Mourir pour des idées, c’est stupide?

11 novembre

A l’heure des commémorations pour le centenaire de la Grande Guerre, on aimerait bien savoir quel discours prononcera le Président du Conseil général du Tarn. Peut-être quelque chose du genre : « mourir pour son pays, c’est stupide ». C’est à peu près ce qu’il avait dit après la mort du militant anti-barrage Remi Fraisse : « Mourir pour des idées, c’est une chose, mais c’est quand même relativement stupide et bête ». Et bien sûr, on a envie de dire que cette déclaration est d’autant plus stupide quand elle vient d’un responsable politique censé lui-même servir l’intérêt général, etc. D’un autre côté, c’est le bon moment de se rappeler des quelques 600 soldats de 14-18 qui ont été fusillés « pour l’exemple » par l’armée française. Au fond, l’idée de se « sacrifier » – pour ses valeurs, pour ses idées ou pour son pays – ça sent un peu la naphtaline et la IIIème République. Alors, qu’est-ce qu’elles commémorent ces commémorations ? Les victimes de la bêtise humaine ou au contraire, les héros qui ont donné leur vie ?

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Après tout, John Lennon lui-même semblait penser qu’il était “relativement stupide” de mourir pour ses idées, ou quelque cause que ce soit. C’est bien ce qu’il dit dans sa fameuse chanson Imagine :

Imagine there’s no countries
It isn’t hard to do
Nothing to kill or die for
And no religion too
Imagine all the people
Living life in peace…

« Nothing to kill or die for » : qu’il n’y ait rien pour quoi on serait prêt à tuer ou à mourir. Ce serait tellement bien ! D’abord, si les hommes en viennent à mourir – ou à tuer – pour une cause, c’est parce qu’ils ne s’entendent pas. L’idéal serait qu’il n’y ait aucun « pays » et que nous fassions tous partie du même monde : quand on se sent attaché à un pays, on a tendance à se différencier des autres, jusqu’à leur faire la guerre. C’est bien parce que les hommes ont le sentiment de ne pas faire partie du même monde qu’ils s’entretuent. Et puis, « tuer ou mourir » pour ses idées ou pour son pays tient plutôt du fanatisme ou de l’intolérance. Dans un monde « peace and love » il serait sans doute préférable de défendre ses idées par la discussion plutôt que de tuer celui qui n’est pas d’accord avec moi.

nietzsche

Nietzsche (1844-1900)

Dans ce sens, Nietzsche écrit dans L’Antéchrist que celui qui est prêt à mourir pour une cause, ne prouve pas qu’elle soit vraie ou juste : il prouve seulement qu’il y croit. D’ailleurs, si on n’a plus que ça pour se faire entendre, c’est plutôt qu’on a tort et qu’on n’a pas trouvé de vrai argument pour convaincre.

« Dans la façon qu’a un martyr de jeter sa certitude à la face de l’univers s’exprime un si bas degré d’honnêteté intellectuelle, une telle fermeture d’esprit devant la question de la vérité, que cela ne vaut jamais la peine qu’on le réfute. »

L’Antéchrist, §53.

Maintenant, faut-il se réjouir de vivre dans une société si individualiste la seule chose pour laquelle on serait prêt à mourir, c’est le dernier iPhone ou un écran plat ? Aux antipodes de Nietzsche – et du conseiller général du Tarn – le philosophe allemand Hegel affirmait à peu près qu’il n’y avait rien de plus intelligent que de mourir pour ses valeurs, et d’abord, pour son pays. D’abord, pare ce qu’il considère que je dois tout à mon pays.

« Tout ce que l’homme est, il le doit à l’Etat »

G.W.F. Hegel

G.W.F. Hegel

C’est mon pays qui a fait de moi tout ce que je suis : si je suis libre, c’est grâce aux droits que me donnent les lois ; mes valeurs morales et mes convictions, je les tiens des grands principes de mon pays, comme par exemple, « liberté, égalité, fraternité ». Alors, je peux bien me sacrifier pour lui.

Surtout, le propre de l’homme, c’est bien qu’il est capable de mourir pour des valeurs ou des idées qu’il considère plus importants que sa petite vie. Il n’y a bien que les animaux – les « bêtes » – qui agissent pour leur seule survie. En bref, mourir pour ses idées, c’est montrer son humanité.

 

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2 Comments

Filed under Philosophie de l'actu, Philosophie pop

2 Responses to Mourir pour des idées, c’est stupide?

  1. Urvoy

    Faut-il vraiment écouter Brassens ?
    Un peu macho, un peu monotone, et pas prêt à s’engager pour des idées 😉

  2. Stanislas

    Mourir pour ses idées et ne pas subir celles des autres, ça a quand même plus de classe que tuer pour ses idées et les faire subir aux autres, non ?

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