Bac philo: qu’est-ce qu’une explication de texte?

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Laeticia Hallyday ou « le fantasme de la méchante marâtre »

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« Il était une fois un Gentilhomme qui épousa en secondes noces une femme, la plus hautaine et la plus fière qu’on eût jamais vue. Elle avait deux filles de son humeur, et qui lui ressemblaient en toutes choses. Le Mari avait de son côté une jeune fille, mais d’une douceur et d’une bonté sans exemple ; elle tenait cela de sa Mère, qui était la meilleure personne du monde. Les noces ne furent pas plus tôt faites, que la Belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur; elle ne put souffrir les bonnes qualités de cette jeune enfant, qui rendaient ses filles encore plus haïssables. »

C’est ainsi que commence le conte Cendrillon de Charles Perrault, ce qui rappelle furieusement un conte contemporain celui-là. On pourrait presque lire: « il était une fois un gentil Johnny qui épousa en troisième – ou quatrième ou cinquième – noces, une femme, la plus hautaine et la plus fière qu’on eût jamais vue…Le père avait de son côte deux enfants, Laura et David… » C’est à peu près ce qu’on comprend, au travers de ce roman familial, de ce feuilleton, même, qui nous est raconté depuis plusieurs semaines, avec dans le rôle de la méchante marâtre, Laetitia. Ainsi, Nathalie Baye a-t-elle pu déclarer dans un entretien au journal Le Figaro (du 05/03/2018):

Disney-Adultes-sexy-Reine-Sorciere-01Malheureusement, les aînés étaient les bêtes noires de leur belle-mère. Johnny en a beaucoup souffert, David et Laura aussi. Il y avait l’apparence, photos familiales à l’appui, mais la réalité était beaucoup moins gracieuse. » 

« Les bêtes noires de leur belle-mère »: comme Cendrillon. Comme Blanche-neige aussi (dont la pure blancheur s’oppose à la « noirceur » de sa marâtre):

« Au bout d’un an, le roi prit une autre femme qui était très belle, mais si fière et si orgueilleuse de sa beauté qu’elle ne pouvait supporter qu’une autre la surpassât. Elle possédait un miroir magique avec lequel elle parlait quand elle allait s’y contempler: Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume, Qui est la femme la plus belle ? »

Mais pourquoi donc l’héritage de Johnny passionne-t-il les foules ou du moins, les médias? Certes, C’est d’abord que Johnny Hallyday était lui-même très populaire, et que ses funérailles elles-mêmes ont réuni un monde qu’on n’avait pas vu depuis la victoire de l’équipe de France à la coupe du monde de football en 1998. Mais c’est peut-être aussi que dans cette histoire, on retrouve tous les ingrédients des contes de fées. La question n’est pas tellement de savoir si Laetitia Hallyday est vraiment la méchante. De toute façon, c’est une histoire. En tout cas, elle est présentée comme la marâtre de tous les contes de fées, pendant que David et Laetitia évoquent Hansel et Gretel, rejetés par leurs pauvres parents – leur méchante mère, surtout – et se retrouve dans la maison en pain d’épice de l’ogresse…c’est à peu près la même chose: les deux enfants sont abandonnés par leurs parents qui n’ont plus les moyens de les nourrir, et dans notre conte contemporain, ils sont déshérités, abandonnés. Enfin, et surtout, la plupart ds contes de fées commencent, eux aussi, avec la mort d’un père – ou d’une mère. Et ce sont sans doute toutes ces dimensions, disons, « féériques » qui passionnent les foules.

bettelheimIl faut dire que les contes de fées parlent tout autant à notre mémoire qu’à notre inconscient collectif. Nos avons tous le souvenir de ces histoires qui, d’après Bruno Bettelheim, dans sa fameuse Psychanalyse des contes de fées, se caractérisent par leur côté « manichéen ». Comme dans l’histoire de « l’héritage de Johnny », « le conte de fées simplifie toutes les situations. Ses personnages sont nettement dessinés ».

