«Ceux qui ont suivi les consignes ont péri, ceux qui ont désobéi ont survécu»

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L’épave du ferry, le 17 avril 2014. (DONG-A ILBO / AFP)

 

Faut-il parfois désobéir aux lois?

Le 27 Avril, le premier ministre sud-coréen a annoncé sa démission, une dizaine de jours après le naufrage du Sewol qui a fait près de 200 morts et une centaine de disparus, lycéens pour la plupart. Avant ça, c’est le capitaine qui était montré du doigt : d’abord, parce qu’il a plus ou moins quitté le navire, ensuite, parce qu’il a ordonné aux passagers de ne pas bouger, et de rester dans leur cabine. Résultat ?

 « Ceux qui ont suivi les consignes ont péri, ceux qui ont désobéi ont survécu ».

 C’est le constat très problématique d’un reportage télé sur le naufrage du Ferry coréen. Faut-il donc parfois désobéir aux lois ? Parce que si on n’a rien à gagner à obéir – pas même la vie –, à quoi bon être un honnête citoyen ?

 Du coup, on se demande bien pourquoi on obéit. Avouons que la plupart du temps, c’est plutôt pour des mauvaises raisons : au mieux, c’est parce qu’on est obligé et qu’on a peur d’être puni. Au pire, on obéit sans même réfléchir : parce que ce sont les ordres, les lois, bref, parce qu’on nous le demande. Et dans ces conditions, on pourrait donc nous demander n’importe quoi, comme le montre cruellement cette histoire édifiante de ferry, qui rappelle assez les moutons de Panurge. On retrouve donc, « l’instinct de troupeau » dénoncé par Nietzsche dans Le gai savoir, qui trouve au fond plus raisonnable d’être déraisonnable en ne faisant pas trop ce qu’on nous dit, parce que n’en faire qu’à sa tête, ça peut permettre de sauver sa peau.

 « Ceux qui ont suivi les consignes ont péri, ceux qui ont désobéi ont survécu ».

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Thomas Hobbes

Alors, pourquoi faudrait-il obéir aux lois ? Le problème, c’est qui si on fait open bar en déclarant que les lois ne valent rien. Le propre d’une loi, c’est quand même d’être obligatoire et la même pour tous, alors, si on permet à chacun de faire ce que bon lui semble, on risque de retomber dans ce fameux « état de nature » que Thomas Hobbes décrit comme une situation anarchique où règne la loi du plus fort, parce que « l’homme est un loup pour l’homme ». Tout le monde a déjà entendu ça. Pour Hobbes, en bref, malgré notre mauvaise humeur, face aux impôts, aux p.-v., et à toutes les règles qui nous restreignent, il faut comprendre que les lois nous protègent et que sans elles, la situation serait invivable.

« Ceux qui ont suivi les consignes ont péri, ceux qui ont désobéi ont survécu ».

Donc, les lois ne nous protègent pas forcément mieux que nous ne le ferions nous-mêmes. Après tout, les lois s’adressent à des individus « intelligents ». D’ailleurs, quand on n’a pas les capacités intellectuelles suffisantes pour obéir à la loi, on est considéré comme « inaccessible à une sanction pénale », comme les enfants ou les aliénés mentaux. Alors, disons qu’il faut obéir, mais que ça n’interdit pas de réfléchir.

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