Peut-on rire de tout?

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En général, qu’est-ce qui nous fait rire ? Qu’est-ce qui est « risible » ? Ce qui est risible, pour Platon, c’est que ce qui est sans importance se donne de l’importance. C’est la « sottise » de ceux qui se surestiment : se croient plus beaux, plus grands ou plus intelligents qu’ils ne le sont. D’ailleurs, « ridiculiser » quelqu’un ou « tourner (quelque chose) en dérision », c’est montrer la bassesse de ce qui se croit supérieur pour le dévaloriser.

« Plus nombreux cependant sont encore ceux qui se jugent plus grands et plus beaux, doués en outre e toutes les qualités corporelles, et à un degré supérieur à ce qui est en eux la réalité…: en disant d’eux qu’ils sont ridicules, c’est la vérité qu’on énoncera. »

Platon, Philèbe, 48e/49b.

Platon (427-347 av. J.-C.)

Platon (427-347 av. J.-C.)

Platon soutenait que le propre du ridicule, c’est de se croire plus grand qu’on ne l’est, de se donner plus d’importance qu’on en a, en réalité. Mais il semblait penser qu’on ne doit pas se moquer des choses nobles ou des sujets « sérieux ». Or, le rire permet de montrer que rien n’est vraiment sérieux, ou en tout cas, pas assez pour qu’on en fasse un objet « sacré » auquel il serait absolument interdit de toucher. Le rire est le moyen de faire tomber de leur piédestal toutes les autorités qui cherchent à imposer le respect : le pouvoir politique, la religion, la morale, les lois mêmes, ou les anciens combattants. On ne peut pas rire de tout, nous dit-on : on ne devrait rire que des choses sans importances et des gens ridicules, et ne pas « désacraliser » ce qui est digne de respect. Mais c’est plutôt l’inverse : il est inutile de tirer sur l’ambulance. Aujourd’hui, la politique est tellement désacralisée qu’il est facile de la ridiculiser. A la limite, elle aurait presque besoin qu’on lui redonne un peu de noblesse – presque. Au contraire, on doit rire des choses les plus respectées, afin de s’en libérer. Transgression, le rire est un moyen de subversion : il ne consiste pas tellement à rabaisser les autres pour montrer qu’on leur est supérieur. Il rabaisse plutôt tous ceux qui se voudraient supérieurs aux autres pour rétablir un peu d’égalité, parce qu’on fond, personne n’est supérieur aux autres.
On peut donc rire de tout, on doit rire de tout. Même et surtout, de tous ceux qui voudraient qu’on les prenne au sérieux, pour mieux nous soumettre.

Extrait de Gilles Vervisch, Puis-je vraiment rire de tout? Les éditions de l’Opportun, « Les philosopheurs », pages 23/41.

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