« Dans pratiquement tous les contes de fées, le bien et le mal sont matérialisés par des personnages »

Le bien et le mal sont clairement définis, parce que l’enfant est précisément à l’âge où il doit apprendre à faire ces distinctions. Alors, dans l’histoire de Johnny, comme dans tous els pays, il faut des méchants et des gentils…

Mais si ces histoires intéressent tant les enfants, c’est surtout qu’elles leur permettent de se confronter à leurs sentiments pas toujours reluisants, et à régler leurs conflits intérieurs, à commencer par le fameux complexe d’Œdipe. La figure de la reine – ou de la belle-mère – jalouse « permet à l’enfant de comprendre qu’il est jaloux de ses parents » et « qu’il ne doit pas avoir peur de la jalousie parentale, parce qu’il réussira à survivre, malgré les complications que ces sentiments peuvent créer momentanément. « 

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Dans l’un de ses chapitres, Bruno Bettelheim évoque en particulier « le fantasme de la méchante marâtre », vous savez cette fameuse « belle-mère » qui fait de Laura et David ses « bêtes noires ». En fait, il s’agit plutôt d’un fantasme, parce que c’est l’enfant lui-même qui peut entretenir des sentiments ambivalents envers sa mère – ou son père. Il lui arrive notamment d’être en colère contre ses parents – parce qu’ils le grondent, qu’ils le punissent injustement, etc. Alors, le meilleur moyen de ressentir sa colère sans « culpabiliser », c’est de scinder sa mère en deux figures distinctes: la bonne mère (souvent décédée) et « la méchante marâtre » qui, l’espace d’un moment, a remplacé la vraie mère.

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Ainsi, les contes de fées en général résonnent dans la mémoire et la conscience de chacun, et c’est peut-être ce qui explique la popularité du roman familial des Hallyday, qui a tout d’un conte de fées.

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Le Secret de Platon (roman) sorti le 1er mars chez Michel Lafon

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Tout l’Atlantide est en rapport avec la philosophie, c’est le professeur Loeve qui me l’a révélé lors de notre voyage d’études en Grèce, juste avant de disparaître…

couv amazonAprès que son professeur s’est volatilisé dans la baie de Santorin, là où selon Platon se serait engloutie l’île de l’Atlantide, Étienne, un jeune homme que tourmentent des problèmes existentiels, part à sa recherche avec deux autres étudiants : Cali, un dilettante curieux aux tendances conspirationnistes, et Phalène, une mystérieuse jeune fille qui s’essaye au journalisme culturel.

De la Crète à l’Italie en passant par la France jusqu’à une grotte au-dessus d’Athènes, ils vont être confrontés à la réalité des mythes et aux mystères de ces civilisations évoluées, brutalement rayées de l’Histoire par des séismes diluviens. Et quand ils découvriront les raisons de la fuite de leur professeur, peut-être lèveront-ils le voile sur l’énigme de l’Atlantide…

Premier roman « philosophique »: parce qu’à force d’étudier l’aspect philosophique des oeuvres de fictions (comme Star Wars, Game of thrones ou même, Columbo), on a envie de raconter ses propres histoires.

Sorti le 1er mars dans toutes les (bonnes) librairies

Liens:

Michel Lafon

Page Facebook du roman « Le Secret de Platon »

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Rencontre à l’Armitière le 20 février 2018

Autour du roman, Le Secret de Platon

Armitière

 

Voir la vidéo

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Jean-Pierre Foucault, le P.-S.-G. et le problème de l’induction dans la philosophie sceptique de David Hume

 

En juin 2017, un texte – imbitable – du philosophe Michel Foucault est tombé au bac de philo pour les filières S. Et bien sûr, les candidats ont confondu (plus ou moins volontairement) Michel avec Jean-Pierre Foucault, comme l’ont rapporté nombre de médias et réseaux sociaux. Certains étaient tentés de conclure leur copie par : « c’est mon dernier mot »! Lol! Et pourtant, il y a bien des leçons à tirer de Qui veut gagner des millions? Et Jean-Pierre Foucault pourrait bien nous permettre de comprendre la philo.      

