Les mots qui ont fait ce mois d’octobre 2015…

Frugalité.

Navi Radjou, le promoteur de « l’innovation jugaad » passe cet automne par la France pour faire mieux connaître les vertus créatrices de la frugalité.

Jugaad est un mot hindi qui renvoie à l’idée de débrouillardise. C’est cette capacité à improviser avec ingéniosité lorsque les moyens manquent. Le slogan de Radjou : « Faire mieux avec moins ». Le concept s’impose en fait dans les pays émergeants où la nécessité d’innover rencontre celle de la pénurie des moyens. Pour Radjou, le manque est un carburant, un stimulant .Il pousse à l’astuce, il incite à la créativité. Au début du siècle précédent – et dans tout autre contexte – Paul Valéry ne déclarait-il pas que « chausser des souliers trop étroits et trop justes conduit à inventer des danses nouvelles ».

En France on parlera d’innovation frugale, « d’ingénierie frugale », comme le dit Carlos Ghosn qui explore systématiquement dans le sud de l’Inde la solution « low cost » pour fabriquer des voitures. Le groupe « Tata motors » en Inde ( du nom du fondateur Jamshedji Tata ) produit déjà depuis 2008 la Tata Nano, véhicule frugal par excellence ( pas de chauffage, pas de ventilation, pas de radio, pas de direction assistée …) pour environ 1500 euros.

Il faut rappeler enfin que le terme « frugal » associe au peu d’abondance la simplicité, liant ainsi nécessité économique et impératif éthique.

Une réflexion sur la contrainte, la nécessité pourra aisément tirer profit de cet exemple.

 

Intellectuel.

Serait-ce depuis quelques semaines le retour des « intellectuels » ? Cette fois-ci pour leur reprocher d’être au service non de la gauche mais des idées de l’extrême droite. C’est en tous cas ce que suggère à sa Une un quotidien comme « Libération » à propos de Michel Onfray.

Tout commence avec l’Affaire, par forcément celle de Dreyfus d’ailleurs, celle de Zola qui signe à la Une du numéro daté du 13 janvier 1898 de L’Aurore, “ J’accuse ”, texte au retentissement immédiat : 300 000 exemplaires vendus, au lieu des 25 000 du tirage quotidien. Le 14 janvier, le lendemain, une centaine de notabilités soutient Zola :

Les soussignés, protestant contre la violation des formes juridiques au procès de 1894 et contre les mystères qui ont entouré l’Affaire Esterhazy persistent à demander la révision.

Les soussignés en question ce sont Anatole France, Daniel Halévy, Marcel Proust, Lucien Herr, le directeur de l’Institut Pasteur, des avocats, des universitaires re­connus, etc.

Maurice Barrès va désigner cette pétition d’une formule qui se veut méprisante : “ la protestation des intellectuels. ” Intellectuel est alors péjoratif, il est proche d’idéaliste mais irresponsable. Charles Maurras lui substitue volontiers “ neo-kantien ”. Il précise dans une lettre de février 1898 :

Comme souvent l’insulte est détournée par celui qu’elle vise qui en fait son titre d’orgueil. C’est ainsi que débute l’histoire des “ intellectuels ” français, ces notables de la pensée qui par principe – sentiment de justice – mettent en jeu sur la place publique leur notoriété pour peser dans le débat d’idées.

Mais si certains s’enorgueillissent d’être des “ intellectuels ”, la nuance péjorative demeure, particulièrement à l’usage du diminutif “ intello ”.

 

La notion d’intellectuel trouve dans un développement sur l’engagement toute sa place.

 

 

Halloween.

Comme chaque année depuis maintenant plus de deux décennies, les fêtes de la Toussaint s’accompagnent de celles d’Halloween, venues des Etats-Unis et qui constituent désormais un relai mercantile indispensable entre les « Grandes Vacances » et Noël.

All Hallows Eve ( the eve of All Saints’Day, soit : la veillée de la Toussaint) devient sous une forme contractée Halloween. C’est donc au cours de la soirée du 31 octobre que s’illuminent les citrouilles et que les enfants, déguisés en sorcières et en fantômes, frappent à nos portes en criant «  Trick or treat ! », « Farce ou friandise ! », pour obtenir des bonbons…En tous cas, c’est ainsi que cela se passe dans les pays anglo-saxons, comme le montrent d’ailleurs de très nombreux films d’épouvante qui prennent cette fête à la fois joyeuse et macabre pour cadre privilégié.

