Tuilage

Tuilage n. m. passage de témoin

« Le successeur de Martine Chauvin, Yves Le Chanu, a pris officiellement ses fonctions début mars, après trois petites semaines de « tuilage » bien nécessaire. » Le Télégramme, 11/03/2015

tuile

Sur un toit, les tuiles se chevauchent. La nouvelle tuile repose sur la précédente, ce qui assure physiquement la continuité de la fonction : éviter que des trucs passent à travers le toit. Si les tuiles ne se chevauchaient pas, il y aurait un trou, donc une discontinuité de la fonction, et on se prendrait toute l’eau sur le coin de la figure à chaque fois qu’il pleut.

1. Dans le monde professionnel, le tuilage obéit exactement au même principe. On assure la continuité de la fonction de celui qui quitte son poste par une période de chevauchement entre la prise de fonction de successeur et son départ effectif. Dans cette période de tuilage, le nouveau venu peut donc se reposer sur l’expérience de l’ancien, vérifier qu’il arrive bien à lire ce qui est écrit dans son carnet d’adresse, et surtout être bien formé.

mesaieuxenfamille2. En musique, le tuilage consiste également en un chevauchement, quand un soliste commence sa partie en superposition de la fin de la partie du soliste précédent, un peu comme dans la chanson Le repos du guerrier de Mes Aïeux.

3. En franc-maçonnerie, le tuilage est aussi un rituel destiné à vérifier que celui qui veut rentrer dans le temple est bientuileur franc-maçon. Un genre de QCM, avec des questions comme « Je suis le maître des clés, êtes-vous le cerbère de la porte ? ». Et là, on ne voit plus bien le rapport. Le frère chargé de cet interrogatoire est appelé tuileur, celui, donc, qui utilise une tuile. L’explication réside sans doute dans le fait que celui-ci, du moins au XVIIIe siècle, « délivre les convocations à domicile et trace le tableau de loge à la craie ». Or, Le Littré nous le confirme, le tuileau qui n’est plus connu aujourd’hui que comme « un fragment de tuile » (Le Petit Robert) désignait autrefois une « variété de craie plus lâche et plus poreuse que la craie blanche ». À moins que, plus simplement, le tuileur ne soit appelé ainsi que parce que, en filtrant les entrées par son interrogatoire, il protège, ou couvre, la loge. D’où la blague maçonnique bien connue : « Tiens, dis-donc, j’ai vu le tuileur, il m’a parlé de toi(t)« .

Le dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même) – Edition 2015 remastérisée, aux éditions Omnibus

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