Féminicide

Encore un mot qu’on ne trouvera pas dans l’édition 2015 du Dico des mots qui n’existent pas. Aujourd’hui, le mot féminicide.

Féminicide n. m. Meurtre d’une femme motivé par le fait qu’elle est une femme

« Le projet théâtral « Blessées à mort » qui traite du féminicide et des violences faites aux femmes sera présenté le 14 mai dans le Grand Auditorium de la Bibliothèque nationale à Paris. » Terrafemina, 29/04/2014 

Au premier abord, quand on est confronté au mot féminicide, on peut être enclin à penser quelque chose du genre : « C’est quoi encore ce délire de féministes ? Homicide c’est le meurtre d’un être humain, pas d’un homme spécifiquement, et les femmes sont encore des êtres humains, alors pas la peine d’inventer encore un mot pour ça ! ». On peut. Car on écrit bien homicide, et pas hommicide. Mais finalement, ce néologisme n’est pas forcément dénué de sens et d’une certaine légitimité.

Le féminicide n’est pas simplement le meurtre d’une femme. Si je tue une femme comme ça, par hasard, alors que j’aurais pu tuer n’importe qui d’autre, ce n’est pas un féminicide, ça reste bien un homicide. En revanche, si la condition féminine de la victime est en fait la raison, ou une des raisons, qui me conduisent à la tuer, ça devient un féminicide. C’est du moins la distinction que veut apporter la sud-africaine Diana Russell lorsqu’elle invente le mot (femicide en anglais) dans les années 70. C’est aussi la distinction qui est retenue par un certain nombre de pays d’Amérique latine qui l’intègrent, depuis les années 2000, dans leur code pénal (feminicidio en espagnol) en tant que circonstance aggravante de l’homicide. Dans ce sens, le mot féminicide désigne bien une réalité qui n’était pas encore nommée, et bien qu’encore peu répandu, il commence, naturellement, à faire peu à peu son trou dans la langue française.

Comment ce mot se situe-t-il dans la grande famille des mots en –cide ? Si tous viennent du latin caedere (tuer), en fait, quand on regarde de près, c’est un peu le bazar, et il n’y a pas grande logique. Homicide peut être à la fois substantif et adjectif et désigne aussi bien le meurtre que celui qui le perpètre. Il en est de même pour fratricide, parricide ou régicide. En revanche, on n’emploiera aucun mot pour définir la personne qui utilisera un insecticide ou un fongicide (là encore, à la fois substantifs et adjectifs) pour se débarrasser de fourmis ou d’une mycose. On pourrait enfin disserter sur le cas particulier de l’extralucide, mais sa présence dans cette liste ne rimerait à rien.

En tout cas, si l’on a cru bon de créer un mot pour distinguer précisément le meurtre d’un roi de celui d’un être humain en général, il est sans doute légitime d’adopter également un terme comme féminicide, tant il est vrai, malheureusement, que l’on tue plus souvent des femmes que des rois.

Retrouvez de nouvelles définitions dans Le dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même) – Edition 2015 remastérisée à partir du 25 septembre aux éditions Omnibus

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3 Comments

Filed under Dico des mots

3 Responses to Féminicide

  1. Dsl de vous décevoir, c’est un mot qui existe depuis 1801 en anglais et 1853 en français… http://susaufeminicides.blogspot.fr/2011/11/feminicides-definis.html

  2. Olivier Talon

    Merci pour ces références anciennes qui nous avaient échappé. On en retiendra finalement que Diana Russell, si elle a contribué à « populariser » le mot, ne l’a pas inventé, et qu’avant Robert, Littré lui-même aurait eu l’occasion de le référencer.
    Une telle antériorité rendait encore plus injuste la « non-existence » (au sens d’absence dans les dictionnaires) de ce mot, et justifie donc d’autant plus notre démarche d’avoir voulu l’intégrer à notre Dico. Heureusement, finalement, le Robert nous a devancés et a réparé l’injustice avant nous.

  3. 1011

    En lien avec votre article et la troublante loi des séries actuelle plasticienne engagée, j’ai réalisé une installation dans un centre d’art sur le violences faites aux femmes. Intitulée « Loi n°2010-769 », elle rend tristement hommage aux 130 femmes décédées en 2018 en France et à toutes les autres décédées dans le monde, victimes de leur partenaire ou ex-partenaire. A découvrir : https://1011-art.blogspot.com/p/loi-n2010-769_2.html
    Et aussi une série de dessins This Is Not Consent : https://1011-art.blogspot.com/p/thisisnotconsent.html
    Ces séries ont été présentées à des lycéens, quand l’art contemporain ouvre le débat …

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