Agir ! Introduction à une philosophie de l’action ( 1 / 6)

Qu’est-ce qu’agir ?

 

 

Le mot vient du latin  Agere : pousser en avant – Agir, ce n’est pas faire-  Agir c’est accomplir un effort qui a du sens et qui va dans une direction.

La première question que nous pose l’action, c’est la suivante :

Pourquoi passer à l’action ?

En fait, l’action implique toujours un jugement initial : le refus de ce qui est. Un jugement de valeur qui reste négatif. Si je vais agir, c’est bien que je désapprouve, que je désavoue ce qui est.  Mais évidemment ce jugement de valeur est  lié à une affirmation de ce qui devrait être. Une idée de la valeur, du Bien.

La phase suivante est consacrée à la délibération quant aux moyens nécessaires à la réalisation de l’action.

Puis  il s’agit de décider.

Décider c’est trancher, couper. Il y a quelque chose d’irréversible et de dramatisé dans la décision. On parle d’un « jeu décisif », d’une action décisive quand son résultat est lourd de conséquence.

Enfin le passage à l’acte, la réalisation de l’action.

 

 

La seconde question porte sur l’évaluation de l’action.

Ainsi Max Weber, le philosophe et juriste allemand du début du XXème siècle, distingue deux éthiques pour évaluer une action, en déterminer la valeur : l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité. La première juge l’action conformément aux valeurs, aux principes qui l’ont rendue nécessaire et la seconde par rapport aux résultats de cette action. L’une affirme la prévalence de la cause, l’autre celle de la finalité. Selon l’éthique de conviction, peu importe que l’action ait ou non abouti, que l’objectif ait été ou non atteint…ce qui compte c’est la fidélité aux principes. Selon l’éthique de responsabilité, seul compte le résultat.

 

ancien était structuré par la répétition et la tradition. A présent tout bouge. C’est le moment des changements imprévisibles, de la relativité des points de vue, le triomphe de l’instabilité baroque. Désormais en effet il faut apprendre à  Agir dans un monde incertain.

L’Héliocentrisme et la réforme, la remise en question du Progrès, les ambivalences de l’humanisme, La crise des idéologies, La crise de l’autorité, de celle de l’Etat…tout cela nous conduit à vivre dans «  la société du Risque ».

Hobbes dans « Léviathan » avait, au XVIIème siècle,  défini l’Etat de Nature par le risque permanent de la mort violente. Il imaginait alors  que l’Etat Civil avait  été créé pour atténuer ce risque… sinon le faire disparaître .Du même coup il indiquait aussi quel pouvait être le but de toute institution politique : la lutte contre la précarité de la vie humaine.

On pourrait donc lire l’histoire du développement de l’organisation sociale comme la somme des efforts entrepris pour assurer les citoyens contre les risques successifs auxquels ils se sont progressivement découverts exposés : contre l’insécurité immédiate et physique, l’Etat moderne développe police et armée , contre l’insécurité sociale c’est tout un dispositif juridico- administratif qui s’est constitué dès la fin du dix-neuvième siècle pour conduire à l’organisation de l’assurance et de la solidarité par l’Etat- Providence . Dans une certaine mesure,   « la société du risque » c’est d’abord le retour de la précarité généralisée et la faillite de l’Etat dans ses fonctions de tutelle  héritées du contrat vassalique.

Mais « la société du risque », c’est avant toute chose la permanence de la violence dans un espace – celui de la Cité- où elle se devait d’être prohibée.

Pour le philosophe Yves Michaud, la violence ne cesse de nous fasciner en ce qu’elle est toujours une « surprise » :

 Nous découvrons toujours la violence comme scandaleusement et absolument inédite pour la simple raison que nous vivons notre vie à nous et pas celle des autres, que c’est à nous que les choses arrivent…

Mais si les risques multiséculaires n’ont pas disparu , de nouveaux risques semblent avoir surgi :  l’Univers du Risque semble paradoxalement en expansion dans un Monde qui réclame de plus en plus de sécurité . Voilà pourquoi le sociologue allemand Ulrich Beck prétend penser aujourd’hui notre société en tant qu’elle serait structurée par le risque, précisément.

 

Pour agir dans un monde incertain, il faut avoir dit Machiavel, dans « Le Prince », cette « virtù », mot intraduisible mais qui renvoie non à la vertu mais plutôt à quelque chose qui ressemblerait à la virtuosité. Un art de l’improvisation heureuse, un sens de l’opportunité, voire un sixième sens des occasion à saisir…ce que les managers de la Silicone Valley appellent « l’happenstance ».

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