Mais pourquoi voulez-vous travailler le dimanche?

Edward Hopper, Excursion into philosophy, 1959 (collection privée

Edward Hopper, Excursion into philosophy, 1959 (collection privée

N’avez-vous jamais éprouvé ce cafard du dimanche après-midi, quand la tombée de la nuit annonce la fin du week-end et le retour à la « dure réalité »: le travail ? Apparemment, l’idéal, ce serait de ne jamais travailler, comme l’indique d’ailleurs l’étymologie bien connue du mot « travail »: tripalium, du nom d’un « instrument de torture » utilisé pour ferrer les chevaux. Toute la semaine, on n’attend qu’une chose: le week-end, pour pouvoir se reposer. Et toute sa vie, on attend la retraite. Quand nous travaillons, notre seul but, ou du moins, notre seule perspective, ce serait de ne plus travailler et de nous « reposer » pendant ce jour « béni » du dimanche qui est aussi inscrit à l’agenda de Dieu:

« Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait alors chômé après tout son ouvrager de création. »

Genèse, 2,3.

Et pourtant, à partir de lundi 26 janvier et pour toute la semaine, la fameuse loi Macron est examinée par l’Assemblée nationale, avec, entre autre mesure-phare, le fameux travail du dimanche que, paraît-il, beaucoup réclament comme un droit, une liberté supplémentaires. Question simple, alors: si l’idée même de retourner au travail nous déprime autant, pourquoi vouloir aussi travailler le dimanche ? Pourquoi faire ressembler le dimanche à tous les autres jours de la semaine, en renonçant ainsi au temps de repos « béni »?

macron

Manifestement, on n’aime pas le dimanche et le repos.

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »

Pascal, Pensées, 139.

Blaise Pascal (1623-1662)

Blaise Pascal (1623-1662)

En fait, l’idée de nous retrouver dans des rues désertes, sans rien à faire ne nous plaît pas beaucoup. C’est bien pour ça qu’on voudrait voir les magasins ouverts, manière de s’offrir un énième « bain de foule » le jour où l’on pourrait se retrouver un peu au calme pour penser à son avenir. Mais pourquoi donc? C’est que les soucis du boulot, le stress des transports et les foules du samedi, en nous occupant l’esprit, nous évitent de penser, justement. Le dimanche, au fond, on s’ennuie. Et qu’est-ce que l’ennui? D’après Pascal, c’est justement le temps de repos durant lequel on n’a aucun sujet de préoccupation, aucun souci, si bien qu’on en vient à penser à son avenir, ce qui nous ramène assez vite à l’absurdité de la vie: quand on s’ennuie, on sent que le temps passe, et finalement, qu’on va mourir, alors que le reste de la semaine, on fait tous les efforts du monde pour ne pas y penser, et on y arrive très bien. Si on veut à tout prix travailler le dimanche, c’est pour échapper à ce moment de pause et de réflexion. Les dimanches qui ressembleraient à tous les autres jours, les courses et les magasins, ce serait l’occasion de se distraire, de se divertir pour échapper définitivement à toute réflexion sur le sens de notre vie, parce que nous devinons qu’il n’y en a aucun. Alors, travailler le dimanche ou pas? Disons, à la manière de Pascal, que le repos du dimanche fait la grandeur et la misère de l’homme.

Qui ne voit pas la vanité du monde est bien vain lui-même. Aussi qui ne la voit, excepté de jeunes gens qui sont tous dans le bruit, dans le divertissement, et dans la pensée de l’avenir?

Pascal, Pensées, 164.

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