Les mots de décembre : les mots de la guerre.

Depuis les attentats de novembre 2013 à Paris, le discours tiennent les pouvoirs politiques et médiatiques est un discours de guerre. La France est « en guerre », dit-on. Mais de quelle guerre s’agit-il ? Est-ce à employer ainsi le mot abuser du langage ? Bref pour y voir plus clair ( à l’occasion, par exemple, d’un sujet sur la violence, la guerre, le Mal…), voici ce mois-ci « les mots de la guerre ».

 

Violence.

L’étymologie latine rappelle qu’au cœur de la violence réside une force (vis, en latin) mais c’est une force incontrôlée, mal finalisée qui se manifeste dans la violence. Ainsi opposera-t-’on, par exemple, à la force d’un raisonnement la violence d’une invective. A cette valeur s’ajoute aussi  celle de l’effraction. La violence violente et viole à la fois : c’est dire évidemment quelle puissance destructrice elle exerce.

La violence adopte en outre plusieurs formes, elle revêt une dimension symbolique dans l’exclusion, elle s’entend dans les insultes et invectives que se crachent mutuellement au visage les citoyens ordinaires mais aussi leurs représentants politiques. Elle prend la démesure de la guerre, des attentats, des protestations armées et des répressions qu’elles engendrent à travers le monde. Lorsqu’elle est bégnine, elle prend même un nom particulier : on l’appelle alors « incivilité ». Bref la violence se banalise, s’affiche partout et  semble gagner du terrain alors que dans le même temps elle semble à chacun de moins en moins tolérable.  ( 1000 signes )

 

Terrorisme.

 

Pour la première fois le mot  terrorisme  est défini par l’Académie Française dans son dictionnaire  en 1798 comme un système de Terreur.

Qui dit « système » suppose organisation, structure, institution…et la France en 1793 en fit l’expérience… Le terrorisme débute ainsi son histoire dans un cadre politique, celui d’un état au moyen duquel gouvernent en toute légalité des représentants du Peuple. De fait, si on recense aujourd’hui de très nombreuses définitions du terrorisme, toutes divergentes, elles s’organisent toutefois selon deux axes, celui qui associe le terrorisme à ce régime de Terreur que pratiquent les Etats totalitaires et celui qui caractérise l’action violente de groupes clandestins contre un état en particulier.

La définition qui unifie néanmoins toutes ces manifestations est donnée par les juristes américains, à l’article 22 du United States Code :

The term terrorism means premedited, politically motivated violence perpetrated against non combatant targets by subnational groups or clandestine agents, usually intended to influence an audience.

“Le terme de terrorisme renvoie à une violence préméditée à des fins politiques et perpétrées à l’encontre de cibles non combattantes par des groupes ou des agents clandestins, afin d’influencer l’opinion publique ».

1200 signes.

 

Attentat.

 

C’est une action qui vise à nuire, à « toucher » au sens le plus concret et le plus émotionnel (ad –temptare : toucher en direction de). Il s’agit de faire « sensation », d’impressionner. C’est que les spécialistes du terrorisme appellent « la propagande par le fait ».

 

La fin du dix-neuvième siècle est ainsi marquée par une succession d’assassinats de monarques ou de chefs d’Etat. Ces meurtres qui s’inscrivent dans la tradition du tyrannicide sont perpétrés par des militants anarchistes qui revendiquent sans équivoque la nature politique de leurs actes.

Le premier d’entre eux, l’assassinat en 1881 du Tsar Alexandre II, dans un attentat à la bombe préparé par «Narodnaïa Volia », « La Volonté du Peuple », cherche à donner aux revendications révolutionnaires un retentissement nouveau. L’attentat vise bien au-delà de la personne du Prince qu’il faut supprimer, par vertu ; il est clairement un instrument de

propagande. En 1894, c’est le Président de la République Française, Sadi Carnot qui est assassiné par l’anarchiste italien Sante Caserio ; trois ans plus tard un autre italien, Michele Angiolillo, tue le Président du Conseil espagnol, Antonio Canovas ; en 1898 l’impératrice Elisabeth d’Autriche est abattue à son tour ; puis en 1900, le roi d’Italie, Humbert 1er est victime d’un attentat. Il n’est pas jusqu’au Président des Etats- Unis, William McKinley qui ne soit une cible à atteindre pour les anarchistes.