Prenez cette perle par exemple! « Qu’est-ce qui gravite autour de la terre? » Le candidat hésite entre la lune et le soleil, et quand il fait appel au public, c’est du 50-50: la moitié d’entre eux est prête à répondre que c’est le soleil qui tourne autour de la terre. « Comment les gens peuvent-ils être aussi ignorants?! » se dit alors le téléspectateur. Bon, d’abord, ça fait sans doute partie du jeu: il faudrait un nom pour ça. La « criabilité » par exemple: c’est le fait que le téléspectateur crie la réponse au candidat derrière sa télévision. Il est certain qu’à sa place, il gagnerait des millions tellement c’est facile, et du coup, il appelle le numéro surtaxé pour s’inscrire, etc. Ensuite, admettons que nous avons tous nos failles ou des « trous » dans notre culture. Personne ne sait tout, et chacun d’entre nous ignore forcément des choses que tout le monde devrait savoir. C’est ce qu’il y a de bien avec la culture: chacun  confond volontiers les limites de son propre esprit avec les limites de l’esprit humain, et tout le monde est content de lui. Ce que je sais, tout le monde devrait le savoir, et ce que j’ignore ne fait pas partie des choses qu’il faut savoir. En bref, la bonne mesure de la culture, c’est toujours moi.

Mais bon, quand même: que la terre tourne autour du soleil…Il y a des gens qui sont morts pour imposer ce genre de vérité à la Renaissance, lorsque l’église catholique s’accrochait au géocentrisme (géo = « terre » ; centrisme = « au centre de », donc, c’est « la théorie selon laquelle la terre est au centre du monde », mais bien sûr, tout le monde le sait!)

Notez que dans le système de Ptolémée (géocentrisme), on serait mal à "Qui veut gagner des millions?" Car toutes les réponses seraient la bonne...

Notez que dans le système de Ptolémée (géocentrisme), on serait mal à « Qui veut gagner des millions? » Car toutes les réponses seraient la bonne…

En 1600, Giordano Bruno a été brûlé vif pour avoir affirmé que l’Univers était infini, et pour éviter le même sort, Galilée a dû se rétracter « officiellement » en 1633 après avoir soutenu que la terre tournait autour du soleil. Quant à Copernic, il a été plus malin que tout le monde en faisant publier après sa mort sa théorie de l’héliocentrisme (hélios = « soleil », donc, c’est le soleil qui est au centre et la terre qui tourne autour…) Alors, quand on se dit que la moitié du public de Qui veut gagner des millions? en est encore au Moyen âge..! Depuis, la science a montré – contre la religion – que c’était bien la terre qui tournait autour du soleil!

David Hume (1711-1776)

David Hume (1711-1776)

Oui, mais voilà: au 18ème siècle, le philosophe écossais David Hume (1711-1776) montre à peu près que la science ne peut être sûre de rien, avec cette fameuse phrase : « Il est seulement probable que le soleil se lèvera demain ». Cette idée, Hume la défend en particulier dans un texte extrait de son Enquête sur l’entendement humain, régulièrement proposé à la sagacité des élèves de terminale:

 Tous les objets de la raison humaine ou de nos recherches peuvent se diviser en deux genres, à  savoir les relations d’idées et les faits. Du premier genre sont les sciences de la géométrie, de l’algèbre et de l’arithmétique et, en bref, toute affirmation qui est intuitivement ou démonstrativement certaine. (…) Les faits, qui sont les seconds objets de la raison humaine, on ne les établit pas de la même manière ; et l’évidence de leur vérité, aussi grande qu’elle soit, n’est pas d’une nature semblable à  la précédente. 

 Vous me direz peut-être: « on ne comprend rien! » Je sais, c’est dur la vie…Heureusement, Jean-Pierre Foucault est là! Mais vous savez ce qu’on dit : « ça – par exemple, que le fait que la terre tourne autour du soleil – ça a été « prouvé » ou même « démontré » par les « scientifiques ». Mais justement, selon Hume, aucun fait – ni aucune loi physique – ne peut être prouvé ou démontré de manière « scientifique », et « la terre tourne autour du soleil » ne pourra jamais être aussi sûre que « 2+2=4 », une « affirmation qui est intuitivement ou démonstrativement certaine ». C’est pourquoi Hume est considéré – et se considère lui-même – comme un philosophe sceptique : qui doute. Mais qu’est-ce que ça veut dire « intuitivement ou démonstrativement certaine »?

