Wall-E ou les dangers de la démocratie en Amérique

wall eWall-E, c’est le dessin animé Pixar sorti en 2008, du nom de ce petit robot tout mignon qui doit nettoyer des montagnes de déchets sur la Terre qu’est devenue une vraie poubelle. Mais il tombe amoureux d’une robot nommée « Eve », et quand il part à sa recherche, il se retrouve dans une sorte de ville-station spatiale aux allures de centre commercial géant. La scène est assez marquante : tous les humains sont des obèses avec le cul planté dans des fauteuils à coussins d’air qui les emmènent d’un lieu de consommation à un autre. Une vision un peu caricaturale des « couch potatoes » américains, ce qu’on pourrait traduire par « bouffeurs de chips assis sur leur canapé » à regarder la télé. Et ça laisse une drôle d’impression. D’ailleurs, ce dessin animé de science-fiction ou d’anticipation est bien ce qu’on pourrait appeler une « dystopie », ce qui est le contraire ou l’inverse d’une utopie : une utopie à l’envers, un monde imaginaire mais pas merveilleux du tout.

 

Pourtant, ils ont l’air plutôt heureux ces humains, et même, le décor est très « gai » : beaucoup de lumières, de baies vitrées, et des couleurs vives et acidulées. D’habitude – dans les Matrix, Blade Runner et autres Soleil vert – les « dystopies » sont décrites dans des atmosphères glauques et des couleurs sombres, et au mieux, verdâtres. Et puis, ils ont l’air plutôt heureux ces humains – même s’ils ne font pas grand-chose. Et en un sens, ce centre commercial géant pourrait effectivement apparaître à certains comme un monde idéal – surtout pour ceux qui aiment passer leur dimanche à Ikea parce que sinon, ils s’ennuient. Alors, où est le problème ?

Bien sûr, le film « dénonce » les dégâts écologiques de la société de consommation, mais on y retrouve aussi cette forme particulière de dictature imaginée par le très visionnaire Tocqueville (1805-1859) dans son fameux livre, De la démocratie en Amérique.

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs ».

De la Démocratie en Amérique, II, 4, ch. 6.

La description ressemble tellement au film Wall-E qu’on dirait même que c’est Tocqueville qu’a écrit le scénario ! Et ce que montrent les deux, c’est qu’il n’y a pas besoin d’un méchant empereur galactique avec des soldats

Alexis de Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

Alexis de Tocqueville par Théodore Chassériau, 1850

pour instaurer une dictature ou un despotisme : il suffit que les gens n’en aient rien à faire de la politique. Il suffit que les gens ne soient plus des citoyens, mais seulement des consommateurs. Il suffit qu’ils ne s’intéressent plus à l’intérêt général, mais seulement à leur intérêt particulier. Il suffit qu’ils ne défendent plus leur DROIT DE voter ou d’exercer le pouvoir démocratique, mais seulement leur DROIT A acheter un Smartphone, aller au cinéma ou jouer à la console. Et pendant ce temps-là, on s’occupe d’eux. C’est vrai ça ! On « réclame » l’ouverture des magasins le dimanche : par contre, on n’a pas trop envie de se déplacer pour aller voter. Bref, le despotisme peut prendre plusieurs formes, et la démocratie peut vite se perdre. Pas besoin de barreaux pour être en prison.

 

 

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3 Comments

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3 Responses to Wall-E ou les dangers de la démocratie en Amérique

  1. Floriane

    J’adore Wall-e !! C’est un film d’animation censé plaire aux enfants, mais il suscite vraiment la réflexion sur le devenir de la Terre ou plutôt en quoi l’Homme pourrait bientôt la transformer…
    En ce qui concerne le despotisme, je suis tout à fait d’accord avec vous ! Je connais des jeunes qui se « foutent » des élections telles qu’elles soient, alors que c’est un droit fondamental que l’on nous donne ou historiquement que l’on s’est procuré ! Ils laissent les autres décider à leur place et après se plaignent ! C’est ridicule, tu as une voix, exprime-la. C’est ce qui se produit avec l’élection de François Hollande… Mais ce qui est fait est fait, on parlait de loi dans un article postérieur, selon la loi, il doit rester président de la République durant 5 ans…
    Vous parlez de dystopie, et ça me rappelle aussi ce roman d’Owell: » 1984″ et le personnage de Big Brother.

  2. Pingback: Record en chute libre dans l’ère du vide | Quelques grammes de philo

  3. DUDU

    Ce film est vraiment très bien fait. Déjà, le fait qu’il n’y ai pas de dialogue les 30 premières minutes nous marque l’esprit. Ce film d’animation montre en effet qu’il n’y a pas besoin de dialogue ou d’effets trop exagérés pour montrer la solitude et le manque d’amour, simplement la simplicité, c’est poignant.
    Ce qui est encore plus marquant, et qui nous pousse à réfléchir, c’est de voir combien les hommes sont dépendants des nouvelles technologie et de la société de consommation, de voir l’impact plus que négatif que cela représente pour notre planète… bref tout suscite a réflexion, même le fait qu’on fasse du bourrage de crane dès le plus jeune âge aux bébés.

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