La Parole : Questions particulières de linguistique générale.

La parole en tant qu’énoncé signifiant dont la grande valeur est reconnue par le groupe a toujours fait l’objet d’études, de commentaires, d’explications : commentaires de la parole divine mais plus généralement les gloses.

Qu’est-ce qu’une glose ?

Glose.

C’est un commentaire ajouté en marge ou entre les lignes d’un texte, pour expliquer un mot étranger ou rare. Peu à peu les gloses sont remplacées par des renvois qui sont destinés moins à expliquer un texte qu’à en prolonger la lecture par des mises en perspectives variées et inattendues.

Par extension, le mot a fini par être synonyme de « commentaires inutiles ». Néanmoins il ne faut pas confondre « glose » et « paraphrase ».

Enfin, on appelle « glossaire » une collection de gloses, c’est-à-dire une série de de définitions qui explicitent des termes obscurs.

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La parole : Des animaux et des hommes.

 Des animaux et des hommes.

 

Le rêve de D’Alembert (1769) cette anecdote :

Avez-vous vu au Jardin du Roi, sous une cage de verre, un orang outang qui a l’air d’un saint Jean qui prêche au désert ?

Demande le médecin Bordeu à Mademoiselle de Lespinasse.

Oui, je l’ai vu. Répond-elle.

Et Bordeu ajoute :

Le cardinal de Polignac lui disait un jour : « Parle, et je te baptise. »

 

Embarrassé par les traits du singe proches de ceux des hommes, Polignac fait de la parole le critère de reconnaissance de l’humanité.

Le Grand Singe grogne sans doute et toute la cour s’en trouve rassurée.

Diderot rapporte l’anecdote dans Le rêve de D’Alembert (1769) et rappelle du même coup que si l’homme est bien aussi un animal, il est l’animal qui parle ! Et sa parole – nous le verrons en détail au cours d’un épisode ultérieur – est évidemment liée à sa sociabilité. Dans La Politique, après avoir montré que l’homme est par nature voué à vivre en société, Aristote ajoute :

 Seul entre les animaux l’homme a l’usage de la parole ; la voix est le signe de la douleur et du plaisir, et c’est pour cela qu’elle a été donnée aussi aux autres animaux (…) mais la parole a pour but de faire comprendre ce qui est utile ou nuisible, et, par conséquent aussi, ce qui est juste et injuste. Ce qui distingue l’homme d’une manière spéciale, c’est qu’il perçoit le bien et le mal, le juste et l’injuste, et tous les sentiments de même ordre dont la communication constitue précisément la famille et l’Etat.

Plus proche de nous le linguiste Claude Hagège a cette formule qui résume assez efficacement le propos d’Aristote :

Si les chimpanzés ne parlent pas, c’est que leur vie sociale ne les met pas en situation d’avoir beaucoup à se dire.

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La parole thème de CSH 2017.

                                                  Les trois acceptions du mot parole.

La parole, c’est d’abord la faculté de parler, c’est- à- dire la capacité de s’exprimer par le langage articulé.

On peut d’ailleurs à ce propos déjà expliquer ce que l’on entend par « langage articulé ».

Le linguiste André Martinet a montré en effet  que le langage humain était caractérisé par une double articulation :

Il articule d’une part des « unités significatives », ce sont les « monèmes » ou « morphèmes », les signes linguistiques dont parle Saussure avec un signifiant et un signifié : cette première combinaison permet d’obtenir des énoncés qui ont une signification.

Mais d’autre part il faut aussi rappeler une deuxième articulation, celle d’unités distinctives qu’on appelle des phonèmes. Ces dernières n’ont pas de sens mais elles permettent de distinguer les monèmes entre eux.

Bref, ce premier sens renvoie à une aptitude quasiment organique dont disposeraient les hommes.

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Une Nature pas si morte: Scène de crime, « La raie » de Chardin ( 1728)

« Une authentique nature morte naît le jour où un peintre prend la décision fondamentale de choisir comme sujet et d’organiser en une entité plastique un groupe d’objets. Qu’en fonction du temps et du milieu où il travaille, il les charge de toutes sortes d’allusions spirituelles, ne change rien à son profond dessein d’artiste : celui de nous imposer son émotion poétique devant la beauté qu’il a entrevue dans ces objets et leur assemblage. » Ch. Sterling

—                                                                  ,1310950-Jean_Siméon_Chardin_la_Raie

 

O Chardin! Ce n’est pas du blanc, du rouge, du noir que tu broies sur ta palette : c’est la substance même des objets, c’est l’air et la lumière que tu prends à la pointe de ton pinceau et que tu attaches sur la toile.

Diderot. Salons.

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Une bibliographie pour la Nature, thème de réflexion pour les Ecoles de Commerce.

Pour répondre à de nombreuses demandes, voici une bibliographie raisonnable, pratique et accessible. On peut y ajouter le « corpus » de Frank Burbage consacré à la nature aux éditions GF. Comme d’habitude, on évitera les parascolaires, souvent vite faits et mal faits.

