Laeticia Hallyday ou « le fantasme de la méchante marâtre »

méchante reine

« Il était une fois un Gentilhomme qui épousa en secondes noces une femme, la plus hautaine et la plus fière qu’on eût jamais vue. Elle avait deux filles de son humeur, et qui lui ressemblaient en toutes choses. Le Mari avait de son côté une jeune fille, mais d’une douceur et d’une bonté sans exemple ; elle tenait cela de sa Mère, qui était la meilleure personne du monde. Les noces ne furent pas plus tôt faites, que la Belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur; elle ne put souffrir les bonnes qualités de cette jeune enfant, qui rendaient ses filles encore plus haïssables. »

C’est ainsi que commence le conte Cendrillon de Charles Perrault, ce qui rappelle furieusement un conte contemporain celui-là. On pourrait presque lire: « il était une fois un gentil Johnny qui épousa en troisième – ou quatrième ou cinquième – noces, une femme, la plus hautaine et la plus fière qu’on eût jamais vue…Le père avait de son côte deux enfants, Laura et David… » C’est à peu près ce qu’on comprend, au travers de ce roman familial, de ce feuilleton, même, qui nous est raconté depuis plusieurs semaines, avec dans le rôle de la méchante marâtre, Laetitia. Ainsi, Nathalie Baye a-t-elle pu déclarer dans un entretien au journal Le Figaro (du 05/03/2018):

Disney-Adultes-sexy-Reine-Sorciere-01Malheureusement, les aînés étaient les bêtes noires de leur belle-mère. Johnny en a beaucoup souffert, David et Laura aussi. Il y avait l’apparence, photos familiales à l’appui, mais la réalité était beaucoup moins gracieuse. » 

« Les bêtes noires de leur belle-mère »: comme Cendrillon. Comme Blanche-neige aussi (dont la pure blancheur s’oppose à la « noirceur » de sa marâtre):

« Au bout d’un an, le roi prit une autre femme qui était très belle, mais si fière et si orgueilleuse de sa beauté qu’elle ne pouvait supporter qu’une autre la surpassât. Elle possédait un miroir magique avec lequel elle parlait quand elle allait s’y contempler: Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume, Qui est la femme la plus belle ? »

Mais pourquoi donc l’héritage de Johnny passionne-t-il les foules ou du moins, les médias? Certes, C’est d’abord que Johnny Hallyday était lui-même très populaire, et que ses funérailles elles-mêmes ont réuni un monde qu’on n’avait pas vu depuis la victoire de l’équipe de France à la coupe du monde de football en 1998. Mais c’est peut-être aussi que dans cette histoire, on retrouve tous les ingrédients des contes de fées. La question n’est pas tellement de savoir si Laetitia Hallyday est vraiment la méchante. De toute façon, c’est une histoire. En tout cas, elle est présentée comme la marâtre de tous les contes de fées, pendant que David et Laetitia évoquent Hansel et Gretel, rejetés par leurs pauvres parents – leur méchante mère, surtout – et se retrouve dans la maison en pain d’épice de l’ogresse…c’est à peu près la même chose: les deux enfants sont abandonnés par leurs parents qui n’ont plus les moyens de les nourrir, et dans notre conte contemporain, ils sont déshérités, abandonnés. Enfin, et surtout, la plupart ds contes de fées commencent, eux aussi, avec la mort d’un père – ou d’une mère. Et ce sont sans doute toutes ces dimensions, disons, « féériques » qui passionnent les foules.

bettelheimIl faut dire que les contes de fées parlent tout autant à notre mémoire qu’à notre inconscient collectif. Nos avons tous le souvenir de ces histoires qui, d’après Bruno Bettelheim, dans sa fameuse Psychanalyse des contes de fées, se caractérisent par leur côté « manichéen ». Comme dans l’histoire de « l’héritage de Johnny », « le conte de fées simplifie toutes les situations. Ses personnages sont nettement dessinés ».

« Dans pratiquement tous les contes de fées, le bien et le mal sont matérialisés par des personnages »

Le bien et le mal sont clairement définis, parce que l’enfant est précisément à l’âge où il doit apprendre à faire ces distinctions. Alors, dans l’histoire de Johnny, comme dans tous els pays, il faut des méchants et des gentils…

Mais si ces histoires intéressent tant les enfants, c’est surtout qu’elles leur permettent de se confronter à leurs sentiments pas toujours reluisants, et à régler leurs conflits intérieurs, à commencer par le fameux complexe d’Œdipe. La figure de la reine – ou de la belle-mère – jalouse « permet à l’enfant de comprendre qu’il est jaloux de ses parents » et « qu’il ne doit pas avoir peur de la jalousie parentale, parce qu’il réussira à survivre, malgré les complications que ces sentiments peuvent créer momentanément. « 

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Dans l’un de ses chapitres, Bruno Bettelheim évoque en particulier « le fantasme de la méchante marâtre », vous savez cette fameuse « belle-mère » qui fait de Laura et David ses « bêtes noires ». En fait, il s’agit plutôt d’un fantasme, parce que c’est l’enfant lui-même qui peut entretenir des sentiments ambivalents envers sa mère – ou son père. Il lui arrive notamment d’être en colère contre ses parents – parce qu’ils le grondent, qu’ils le punissent injustement, etc. Alors, le meilleur moyen de ressentir sa colère sans « culpabiliser », c’est de scinder sa mère en deux figures distinctes: la bonne mère (souvent décédée) et « la méchante marâtre » qui, l’espace d’un moment, a remplacé la vraie mère.

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Ainsi, les contes de fées en général résonnent dans la mémoire et la conscience de chacun, et c’est peut-être ce qui explique la popularité du roman familial des Hallyday, qui a tout d’un conte de fées.

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