Cette fête païenne venue des Celtes s’est ainsi imposée à notre calendrier. La mort y est jouée avec emphase et la terreur que cherche à susciter la panoplie des créatures de la nuit diverses et variées (vampires, morts-vivants, etc.) a probablement des vertus cathartiques. Mais elle reste l’une des manifestations spectaculaires de l’uniformisation culturelle de l’Occident ! Ou un exemple d’acculturation…

Sur la question de la mondialisation, probablement davantage culturelle qu’économique ou financière.

 

Innovation inversée.

La visite de Navi Radjou ( voir plus haut) a été l’occasion de théoriser ce que certains entrepreneurs appellent « l’innovation inversée » et qui prétend dépasser « l’innovation frugale ».

Une innovation, c’est une nouveauté (nouveau produit, nouveau service, nouvelle organisation) mais l’innovation inversée, elle va plus loin que l’innovation frugale en ce qu’elle suppose une rétroaction vers les pays développés : la Jugaad de Radjou  n’est à l’usage et ne semble concerner  que des pays émergeants. Il s’agit à présent d’adapter aux pays développés ce que l’innovation frugale a permis de réaliser. De fait ce n’est plus l’offre qui se donne comme le moteur de l’innovation (schéma type) mais plutôt une demande qui n’aura été jusqu’alors jamais vraiment satisfaite. Elle inverse alors le cycle traditionnel  de l’innovation.  Exemple : le Mac 400 imaginé par des médecins indiens exerçant en milieu rural  (c’est un électrocardiographe très léger et  par conséquent « nomade », pour coût 100 fois moins élevé que les appareils utilisés en Europe) équipe désormais les ambulances aux EU qui se rendent sur les scènes d’accidents graves.

Une réflexion sur les échanges et sur la création.

 

 

 

Charte (des langues régionales)

Fin octobre, le Sénat de la République française met fin à toute procédure de ratification de la Charte européenne des langues régionales.

Mais qu’est-ce qu’une Charte ? Le mot dérive du latin « charta », feuille de papyrus. Par métonymie – le support pour le contenu – charte désigne un acte juridique, un texte qui règle une institution. C’est donc un document officiel qui peut – ou non- avoir une valeur constitutionnelle, comme par exemple la « Charte de l’environnement ». Quant à la « Charte européenne des langues régionales ou minoritaires », elle a été adoptée pour protéger les langues régionales en 1992. La France l’a signée mais pas ratifiée. La ratification confirme la validité de la signature du traité. Mais elle ne peut être effective que si une loi a été préalablement adoptée.

Sur la question particulière de cette Charte des langues régionales, l’article 2 de notre Constitution qui précise depuis la révision du 25 juin 1992 : « La langue de la République est le français » apparaît évidemment comme un frein à la ratification de la Charte !

 

Un sujet sur la République, l’Unité de la nation sera évidemment adapté à cette question de la ratification de la Charte des Langues régionales.

 

 

 

Remplacement (Grand) :

Fleur Pellerin, ministre de la culture, répond en octobre à la théorie du « Grand Remplacement »  par celle du « Grand Enrichissement ».

Remplacer, c’est prendre la place. L’expression « Grand Remplacement » s’est lexicalisée sous l’influence de Renaud Camus en 2011. L’écrivain voit ainsi les immigrés naturalisés ou non « remplacer » les « français de souche » que le faible taux de natalité fragilise. Selon lui dans certains territoires de la République, dans certaines villes, dans certains quartiers ces français « d’origine » ont totalement disparu. Cette thématique est relayée par l’extrême droite et ceux que l’on appelle aussi les « identitaires ».Elle gagne aujourd’hui en ampleur dans le contexte des mouvements migratoires que l’on observe vers les pays de l’Union Européenne.

 

Des sujets sur le rapport à l’Autre, à l’étranger mais aussi sur le brassage historique des peuples et des civilisations seront aisément illustrés par cette actualité.

 

 

 

 

 

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