Commander! Introduction à une philosophie de l’action ( suite 2/6)

Pouvoir.

Le substantif vient du verbe. Mais pas n’importe quel verbe :  pouvoir est un auxiliaire.

Le verbe substantivé « pouvoir » conserve toujours sa valeur initiale d’auxiliaire – « je peux faire quelque chose » – , c’est dire que le rapport à l’action s’y trouve toujours transcendé en même temps qu’il demeure dans le vague d’une « capacité de ». H. Arendt propose une typologie des pouvoirs en fonction de l’effet produit par cette capacité.

  • Si l’effet relève d’une connaissance des lois de la Nature, on parlera dès lors de domination. D’une manière ou d’une autre la domination est toujours affaire de technique. Cela peut s’acquérir.
  • Quand il s’agit du pouvoir d’une force qui contrarie la spontanéité de la Nature, on parlera de violence. Et quand il s’agit de faire plier une volonté adverse, il s’agira de contrainte.
  • Si la contrainte s’applique à un groupe, une collectivité, on dira qu’il s’agit d’une oppression.

 

Le pouvoir est bien  toujours au service de l’action.

Mais dans le cas du management, nous sommes précisément confrontés à un « pouvoir de »  qui conduit à « un pouvoir sur. »

La question posée est celle  de la sub-ordination / de l’obéissance. Le commandement suppose en effet ordre et exécution de l’ordre.

Ainsi sur quoi repose cette « capacité à «  se faire obéir ? La coercition ? / l’espérance d’un gain ?  / manipulation ?

Il y a un quatrième type de pouvoir qu’évoque Arendt dans « La Crise de la Culture » et il est irrésistible : sans recours à la force mais fondé sur le seul respect, ce pouvoir devient autorité.

 

 

  • L’autorité.

 

Or l’autorité, à son tour,  n’est pas sans soulever un certain nombre de questions.

 

Puisque l’autorité requiert toujours l’obéissance on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence, explique Arendt dans La Crise de la Culture, « Qu’est-ce que l’autorité ? » :

« Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. L’autorité, d’autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation (…) S’il faut vraiment définir l’autorité, alors ce doit être en l’opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments »

Cette autorité autrefois était fondée  sur le Sacré, seul dispensateur de ce prestige qui conduit au consentement : Otas en sanskrit signifie  : la force des Dieux. C’est dans les sociétés traditionnelles la hiérarchie qui entretient et organise l’autorité. Hieros, sacré  / archè : pouvoir. Et la légitimité du commandement était d’ailleurs le plus souvent liée au prestige du commencement.

On l’aura compris, l’autorité est moins une qualité de celui qui l’exerce qu’un don de ceux qui s’y soumettent. Elle est économique puisqu’elle se dispense de la force, elle ne réclame aucune raison partagée mais elle est aussi fragile puisqu’elle ne tient que tant que son bénéficiaire semble prestigieux, digne de respect.

Une fois perdue l’Autorité peine à être restaurée.

 

Crise de l’Autorité et du pouvoir dans un monde individualiste  : les chaînes verticales et horizontales qui arriment la Société traditionnelle volent en éclats.

 

 

 

  • La gouvernance.

Dans ce monde individualiste, il faut donc apprendre à gouverner « autrement ». C’est ainsi que fut imaginée la notion de « gouvernance ».

Gouvernance n’est pas synonyme de gouvernement. Les deux notions se réfèrent à des comportements exprimants une volonté, à des activités guidées par un but, à des systèmes de règles. Mais l’idée de gouvernement implique une autorité officielle  (…)Mais la gouvernance est un phénomène plus large (…) elle s’étend à des dispositifs informels, non gouvernementaux, par lesquels au sein de ce cadre, individus et organisations poursuivent leurs propres intérêts 

C’est ce que rappelle James Rausenau en 1992 dans un essay fameux intitulé :

Governance without Government

 

De fait la gouvernance ( bien loin d’être le substantif correspondant au verbe « gouverner » – comme le pensent encore aujourd’hui de nombreux managers !) un système démocratique de gestion fondé sur 3 principes :

  • La décision repose sur un véritable contrat social
  • L’égalité en droit des acteurs doit être respectée, même si souvent dans les faits subsiste une véritable dissymétrie informationnelle
  • Une authentique participation de chacun des contractants notamment au cours de la phase de négociation doit être garantie.

La « gouvernance » est donc bien adaptée à la démocratie participative et aussi aux pratiques délibératives.

Il s’agit pour le gouvernant d’associer le gouverné à la décision de gouvernement.

Fiction ? Déficit d’informations ? Le processus vertueux se doit d’être défendu  : identification du problème / informations et expertises/ délibération collective / décision contractuelle.   A quoi il faut ajouter lle souci de laisser aussi les salariés agir par eux-mêmes, cela s’appelle l’empowerment.

On l’a compris il est désormais nécessaire de pratiquer un management « sans pouvoir » mais non sans autorité.

 

 

 

 

 

 

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