Prenez une autre candidate de Qui veut gagner des millions? Je ne sais plus son nom, ni le jour de la diffusion (si quelqu’un peut la retrouver, d »ailleurs, ce serait bien). Jean-Pierre Foucault lui demandait à peu près (je cite de mémoire):

« Les 30 glorieuses ont duré »:

A: 30 jours                B: 30 semaines

C: 30 mois                                      D: 30 ans

 

30 glorieusesJe me souviens que la candidate a marqué un temps de silence dubitatif exprimant son ignorance manifeste de la réponse. Dans ce genre de situation, Jean-Pierre Foucault dit au candidat: « vous ne pouvez pas trouver par « déduction » ou par « élimination »? Mais c’est impossible! Comment voulez-vous déduire que les 30 glorieuses ont duré 30 ans plutôt que 30 jours? Ce ne sont pas des mathématiques justement. On peut bien déduire que « 2+2 = 4 », mais pour ce qui est des 30 glorieuses: on le sait où on ne le sait pas! Le temps qu’elles ont duré ne se déduit pas du concept de « glorieuse ». C’est un nom qu’on a attribué à une période de l’Histoire. Mais a priori, ça peut être tout aussi bien 30 jours que 30 ans. Comment savoir? On peut l’avoir appris à l’école, dans un reportage ou par un copain, mais on ne peut pas le déduire si on ne le sait pas. C’est une « assertion » qui ne peut pas être « déductivement » certaine. Et la candidate, après un temps de réflexion, finit par dire: « je vais demander l’avis du public…J’ai ma petite intuition, mais je vais quand même demander l’avis du public. » Là encore, il est impossible d’avoir une intuition à ce sujet: vous pouvez vous concentrer tout le temps que vous voulez, vous n’arriverez jamais à deviner que les 30 glorieuse ont duré 30 ans si vous ne le savez pas. Au mieux, on peut faire appel à ses souvenir. Et à la fin, la public a voté à 96%: 30 ans. Et oui, les 30 glorieuses ont duré 30 ans: c’est la période d’après-guerre en France qui va de 1945 à 1975, durant laquelle la France aurait bénéficié d’une prospérité économique (et ça bien sûr, tout le monde le sait, non?).

Alors, comment sait-on que les « 30 glorieuses » ont duré 30 ans? Ou que « la terre tourne autour du soleil » ou même, que « tous les hommes sont mortels »? Comment établit-on les faits et les lois qui concernent le monde qui nous entoure? Si ce n’est pas par déduction, c’est par induction : que « le soleil se lève tous les matins » ça ne se déduit pas, ça s’induit.  Qu’est-ce que ça veut dire? ça veut dire qu’on a tiré une loi générale à partir de l’observation de cas particuliers, du genre:

Hier matin, j’ai vu le soleil se lever

Avant-hier matin, j’ai vu le soleil se lever

Avant-avant hier matin, etc.

Donc, tous les matins, le soleil se lève

Le problème vous voyez, c’est que ce genre de raisonnement par « induction » demeure toujours incertain: quand on conclut « tous les matins les soleil se lève, on exagère. Certes, jusqu’ici, le soleilpsg barça s’est levé tous les matins, et encore! Je n’ai pas toujours été là. Qui sait si un beau matin où personne n’était là, le soleil ne s’est pas levé? Surtout, rien n’assure que demain matin, le soleil se lèvera. Si ça se trouve, il ne se lèvera pas. « Quoi? Mais c’est n’importe quoi! Le soleil se lève tous els matins, c’est évident, c’est prouvé! » Mais non, c’est seulement probable. Dans le passé, il s’est levé tous les matins, mais rien n’assure que ce sera encore le cas dans le futur. Un exemple ?

 Au cours de la ligue des champions de foot 2016-2017, le PSG avait 100% de chances d’éliminer le Barça après avoir remporté le match aller 4-0.  Ce serait impossible que le Barça élimine le PSG, rendez-vous compte! Il faudrait qu’il gagne le match retour avec au moins 5 buts d’écart. Et les médias spécialistes affirmaient volontiers:

« En effet, jamais une équipe qui a gagné le match aller 4-0 n’a été éliminée lors d’une compétition européenne. Autrement dit, le PSG a 100% de chance de rejoindre les 1/4 de finale de la compétition. »

Et là! Patatra! Remontada! Le Barça bat le PSG 6-1.  Les statistiques sportives (à la mode) montrent très bien les limites du raisonnement « inductif »: rendez-vous compte! 100 % de chances. Le problème, c’est que cette loi ne concernait que le passé. Or, rien n’assure que le futur sera conforme au passé. Donc, il est seulement probable que le soleil se lèvera demain.  CQFD.

