Punir…

 

Qu’est-ce qu’une peine ? Assurément une peine est destinée à « faire de la peine »…Ce qui est pénal a vocation étymologique à être pénible. Pourquoi l’Etat aurait-il à administrer  « de la peine » ? Quelle réponse utile donner à la délinquance ?

A-Peine ou Châtiment ?

Le délinquant, par définition, commet un délit, c’est-à-dire une faute, un manquement eu égard aux lois qui dans un lieu donné et en un temps déterminé régissent la vie dans la société. Quand les lois n’existent pas pour condamner un comportement perçu néanmoins par les pouvoirs publics ou par la population comme préjudiciable, il faut attendre que le législateur agisse et décide, par le vote d’un texte, de « pénaliser » ce comportement. Il peut d’ailleurs tout autant « dépénaliser » des actes qui cesseront dès lors d’être des délits. Ainsi la liste des délits est-elle changeante, au gré parfois des fluctuation de l’opinion publique ou des frontières. Fumer dans un lieu public est aujourd’hui pénalisé, demain consommer du cannabis ne le sera peut-être plus. Il paraît nécessaire de donner à la délinquance une réponse, mais de quel ordre ? Autrefois, à la notion de « punition », on préférait celle de « châtiment ». Le mot sonne plus gravement, il associe à la condamnation judiciaire la condamnation morale, voire divine. Mais il est aussi singulièrement plus précis et plus juste. En effet, « châtier » – castigare- c’est « réprimer », « contenir ».Le châtiment est destiné à repousser littéralement la violence de la transgression, le désir de désordre. Ce n’est pas la souffrance qui est recherchée mais le retour au calme, à l’ordre paisible que le délit a menacé. Comment les pouvoirs publics peuvent-ils mener à leur terme cette restauration de l’équilibre social ? par l’usage de la force et l’administration de la souffrance physique et morale ? La punition ne constitue pas une pédagogie, pas plus d’ailleurs que la permission. Alors que faire ? Les obstacles qui détournent les hommes de commettre des délits doivent être d’autant plus forts qu’ils sont contraires au bien public. Il doit donc y avoir une proportion entre les délits et les peines. C’est en 1764 que le marquis de Beccaria formulait ce premier principe sur lequel repose une justice pénale efficace. Mais pour autant Beccaria ne remet pas en question la peine en elle-même.

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