Fin septembre, il vous sera possible toutefois de suivre le mooc-prépas de l’INSEEC intitulé « Cache-cache ». Une façon simple et efficace de réviser sans peine le cours et les notions acquises.

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« La nature aime à se cacher » Héraclite.

 

Parmi les figures plus ou moins mythiques du commencement de la philosophie occidentale ( Thalès, Empédocle, Anaximandre, Anaxagore et j’en passe) , il en est une qui nous retient particulièrement, comme une de ses formules d’ailleurs, énigmatique au premier abord mais qui laisse entendre beaucoup et notamment cette intuition d’une nature absente par nature, fuyante par définition…

Il s’agit d’Héraclite.

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La Nature à l’Honneur…Thème de Culture et Sciences Humaines 2016 pour les concours d’entrée aux grandes Ecoles de Commerce.

                           Nature se dit en plusieurs sens annonce d’emblée Aristote.

Et c’est une première difficulté : Car reconnaître en préalable à toute analyse la polysémie d’un mot, c’est accepter l’exigence d’en maintenir une diversité de signification sans pour autant sacrifier l’unité d’un Sens commun à tous les emplois particuliers du terme.

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Ce que dévoile une toile (2) : La représentation prise en défaut, le Testament d’Orphée.

ž« [Zeuxis] eut pour contemporains et pour émules Timanthès, Androcyde, Eupompe, Parrhasius. Ce dernier, dit-on, offrit le combat à Zeuxis. Celui-ci apporta des raisins peints avec tant de vérité, que des oiseaux vinrent les becqueter; l’autre apporta un rideau si naturellement représenté, que Zeuxis, tout fier de la sentence des oiseaux, demande qu’on tirât enfin le rideau pour faire voir le tableau. Alors, reconnaissant son illusion, il s’avoua vaincu avec une franchise modeste, attendu que lui n’avait trompé que des oiseaux, mais que Parrhasius avait trompé un artiste, qui était Zeuxis. » Pline , Histoire Naturelle.

L’art d’imiter est donc bien éloigné du vrai. »  République Livre X.

L’art d’imiter est donc bien éloigné du vrai. » République Livre X.

Zeuxis , maître du trompe-l’œil, il porte la conception mimétique de l’art grec à son apogée. Continue reading

Représentation et Vérité: Ce que dévoile une toile… (1)

Primitive et inquiétante, la Caverne est un lieu obscur où se cachent les premiers hommes et où plus tard ils dissimuleront leurs trésors. Pour les Grecs, la Caverne, c’est d’abord celle du Cyclope, elle est la tanière du monstre, là où loge une pré-humanité. Mais la Caverne c’est surtout, pour Platon et ses contemporains, le souvenir douloureux des latomies, ces carrières de Syracuse où près de 7000 athéniens furent emprisonnés, après l’échec de l’expédition de Sicile, et condamnés aux travaux forcés. L’image que Platon,  au livre VII de La République, imprime dans notre culture vient  sans doute de cette expérience. Là, les hommes sont enchaînés, face contre la paroi, incapables de discerner ce qui se joue derrière eux, incapables de voir autre chose que des ombres projetées qu’ils prennent pour la réalité. La métaphore est forte, nous sommes enchaînés par nos sens à une représentation faussée de la réalité.

Primitive et inquiétante, la Caverne est un lieu obscur où se cachent les premiers hommes et où plus tard ils dissimuleront leurs trésors. Pour les Grecs, la Caverne, c’est d’abord celle du Cyclope, elle est la tanière du monstre, là où loge une pré-humanité. Mais la Caverne c’est surtout, pour Platon et ses contemporains, le souvenir douloureux des latomies, ces carrières de Syracuse où près de 7000 athéniens furent emprisonnés, après l’échec de l’expédition de Sicile, et condamnés aux travaux forcés. L’image que Platon, au livre VII de La République, imprime dans notre culture vient sans doute de cette expérience. Là, les hommes sont enchaînés, face contre la paroi, incapables de discerner ce qui se joue derrière eux, incapables de voir autre chose que des ombres projetées qu’ils prennent pour la réalité. La métaphore est forte, nous sommes enchaînés par nos sens à une représentation faussée de la réalité.

Tout commence vraiment  pour nous qui philosophons en Occident  dans une Caverne ! Je fais allusion évidemment au livre VII de la République et à ce que certains nomment le « Mythe de la Caverne » . Continue reading

Cette semaine, sur mooc-prepas.com, le cours « Moments de vérité » se poursuit avec « Politique et Vérité »!

                                 Semaine 3: Politique et Vérité.

             Vidéo 13 : Le mensonge comme réalité politique, Machiavel.

mooc-prépas.com

 

 

Le chapitre XVIII du Prince …par son simple intitulé… « Comment les Princes doivent tenir leur parole »… inquiète, du  simple fait qu’il soulève un sujet qu’on ne soupçonnait pas…qu’on ne souhaitait pas envisager : il y aurait une manière particulière au politique de tenir sa parole…Ce texte très  célèbre fonde les principes de la politique moderne, il montre que la fin justifie les moyens et que ceux-ci  peuvent  recourir au mensonge. Non seulement sans que cela soit choquant  mais surtout par nécessité.

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