C’est mon dernier mot!

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Une bonne constitution doit pouvoir imaginer le Général de Gaulle mis en examen

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« Qui peut imaginer un seul instant le Général de Gaulle mis en examen ? » C’était la fameuse formule de François Fillon faisant allusion aux déboires judiciaires de Nicolas Sarkozy, celle-là même qui lui doit aujourd’hui ses propres déboires.

Mais le problème, justement, c’est de vivre dans un pays où la constitution empêche d’imaginer le Général de Gaulle mis en examen. Parce qu’il s’agit d’un régime présidentiel qui repose sur un homme providentiel qui devrait être irréprochable, parfait ou comme on dit, exemplaire. Une démocratie où l’avenir de tous dépend d’un seul homme qui devrait donc, par conséquent, disposer de toutes les qualités. Kant a écrit que l’homme a besoin d’un maître, parce qu’il est imparfait. Et comme ce maître n’existe pas, il faut des lois et des institutions.

En France, tout dépend de l’élection du Président de la République. C’est de lui dont dépendra la majorité élue à l’Assemblée. Donc, forcément, si le candidat s’écroule, tout son camp s’écroule en même temps. Dans un régime parlementaire, comme en Espagne ou au Royaume-Uni, qui sont pourtant des monarchies et non des Républiques, c’est l’inverse, si bien qu’il n’y aurait pas d’affaire Fillon. Ce sont les élections législatives qui sont déterminantes, et c’est le chef du parti ayant obtenu la majorité qui devient chef du gouvernement. On peut donc imaginer que ce chef soit pris dans des affaires politico-judiciaires. Dans ce cas, pas de problème, il y a un plan B, et même un C, un D, etc. Si le chef du parti majoritaire faillit, on le remplace par un autre, et la majorité reste.

Une bonne constitution serait donc celle où l’affaire Fillon ne serait qu’une affaire, et ne mettrait pas en danger, la campagne, la démocratie, et les institutions. Un régime parlementaire, peut-être, où les défauts et les erreurs, ou même, les ennuis d’un seul – quand bien serait-il « innocent » – ne pourrait nuire à tous. Le problème, c’st peut-être notre drôle de régime qu’on pourrait qualifier de « monarchie représentative ». Dans une bonne constitution, on pourrait imaginer le Général de Gaulle mis en examen sans que ça ne change rien.

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L’horreur publicitaire: est-ce que « l’enfer c’est les autres »?

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Avez-vous vu cette publicité pour le nouveau casque « Bose Quiet Comfort »? Une fille danse « tranquille » (Quiet) dans les rues de Londres vides, désertes. Alors, tout le monde crie au génie pour cette publicité « magnifique », « superbe », etc. C’est vrai que d’un point de vue esthétique, de mise en scène, c’est plaisant. Mais sur le fond – sur le fond du message je veux dire – ne s’agit-il pas plutôt de la pire publicité de tous les temps ? Disons au moins qu’elle a le mérite de poser un problème : est-ce que « l’enfer c’est les autres », comme dirait l’autre (Sartre)?

Tout pour la musique, rien pour les autres

Une fille  danse seule dans les rues de Londres vides. Le slogan anglais dit: get closer, « rapprochez-vous ». De qui? De personne! Rapprochez-vous de vous-mêmes, ou de votre musique. C’est très étonnant ou très gênant – disturbing comme dirait l’autre (Dark Vador). Le slogan français est moins ambiguë ou encore pire – comme on voudra: « plus rien ne s’interpose entre vous et votre musique ». Plus rien, c’est bien, mais ce que montre la pub, c’est surtout que « personne » ne s’interpose entre votre musique et vous, entre vous et vous-mêmes. Le message, c’est: effacez les autres, niez leur existence, retrouvez-vous seul avec vous-mêmes. C’est très bizarre, paradoxal. D’autant que ce qu’on nous présente comme un « rêve » était il y a quelques années encore vécu comme un cauchemar, le paradis était un enfer.

