Daenerys Targaryen: le bien et le mal sont-ils relatifs?

Philosophie de Game of thrones, Episode 02

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Dans la famille Targaryen, après le grand-père, Aemon, je demande la petite-fille, Daenerys. C’est la « femme libérée » libératrice qui n’a pas toujours eu une vie facile. Mais sous ses robes légères et même, sa nudité, se cache peut-être le voile d’une bonne sœur plus ou moins intégriste et convaincue d’être investie de la « mission » quasi-divine de libérer tous les esclaves du Monde. D’ailleurs, au bout de quelques temps, elle prend le titre de « briseuse de chaînes ». Et comme elle est persuadée de mener une guerre juste, et d’incarner le Bien en lutte contre le Mal, elle pense qu’elle peut tout se permettre, parce que la fin justifie les moyens. Ce qui rappelle un peu tout ce qu’on entend dans cette période de guerres au Moyen-Orient, où on voit volontiers, dans les crimes des « djihadistes », l’œuvre du Mal « absolu ». Mais le bien et le mal ne sont-ils pas relatifs?

C’est à peu près ce que montre le conseiller-amoureux transit Jorah Mormont dans une fameuse scène de la saison 4, épisode 07: « ‘Il y a du bon et du mauvais de chaque côté, dans toute guerre ».  A ce moment-là, Daenerys a déjà « libéré » plusieurs villes aux mains de quelques « maîtres » ayant réduit la plupart de la population à l’esclavage, et comme elle le rappelle elle-même:  » les maîtres arrachaient les bébés des bras de leurs mères, ils mutilaient des milliers de petits garçons », poussaient les petites filles à la prostitution, sans même parler de tous les esclaves massacrés. Alors, la « briseuse de chaîne » a l’intention de tuer tous les maîtres, en bref, de leur faire subir le même sort que celui qu’ils avaient réservé à leurs esclaves. Œil pour œil…

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 Mais si ce qu’ont fait les maîtres était si mal, comment la « libératrice » pourrait-elle se permettre de faire la même chose? En un sens, Jorah lui montre que le Bien et le Mal sont sinon absolus, du moins, universels: il y a des choses qui sont absolument mauvaises, comme massacrer toute une population, peu importe qu’on se croit « investi » d’une mission généreuse en menant une guerre juste. D’un autre côté, personne n’est absolument bon, ni absolument mauvais. C’est bien parce qu’elle croit dans le Bien et le Mal absolus que Daenerys croit pouvoir traiter les « maîtres » avec violence. Et comme on le voit, c’est toujours dangereux: c’est bien le propre des intégristes et des fanatiques de considérer qu’il n’y a pas de demi-mesure, et dès qu’on se prend pour le Bien absolu en lutte avec le Mal absolu, on se croit tout permis. C’est à peu près ce qu’écrivait Claude Levi-Strauss (1908-2009) dans Race et Histoire:

« Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie »

Claude Levi-Strauss

Claude Levi-Strauss

L’homme, ou la femme. Croire en la barbarie, c’est croire que ceux qui ont une culture ou des comportements différents sont des « sauvages » et pour tout dire, ne sont pas « humains ». C’est ce que pense Daenerys des fameux « maîtres » qu’elle veut massacrer. Car si ce sont des barbares, alors, on peut bien les traiter comme des bêtes. D’après Levi-Strauss, c’est l’effet de ce qu’il appelle « l’ethnocentrisme », un préjugé commun à toute société qui consiste à considérer sa propre culture comme le modèle de toute culture en général. Du coup, on cherche à ce que les autres adoptent nos habitudes et nos valeurs, et sinon, on est prêt à les faire disparaître. Un préjugé qui se rencontre beaucoup du côté de la culture occidentale qui traite volontiers les autres de « sous-développés ». Un préjugé qu’on retrouve dans Game of Thrones: après tout, Daenerys est une occidentale (de « Westeros », donc de l’Ouest, donc de l’occident) qui vient apporter la bonne nouvelle et la liberté à des pays « orientaux », donc, forcément barbares et esclavagistes.

Maintenant, « tomber » dans le relativisme pourrait conduire à justifier n’importe quel crime au prétexte que le Bien et le Mal, « ça dépend » des points de vue. Pourtant, n’y a-t-il pas des actes et des comportements qui nous paraissent « absolument » mauvais? Alors, peut-être faudrait-il admettre qu’il existe des valeurs universelles, tout en considérant qu’il ya effectivement du bon et du mauvais en chacun. Relativiser son propre point de vue, considérer qu’on ne détient pas la vérité absolue, peut peut-être rendre déjà un peu meilleur. Peut-être…

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1 Comment

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One Response to Daenerys Targaryen: le bien et le mal sont-ils relatifs?

  1. anonymous

    jmême feeling pour Targaryen.
    Mais j’aurais pas cité Strauss, il était islamophobe, pas très fin et plutôt branché pureté . Faut s’attendre à des cradeurs en retournant les vielles pierres, Flynn Effect.

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