Frapper la tête, c’est d’abord frapper l’imagination : nul n’est désormais à l’abri, la plus haute autorité pas davantage que le passant anonyme.

( 1600 signes)

 

Djihad.

C’est à l’évidence par la guerre que l’Islam s’est constitué et s’est répandu à travers le monde méditerranéen : le Prophète est aussi un chef militaire et si La Mecque se rend sans violence aux musulmans en 632, c’est à la suite de nombreux combats antérieurs. En outre, si le Coran ne mentionne que très rarement la Guerre à proprement parler, en revanche les hadiths, c’est-à-dire les commentaires et les témoignages qui évoquent la vie du Prophète s’efforcent de justifier les conquêtes militaires. De fait, ces textes établis au neuvième siècle opèrent une distinction riche de sens entre  « Dâr al Islam » et « Dâr al Harb », le Monde de l’Islam et celui des infidèles, celui de la guerre donc : al Harb.

On aura d’ailleurs noté à ce propos que ce n’est pas le mot « djihâd » qui traduit l’idée de la guerre. Or fréquemment et de façon impropre « djihâd » est rendu en français par « guerre sainte ». Mais « djihâd » dit l’ « effort »,  il s’agit du premier mot de l’expression lexicalisée « djihâd fi sabil Allâh », « l’effort sur le chemin de Dieu. »

Le Coran distingue alors le « djihâd majeur » du « djihâd mineur ». Le premier , le plus important pour le croyant, consiste à combattre l’ennemi intérieur, la Passion, le Mal. C’est avant tout un « djihâd spirituel ». Il ne saurait donc être confondu avec le « djihâd mineur interne », la lutte contre les hérétiques, les apostats, ou encore le « djihâd mineur externe » qui vise à éliminer l’infidèle, soit par la conversion, soit par la guerre, en effet.

( 1500 signes)

 

 

 

Guerre.

 

Le sens précis du mot « guerre » renvoie strictement à l’usage de la force armée dans le cadre d’un affrontement collectif organisé. Le dictionnaire d’Emile Littré fixe une acception rigoureuse : par « guerre », il faut entendre la voie des armes employée de peuple à peuple, de Prince à Prince, pour vider un différend.

Quant à l’étymologie en revanche, elle ne délivre aucune information intéressante, sinon que l’étymon appartient à une langue de guerriers, de conquérants et d’envahisseurs : les francs. Les vainqueurs imposèrent le mot « gwerra », les vaincus gallo-romains, « pax », la paix.

 

600 signes.

 

Guerilla.

 

L’expression est née du Printemps 1808,  date du soulèvement de toutes les provinces  d’Espagne contre l’occupant français.

Par guérilla il faut entendre « combats engagés par des petits groupes mobiles »,prenant la forme d’ embuscades,  de harcèlements. La pratique de la guérilla suppose donc  une multitude de petites troupes engagées  que l’on appelle « cabecillas », « partidas ».

Le concept sera considérablement renouvelé par Mao Zedong qui tire les conséquences des échecs  dans la mobilisation en milieu urbain : la structure militaire se fond cette fois-ci , « comme un poisson dans l’eau » dans le monde rural. On y constituera des bases d’appui dans des régions d’accès particulièrement escarpé  : la guérilla  n’est jamais plus puissante que lorsqu’elle s’abrite derrière une géographie physique difficile – montagnes, déserts, forêts denses comme en Afghanistan, au Vietnam. Le relief crée  en effet un nouveau type de déséquilibre et avantage le caractère irrégulier de l’affrontement. Contre une armée d’occupation souvent mieux équipée et mieux organisée, les conditions géographiques renversent l’équilibre des forces.

1100 signes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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