La même scène ouvre le « magnifique » Vanilla Sky (2002) de Cameron Crowe avec Tom Cruise, remake du film Ouvre les yeux de l’espagnol Alejandro Amenabar sorti en 1997: le personnage principal se retrouve dans les rues désertes de New-York, cette fois. Et cette fois, le but est plutôt de faire peur, en particulier, de donner une atmosphère onirique à la scène, dans le sens où l’on ne sait pas trop s’il s’agit d’un rêve ou de la réalité. Plutôt un sentiment de malaise, donc. Ce qui est donc vécu comme le paradis pour notre danseuse, c’est l’enfer pour Tom Cruise. Pendant que l’une se sent plus vivante sans les autres, l’autre se sent rêver. Et pendant que la danseuse cherche à nier la réalité des autres pour se sentir exister, Tom Cruse perd le sens de la réalité en l’absence des autres. Alors, Londres ou New-York déserts, rêve ou cauchemar? Paradis ou enfer? Utopie ou dystopie?

« Connecting people »?

D’abord, reconnaissons à cette publicité le mérite d’être honnête: contrairement à toutes celles qui prétendent que les nouvelles technologies, Smartphones, etc. nous rapprochent des autres – avec le fameux slogan connecting people, « pour relier les gens » – celle-ci admet (ou avoue) qu’elles peuvent nous éloigner des autres; que les réseaux sociaux ne sont pas toujours « sociaux », et les outils de communication, pas toujours très communicatifs -ils peuvent rompre la communication: pendant que je consulte mon Facebook pour voir combien j’ai de « Like », et donc, combien j’ai d' »amis », je ne parle pas à ceux qui sont autour de moi, au bar ou au restaurant. Les moyens de communications peuvent nous couper du monde, et des autres. On a l’habitude de dire que le téléphone portable a tendance à effacer la frontière entre la sphère publique et privée: quand on entrait dans une cabine téléphonique, on ne permettait pas que des inconnus entrent avec nous. La cabine délimitait physiquement notre intimité. Avec le téléphone portable, on connaît tout de la vie des gens, et après une heure de train je connais toutes les histoires d’amour et les heures des rendez-vous médicaux de ma voisine d’à-côté. On pourrait penser que les nouveaux moyens de communication nous rendent exhibitionnistes, un peu trop « ouverts » aux autres. Mais en fait, non! C’est ce que souligne Alain Finkielkraut (qui a ses bons moments) quand il se demande pourquoi les gens qui parlent fort au téléphone portable me dérangent:

« Car, en l’occurrence, ce n’est pas mon confort qui est en cause, c’est ma réalité même. […] Je suis simultanément agressé et aboli par leur inanité sonore. Ils agissent comme si je n’étais pas là, avec un naturel tellement confondant que j’ai envie de crier pour faire acte de présence. »

(L’imparfait du présent).

musée

 Celui qui parle (fort ou pas) au téléphone en ma présence nie ma réalité même. Les moyens de « communication » peuvent nous couper du monde. Mais dans cette fameuse pub pour le casque Bose, on milite carrément pour la négation de l’existence des autres : il faut se couper du monde et des autres. Et toutes ces relations entre réalité, existence, soi-même et les autres posent un problème philosophique fondamental: les autres jouent-ils un rôle dans la conscience que j’ai de moi-même – ou pas? Ma propre réalité ne dépend-elle pas des autres? Est-ce dans la solitude que l’on prend conscience de soi?

Cogito solitaire ou altruiste?

Descartes

Descartes

La réponse n’a rien d’évident. En résumé, Descartes pense que OUI, on peut se passer des autres, et Sartre pense que NON. Donc Descartes aurait bien aimé se retrouver avec un casque sur les oreilles. Vous connaissez le fameux « Je pense, donc je suis »: ça veut dire d’abord que la conscience de soi, la connaissance de ma propre existence, le sentiment d’être là, réel, présent ne dépend de rien d’autre que de moi-même. Comme cette fille, je peux bien me sentir vivant sans que rien ni personne ne vienne s’interposer entre moi- et moi-même. C’est exactement ce que fait Descartes dans son fameux cogito :

« Je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit, n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. »

Discours de la méthode.

