre deux coups : il affirmait son statut de chef et remportait les décisions (puisqu’en Russie, c’était lors des banquets que se réglait l’essentiel des questions politiques)

(Du coup, dire à quelqu’un qu’il tient l’alcool comme un Staline est à peu près le seul compliment qu’il soit possible de faire par comparaison avec lui)

  1. Staline en famille :

Staline avait avec les femmes et sa famille exactement la même attitude du mâle alpha, brutal et grossier :

  • Son mariage avec Nadia ne fut pas heureux: femme austère, trompée et méprisée par son mari, surveillée par la police politique, elle sombra rapidement dans la dépression. Le jour du 15ème anniversaire de la Révolution d’octobre, en 1932, elle se disputa en public avec Staline et quitta le banquet. Apprenant, une fois dans sa chambre, qu’il était parti rejoindre une autre femme, elle rédigea une dure lettre de reproches intitulée Merci pour ce moment qui a malheureusement disparu (elle contenait vraisemblablement également des reproches politiques) – et se tira une balle dans le cœur.
  • Après cette mort bien sûr déguisée en maladie, Staline chercha à séduire la sœur de la défunte. Cette petite sotte eut la mauvaise idée de décliner ses avances : heureusement, elle fut vite déportée en Sibérie, pour lui apprendre à vivre.
  • Finalement, réalisant que la meilleure femme au monde est en fait une bonne femme de ménage, Staline passa les quinze dernières années de sa vie avec sa gouvernante, qui repassait ET pliait très bien les chemises – ce dont il était très fier.Une vraie femme quoi.

Enfin, il eut avec son fils aîné, Iakov (né  de son amour avec la belle Kato) une attitude paternelle – justifiant son surnom de “Petit Père des Peuples” (ou pas)

  • Un jour, celui-ci présenta sa fiancée à son père – Staline l’insulta et la jeune fille s’enfuit en pleuranPetit Pèret. Resté seul, Iakov se tira une balle dans la tête – mais on rassura Staline : son fils n’était que blessé. Staline, attendrissant comme un bébé panda, commenta : « Il ne peut rien faire correctement. Dire qu’il n’a même pas pu viser juste, je ne peux rien avoir en commun avec lui. »
  • Dix ans plus tard, pendant la guerre, les Nazis firent prisonnier Iakov puis proposèrent de l’échanger contre le général Paulus (vous savez, le grand général de Stalingrad). Staline, pas fou, refusa (« Un lieutenant ne vaut pas un général»).
  • Iakov se suicida en se jetant contre les barbelés électriques de son camp de prisonniers.

Bref, la phrase qui résume le mieux cette charmante ambiance vient de la fille de Staline (qui émigra aux USA) : « C’est comme si mon père était au centre d’un cercle noir, et quiconque s’aventurait à l’intérieur disparaissait ou périssait. ». Vous voyez, vous adorez votre famille tout à coup.

La question du jour bonjour est un sujet plus léger : « A quel roi de France Marie Stuart fut-elle mariée ? »

Je porte un toast de vodka pure à votre santé,

Aude

*Oui, dans A la poursuite d’Octobre rouge, le sous-marin soviétique est nommé en cet honneur

[1] Littéralement, en ukrainien, « tué par la faim » : Holodomor est une famine qui aurait pu être évitée et que Staline n’a pas cherché à prévenir (si bien que les Ukrainiens l’ont accusé de génocide)

[2] NB : Sa résistance à l’alcool est si extraordinaire d’ailleurs que je l’ai toujours soupçonné d’avoir troqué sa vodka par de l’eau – et, justement, je viens de découvrir qu’un diplomate français disait l’avoir constaté.

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