Game of Thrones: fallait-il regarder les épisodes qui ont fuité?

Philosophie de Game of thrones, épisode 4

BA S5

« – Vous avez vu le premier épisode de la saison 5? Moi, j’ai vu les 4 premiers… » Moi je, moi je…

Au moment de la diffusion « mondiale » du premier épisode de la saison 5 de Game of Thrones, on apprenait que les 4 premiers épisodes avaient « fuité » – d’un verbe qui était apparu dans la première édition du Dico des mots qui n’existent pas…A partir de là, toute la question est de savoir quel peut être l’intérêt de regarder ces fameux 4 épisodes. Et mine de rien, ça revient à s’interroger sur la place que doit prendre le désir dans notre vie.

Vous me direz: mais enfin, c’est évident! Tout le monde était impatient de voir cette nouvelle saison, alors, si on peut voir 4 épisodes plutôt qu’un, c’est tant mieux! Et c’est d’autant plus vrai quand il s’agit d’une série à « spoiler », qui repose sur les surprises et les coups de théâtre; ou personne ne veut savoir avant d’avoir vu, et où le jeu, finalement, c’est d’être le premier à savoir, et pourquoi pas, gâcher un peu le plaisir des autres. Le Gorafi a encore fait une bonne blague là-dessus!

Le GORAFI

Le GORAFI

Bien sûr…l’intérêt, c’est de répondre à une attente, de combler un manque, bref, de satisfaire un désir. Le désir, c’est bien un sentiment de manque: par définition, on désire ce qu’on n’a pas et du coup, on cherche à l’obtenir. Pourquoi désire-t-on quelque chose ? Parce qu’on pense qu’on en tirera du plaisir. Mais en attendant, tant qu’on ne l’a pas, c’est plus ou moins insupportable. D’ailleurs, Platon compare le désir à une maladie de peau qui démange:

« Et d’abord, dis-moi si c’est vivre heureux, quand on a la gale et envie de se gratter, de se gratter à son aise et de passer sa vie à se gratter. »

Platon, Gorgias, 494c

Apparemment, on désire ne plus désirer, comme on se gratte pour se soulager de la démangeaison, comme on regarde 4 épisodes de Game of Thrones pour ne plus avoir à en attendre que 6 – et se rapprocher un peu plus du fameux épisode 9 de chaque saison. Le désir, en bref, on s’en passerait bien. D’ailleurs, ça ne sert pas à grand chose: tant qu’on n’a pas ce qu’on veut, on est frustré, et si on l’a, on peut être déçu. Ce qui est normal: on a tellement attendu qu’on en attendait beaucoup, et du coup, la réalité est forcément décevante. Il vaudrait mieux tout voir et tout avoir sans attendre.

En même temps, si on ne peut être que déçu par la réalisation d’un désir, c’est peut-être parce que, comme disait Rousseau, « on jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère »: c’est le désir lui-même qui fait le charme ou l’intérêt. Les producteurs eux-mêmes l’ont bien compris, qui s’emploient à entretenir le désir, comme avec ces fameux trailers de Star Wars qui nous distillent des images au compte-goûte.

Star-Wars-1280

C’était bien là toute la philosophie de Dom Juan, qui préfère la chasse à la capture, et la conquête à la victoire. Le moment le plus plaisant, et le plus grisant de la vie, c’est plutôt quand on sent l’imminence de la satisfaction qui n’est pas encore arrivée. Une fois le désir satisfait, il n’y a plus grand chose à attendre, ni à espérer.

Une fois qu’on a vu les fameux 4 épisodes de la saison 5 de Game of Thrones, on fait quoi? On n’a plus rien à attendre, ni à désirer. Chercher à satisfaire trop vite son désir, c’est quand même se gâcher une part du plaisir. Et de toute façon, il faudra bien à attendre un mois pour voir l’épisode 5…

« Malheur à qui n’a plus rien à désirer! »

Rousseau, La Nouvelle Héloïse.

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