De son côté, si Sartre peut dire dans Huis Clos que « l’enfer c’est les autres », il montre aussi dans sa philosophie qu’il est difficile voire impossible de prendre

Sartre

Sartre

conscience de soi en se coupant du monde extérieur. Si le monde et les autres n’existaient pas, il serait impossible de se sentir vivant, de sentir vivre et exister. Certes, « je pense, donc je suis »: parce que je suis un être pensant, je peux d’abord penser à moi-même et prendre ainsi conscience de ma propre existence. Mais il faut d’abord avoir quelque chose à penser: si nous n’avions aucune sensation – comme écouter de la musique – nous n’aurions aucune pensée. Et sans le regard des autres, nous serions bien incapable de nous sentir exister. C’est bien ce que révèle la mode du selfie, cet autoportrait photographique destiné à être diffusé sur les réseaux sociaux. Comme quoi, les différents « outils de communication » ne disent pas la même chose de nous.

Ainsi, l’homme qui s’atteint directement par le cogito découvre aussi tous les autres, et il les découvre comme la condition de son existence. Il se rend compte qu’il ne peut rien être (au sens où l’on dit qu’on est spirituel, ou qu’on est méchant, ou qu’on est jaloux) sauf si les autres le reconnaissent comme tel. Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l’autre.

L’existentialisme est un humanisme.

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Turbuler (Le Dico des mots de la semaine qui n’existent pas)

Après une remontée fulgurante dans les sondages, François Fillon a largement remporté le premier tour de la primaire de la droite. Faire « turbuler » le système, Jean-Pierre Chevènement en rêvait, Fillon l’a fait. Mais au fait, ça veut dire quoi « turbuler »?

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Turbuler : v.tr.

Au sens large: « Troubler le jeu politique ». Synonyme de « perturber », « déjouer ».

Au sens strict: monter en gamme, ou plutôt en sondage, pour apparaître comme le (ou la) troisième candidat (e) qui vient déjouer tous les pronostics et coiffer sur le poteau (avec son bandana) les deux autres candidat(e)s d’une élection qu’on croyait déjà jouée (notamment à cause des sondages – qui se trompent tout le temps), mais en fait non, et du coup ce qui s’annonçait comme un duel se transforme en un match à trois. Synonyme: « François Fillon ».

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Eh oui! François Fillon aura bien fait « turbuler » la primaire de la droite en arrivant largement en tête au premier tour. Eh non! « Turbuler » ne signifie pas « s’enrouler un turban autour de la tête ».  Et pourtant, c’est un mot qu’on a beaucoup entendu lors de la dernière semaine de campagne pour la primaire de la droite, à propos de l’irresistible ascension de François Fillon. Dans les différentes émissions de débats politiques entre experts (C dans l’air, 24 heures en question), on s’est ainsi plu à rappeler que François Fillon pouvait venir « turbuler » la primaire. Mais d’où ce mot peut-il bien sortir?

chevenementPas du dictionnaire, en tout cas. On n’y trouve que les mots « turbulette » (ou gigoteuse) qui rappelle assez le bandana que certains candidats à l’élection présidentielle portent, parfois. Et sinon, le mot « turbulence » et l’adjectif correspondant: « turbulent », ce qui désigne alors une personne portée  » à s’agiter physiquement, souvent dans un état d’excitation bruyante ». Manifestement, ce n’est pas en ce sen-là que François Fillon a pu « turbuler » la primaire. En fait, ce verbe semble avoir été inventé par Jean-Pierre Chevènement lors de la présidentielle de 2002, qui disait vouloir « turbuler le système » : dans un duel au deuxième tour annoncé entre Lionel Jospin et Jacques Chirac, Jean-Pierre Chevènement espérait alors être le « troisième homme » qui viendrait perturber l’élection, et même, se qualifier au second tour, « déjouant » ainsi tous els pronostics et les sondages. Le résultat, on le connaît: les pronostics ont tellement été déjoués que c’est Le Pen qui s’est retrouvé au second tour

Depuis Jean-Pierre Chevènement, le verbe « turbuler » a été réutilisé lors des différentes élections et primaires pour désigner un candidat plus ou moins inattendu qui pouvait plus ou moins créer la surprise, en particulier parce qu’il se présentait plus ou moins en dehors des partis (mais souvent moins que plus): Ségolène Royale en 2007, Arnaud Montebourg en 2012, et bien sur, le Front National qui a bel et bien « turbulé » le système le 21 avril 2002. Et pour l’élection présidentielle de 2017, à peu près tous els candidats prétendent « turbuler » le système: Macron, Mélenchon, etc.

