Hipster

Chose promise, chose due, voici le début de la livraison des mots « coupés au montage » de la nouvelle édition du Dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même).

Aujourd’hui, le mot hipster, qui n’existait pas encore il y a un an (même si on l’utilisait déjà), et qui a eu les honneurs du Petit Robert 2015.

Hipster n.m. – v.1940 : origine incertaine, de l’anglais hip, « libéré », lui-même venant peut-être du wolof (du Sénégal) hipi, « ouvrir ses yeux », qu’on retrouverait déjà dans le mot « hippie » – 1. (Vieux) Amateur de jazz venant des classes américaines blanches et aisées, cherchant à adopter la culture des noirs. 2. (depuis 2000) Qui appartient au mouvement culturel hipster, plus ou moins geek, indépendant, underground ou tout ce qu’on voudra. (Bref, un mouvement culturel au sens large, comparable aux mouvements punk, hippie, etc.). 3. (Péjoratif) Branchouille.

Au sens désormais le plus courant, hipster est un terme plutôt péjoratif pour qualifier – ou montrer du doigt – ceux qui sont – ou se croient – à la mode ou branchés – et du coup « branchouilles », voire « bobos ». On pourrait le rapprocher de swag qui signifie aussi être branché ou à la mode, sauf que hipster s’applique plutôt aux trentenaires (voire aux quadragénaires), tandis que swag correspond aux adolescents, ou aux « jeunes ». L’autre différence, peut-être, c’est que le swag est totalement ancré dans la société de consommation – pour la bonne raison qu’il s’agit d’un ado –, tandis que le hipster est censé la rejeter. Bref, deux manières différentes d’être branché selon la génération à laquelle on appartient – les mots eux-mêmes ayant pour but d’identifier le groupe auquel on appartient, et de montrer qu’on est branché. Alors, comment en est-on arrivé là ? Pourquoi hipster est-il devenu synonyme de branchouille ?

A l’origine, dès les années 1940, le mot hipster désignait les jeunes blancs américains amateurs de jazz qui cherchaient à se différencier en se rapprochant de la culture noire, pour rejeter la culture de masse en montrant leur côté cool et avant-gardiste. La mode hipster de cette époque avait donc tout d’un mouvement de gentrification, qui consiste pour les classes aisées à adopter les codes culturels des milieux et des quartiers défavorisés.

Bien plus tard, au tout début des années 2000, le mot hipster a connu une sorte de renaissance en désignant un nouveau mouvement ou groupe culturel qui, depuis, a aussi envahi la France (surtout vers 2010). Reste à savoir ce que hipster veut dire et quel est donc ce mouvement « culturel » ? Comme souvent, on le reconnaît d’abord à ses goûts esthétiques : le garçon, par exemple, porte des chemises à carreau comme Vincent Glad (avec le col fermé jusqu’au dernier bouton), un jean « slim », des lunettes à grosses monture carrées (ou pas) et la barbe, comme Olivier Tesquet. Bref, il est à l’image des mannequins qui pullulent désormais sur toutes les affiches et dans tous les spots de toutes les pubs. Côté musique, il écoute, comme Thomas Rozec, des groupes que vous ne connaissez pas, plutôt « indé », électro, néo-punk et souvent suédois. Et si les trois noms cités ne vous disent rien, c’est que vous n’êtes décidément pas hipster !

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire pour caractériser ce mouvement, comme le fait qu’il s’agit plutôt de geeks tendance végétarienne, mais on n’a vraiment pas le temps. L’essentiel, c’est qu’il s’agit, un peu comme à l’origine, d’un mouvement qui se veut avant-gardiste en rejetant la culture de masse et la société de consommation. Le hipster rejette ce qui est « mainstream », donc à la mode, et ce qui lui plaisait ne lui plait plus quand tout le monde se met à l’aimer. Problème : à force d’être à la mode, le hipster a fini par être justement récupéré par cette société, si bien qu’il est devenu le modèle à adopter, alors qu’il cherchait à fuir tous les modèles. C’est un peu le drame que vit Julia Roberts, qui voudrait échapper à « un monde fait de dictats et de conventions » en faisant le mannequin pour un parfum. Cette tragédie qui est le destin de tous les mouvements culturels explique peut-être que le mot hipster soit devenu péjoratif, tant et si bien qu’il finira par être synonyme de ringard, avant de disparaître complètement. Alors, un nouveau mouvement apparaîtra, avec un nouveau mot, etc.

Retrouvez de nouvelles définitions dans Le dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même) – Edition 2015 remastérisée à partir du 25 septembre aux éditions Omnibus

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