Le verbe « turbuler » et son Complément d’Objet qui est toujours le même – le « système » – est sans doute revenu à la mode depuis que Donald Trump a été élu à la Maison Blanche, « déjouant » ainsi tous les sondages. Mais finalement qu’est-ce que ça vaut dire « turbuler le système »? Et de quel « système » parle-t-on?

La plupart pense au supposé « système » politico-médiatique: « turbuler » le système signifie alors déjouer les pronostics, faire mentir les sondages, en montrant que les électeurs ne se laissent pas dicter leur vote. Si c’est bien cela, on ne voit pas bien en quoi le système est « turbulé »; le système démocratique » je veux dire: c’est quand même la base du système démocratique que celui qui obtient la majorité prenne le pouvoir. Donc, si on arrive à se faire élire, on a tout simplement bénéficié du système. Sinon, « turbuler » le système – et par-là même, le dénoncer – ce serait donc dénoncer le système démocratique lui-même, le jeu des partis, des élites, etc. Et là, on a envie de dire: si c’est le système démocratique qui vous dérange (et pourquoi pas, il peut y avoir des arguments), quel autre système proposez-vous? Dictature? Monarchie? Tyrannie? C’est vrai que ce serait mieux! On peut s’étonner de ce que les gens se plaignent des élites dans un « système » où existent de nombreux corps intermédiaires (partis, syndicats, assemblée, etc.), et s’imaginent qu’ils seront plus libres et représentés quand ils seront soumis à un seul chef, autant dire, un tyran.

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Mais peut-être « turbuler » le système veut-il tout simplement dire « déjouer les pronostics » autrement dit, créer la surprise et apporter un peu de suspens dans une élection qu’on croyait déjà jouée. Et c’est plutôt cela le vrai sens: « un peu de suspens quoi! » Sinon, c’est trop prévisible, ennuyeux ou « terne » comme on a pu dire. Mais alors, si on demande aux candidats des élections de mettre un peu de « suspens », c’est que la mode du verbe « turbuler » n’est rien d’autre que le symptôme de la politique spectacle soulignée il y a déjà bien longtemps:

« Ainsi se recompose l’interminable série des affrontements dérisoires mobilisant un intérêt sous-ludique, du sport de compétition aux élections. »

Guy Debord, La société du spectacle.  

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La vie est belle: faut-il être vertueux pour être heureux?

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Avant « La vie est belle » de Julia Roberts, il y a eu La vie est belle de Roberto Benigni (La vita e bella, 1997). Mais bien avant cela, il y a eu encore La vie est belle de Franck Capra (It’s a wonderfull life, 1946). Le pitch : un homme a passé sa vie à penser aux autres et faire le bien autour de lui – c’est un homme « vertueux ». Résultat : il est malheureux, ou du moins, il croit l’être. Alors, le « Ciel » lui envoie un ange gardien pour qu’il soit récompensé de ses bonnes actions et trouve enfin le bonheur qu’il mérite. Un classique, un chef-d’œuvre, même qui, sous ses allures de film de Noël pose le problème du lien entre bonheur et vertu.

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Pour ou contre le « coffre-de-toit » ?

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Autant le dire tout de suite: je n’ai jamais apprécié les « coffres-de-toit ». Mais sans trop savoir moi-même pourquoi, sans pouvoir me l’expliquer ni encore moi le justifier. Et pourtant, il faudrait si l’on veut sérieusement faire interdire cette abomination touristique. J’y ai toujours trouvé quelque chose de vaguement vulgaire ou de populaire; un truc de « beauf », comparable au tuning. Pourtant, il y a tellement de monde qui utilise le « coffre-de-toit », et de tous les milieux sociaux, même si on en voit pas mal quand même qui vont au camping. Alors quoi?

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